Plus haut, ne leçon, \>. ôC, etc
il suit que le jugement n'est pas toujours une perception de rapports, et que le jugement n'est pas la seconde opération de l'entendement, mais la première; ce qui bouleverse et ruine la théorie. «Je sais que je pense, dit Reid*, et c'est là, de toutes mes connaissances, la plus certaine. L'opération de mon esprit qui me donne celte connaissance certaine est-elle la simple appréhension? assurément non, puisque celle-ci n'affirme ni ne nie. On ne dira pas non plus que c'est le raisonnement qui m'apprend que je pense ; il faut donc que ce soit le jugement, c'est-à-dire la comparaison de deux idées et la perception de leur convenance. Mais quelles sont ici les idées comparées ? Sans doute l'idée de moi-même et l'idée de la pensée ; car elles forment les termes de la proposition je pense; ainsi j'ai d'abord l'idée de moi-même, ensuite l'idée de la pensée ; puis, en comparant ces deux idées, je découvre que je pense. Que tout homme capable de réfléchir voie par lui-même si c'est par une semblable opération que lui vient la conviction qu'il pense. Pour moi, il est évident que je ne l'ai point acquise de cette manière; et j'en conclus ou que les actes de la conscience ne sont pas des jugements, ou que le jugement est mal défini, quand on dit qu'il consiste à percevoir la convenance ou la disconvenance de deux idées. »
Reid observe avec raison qu'il n'y a pas de source d'erreurs plus féconde dans cette branche de la philosophie que les divisions qu'on prend pour complètes et qui ne le sont pas. « Bien peu d'esprits 2 sont capables d'embrasser d'un même coup d'oeil tout un ordre de faits ; et cependant il le faudrait pour former une division parfaite ; toujours quelque chose échappe au philosophe; et pour que la chose oubliée rentre dans sa division, il faut qu'elle devienne ce que la nature ne l'a jamais faite. Cette faute est si commune parmi les philosophes que, si l'on veut se sauver de l'erreur, on doit tenir pour suspectes toutes les divisions,