‹ Philosophie écossaiseChapitre 89 sur 199 · Tome m, p · texte numérisé non relu

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bien le caractère di^tinclifde la métaphysique de Ueid dans l'objet unique et particulier qu'il se propose. Tandis que les autres philosophes, attirés par la grandeur et l'intérêt de certains problèmes, les traitent avec plus ou moins de sagacité, de profondeur et d'étendue, Reid ne prétend qu'à connaître, à l'aide de la méthode qu'il vient de tracer, les opérations de notre esprit, ses facultés et les lois qui y sont attachées. Il ne se pourra pas que sur sa route, dans l'étude des facultés et de leurs lois, il ne rencontre les problèmes qui ont tourmenté l'esprit humain et divisé les philosophes; alors il les traitera à sa manière : il tirera de l'analyse psychologique les lumières qui les peuvent éclairer ; mais il se garde bien de les aborder directement; son objet propre est l'étude de nos différentes facultés. Tel est le caractère général et permanent des Essais.

A proprement parler, ils ne renferment qu'une théorie des facultés de l'âme, si môme on peut appeler théorie une élude qui ne se pique pas d'avoir épuisé son sujet, et qui aime mieux se résigner à de nombreuses lacunes, plutôt que de les combler par des hypothèses.

Reid accepte la division ordinaire des facultés en facultés de l'entendement et facultés de la volonté, après avoir fait remarquer leur rapport intime et qu'il n'y a pas un seul acte de la volonté qui ne soit accompagné de ijuelque acte de l'entendement, puisque la volonté a nécessairement un objet qui doit être conçu ou perçu par l'entendement, de même que la volonté intervient dans l'exercice de nos facultés intellectuelles, soit pour les retenir, soit pour les diriger. Ces deux ordres de facultés concourent dans toutes ou presque toutes nos opérations, et nous rapportons nos opérations à l'entendement ou à la volonté, selon que l'un ou l'autre y domine. De là la division des Essais en Essais sur les facultés intellectuelles et Essais sur les facultés actives.

Quelle classification Reid adopte-t-il pour les facultés intellectuelles? et avant tout combien en compte-t-il ? Ici paraît la circonspection, j'allais presque dire la tiinidité du philosophe écossais.

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Il examine la classilicalion convenue des facultés de l'entendement; il prouve qu'elle est insoutenable, mais il ne la remplace pas.

On divise ordinairement les facultés de l'entendement en simple appréhension, jugement et raisonnement, comme on distingue trois procédés dans l'acquisition de la connaissance : 1" l'esprit reçoit par les sens ou par la conscience une provision de notions ou d'idées qui sont les matériaux que la nature fournit à son activité intellectuelle; 2" en comparant ces idées, il aperçoit leur rapports, leur convenance ou leur disconvenance; de là le jugement; 3" enfin de deux ou plusieurs jugements il compose le raisonnement. L'appréhension, le jugement et le raisonnement se suivent dans un ordre nécessaire. Nous ne saurions juger, si nous ne concevons les objets sur lesquels nous devons porter un jugement; et de même nous ne saurions raisonner qu'après avoir conçu et jugé. Ainsi, la seconde opération renferme la première, et la troisième renferme la première et la seconde. La première seule ne suppose aucune des deux autres. Telle est la théorie des facultés de l'entendement, qui a si longtemps régné dans toutes les écoles et qui a été reproduite de nos jours, à celte même chaire, par un professeur éminent, avec une grâce de langage qui l'a rajeunie et lui a donné l'apparence de la nouveauté ^. Elle n'est pourtant pas d'hier; Reid la trouvait dans Hutcheson* qui lui-même l'avait trouvée dans la logique de Port-Royal. Séduisante par sa simplicité, elle est en contradiction avec les faits, et ne résiste pas à un sérieux examen. Elle suppose au fond la vieille théorie du jugement comparatif. Reid avait déjà fait justice de cette dernière théorie dans les Recherches. 11 reproduit ici ses objections; elles sont accablantes. 11 prend, de nouveau, l'exemple de la prc mière opération de la conscience qui implique nécessairement un jugement, sans qu'il y ait et puisse y avoir de comparaison; d'où

1. Voyez les Leçons de M. Lnromiguihe, avec les remarques que nous avons faites sur cet ingénieux ouvrage, Fbagmentr rHiLosoPHiQiES, Philosophie contemporaine.

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