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de quelque crédit qu'elles jouissent, surtout si elles sont fondées sur une théorie douteuse. Dans un sujet imparfaitement connu, nous ne devons point prétendre à des divisions parfaites, mais laisser place à tous les changements futurs que pourra suggérer le prcgrès des connaissances. » Reid n'entreprend donc point de donner une théorie des facultés de l'àme; il n'ose pas affirmer quelles sont les facultés simples et élémentaires, quel en est le nombre, et quel est leur ordre de développement; il déclare qu'il se bornerai en examiner quelques-unes:!» les facultés que nous devons aux sens extérieurs, 2o la mémoire , 3» la conception, 4o la faculté d'analyser les objets complexes et de combiner ceux qui sont simples, .^o le jugement, 6» le raisonnement.
L'Essai deuxième est consacré tout entier aux facultés que nous devons à nos sens : c'est, au fond, un résumé du premier ouvrage de Reid, avec quelque» recherches nouvelles sur les systèmes des philosophes relativement à la perception des objets extérieurs. JNous-mème, nous nous bornerons à donner ici un résumé de ce résumé, en dégageant l'opinion de Reid de toute espèce de polémique.
La perception des objets extérieurs a diverses conditions qu'il ne faut pas confondre avec elle. Pour que cette perception ait lieu, il faut : i" qu'une impression quelconque soit faite sur un de nos organes ou par l'application immédiate de l'objet ou pcir quelque milieu placé entre l'objet et l'organe; 2° que les impressions faites sur les organes soient communiquées aux nerfs ; 3" et par les nerfs au cerveau.
Comment ces trois conditions s'accomplissent-elles? comment l'objet fait-il quelque impression sur l'organe? comment l'organe tran>raet-il cette impression aux nerfs, et comment les nerfs la transmeltent-ils au cerveau? Ce sont là des questions pleines d'intérêt sur lesquelles peut s'exercer l'esprit de recherche, pourvu qu'on ne prenne pas des conjectures et des hypothèses pour une explication légitime, pourvu surtout qu'on ne fasse pas dépendre de loUe ou telle explication la réalité des phénomènes qu'on veut
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expliquer. En tout cas, ces explications se rapportent à la physiologie et non à la psychologie, deux sciences entièrement différentes et qui ne s'éclairent pas l'une l'autre. Que les conditions de la perception intellectuelle aient lieu de telle ou telle nnanière, soit par des vibrations dans un fluide élastique très-subtil, soit par le mouvement de molécules infiniment petites delà substance des nerfs et du cerveau; cela n'affecte point la perception elle-même, laquelle intéresse seule la science de l'esprit humain. Il suffit à celte science de reconnaître avec certitude que la perception n'a lieu qu'à certaines conditions qui lui sont étrangères. Des expériences multipliées démontrent la nécessité de ces conditions. D'un côté, l'organe d'un sens étant parfaitement sain et recevant uneimpression très-vive, si le nerf de cet organe est coupé ou lié fortement, la perception n'a pas lieu; d'autre part, l'organe et le nerf étant également sains, s'il y a quelque lésion de cerveau, il n'y a pas non plus de perception. D'abord l'objet, ou immédiatement ou par quelque agent intermédiaire , fait mie impression sur l'organe ; ensuite l'organe devient un milieu qui transmet aux nerfs l'impression qu'il a reçue; enfin le nerf devient milieu à son tour et transmet l'impression au cerveau. Ici le rôle de la matière finit, du moins nous ne pouvons le suivre plus loin; le reste de l'opération est purement intellectuel.
Sans doute, la connaissance des corps ayant précédé celle de l'esprit, nos langues sont remplies de métaphores qu'il est impossible de bannir; mais il ne faut pas en être dupe, et croire parler philosophiquement lorsqu'on parle poétiquement. Il y a ici plusieurs analogies vicieuses à éviter, lo Si les corps n'agissent les uns sur les autres que par impulsion et impression, et si en en effet l'objet extérieur, l'oigane, le nerf et le cerveau agissent ainsi les uns sur les autres, cela ne prouve point que l'esprit agisse de la même manière. Ces mots, impressions faites sur l'esprit, sont une pure métaphoie, empruntée à une analogie destituée de tout fondement. 2'» Une hypothèse en engendre une autre : si l'esprit ne perçoit que par impression et impulsion, ainsi
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que le corps est mû, le contact étant pour les corps la condition de toute impression, la perception suppose le contact de l'esprit et des impressions transmises au cerveau. De là cette nouvelle métaphore que l'esprit, pour percevoir les impressions déposées dans le cerveau, doit être présent à ces impressions, et que pour y être présent, il doit être placé dans le cerveau comme dans son siège et dans sa salle d'audience. Tout ce qu'il y a de vrai dans coite hypothèse, est la nécessité impérieuse que les impressions organiques et nerveuses aboutissent au cerveau, pour qu'il y ait perception. Si on ne veut pas dire autre chose, en disant que rame a son siège dans le cerveau et, pai- exemple, dans celte parlie du cerveau qu'on appelle la glande pinéale, rien de mieux; mais si on prenait celte manière de parler pour l'expression de la réalité, on tomberait dans une erreur profonde. 3« Les deux hypothèses précédentes en entraînent naturellement une troi sième. Dès que l'esprit agit comme un corps, par impression et par contact, il ne peut percevoir l'objet extériem-, distant de lui, (ju'au moyen de certains intermédiaires, émanés de l'objet et tiansmis au cerveau par l'organe et le nerf, intermédiaires qui tiennent lieu de l'objet lui-même ; de sorte qu'il suffit que l'esprit soit présent à ces intermédiaires et les perçoive pour percevoir iudirectement l'objet extériem-. De là l'hypothèse d'espèces sensibles, sortant des objets, transmises au cerveau et y représentant les objets dont elles émanent ; et comme l'œil est l'organe de l'usage le plus étendu et le plus fréquent, et qu'au fond de l'œil est peinte en effet une image en miniature de l'objet, on a pris cet exemple pour modèle, et généralisant ce fait on a supposé que les dernières impressions qxii aboutissent au cerveau y représentent les objets comme limage qui est sur la rétine représente l'objet visible. C'est par l'entremise de ces images déposées dans le cerveau que l'esprit perçoit les objets. 11 ne les perçoit pas dllecteraent, il ne peiçoii que leurs images; mais ces images, les représentant fidèlement, lui en tiennent lieu, et sont les seuls objets propres de la ptrceptinri. Avant d'èfre perçues par l'esprit
ce ne sont que des impressions tactiles, visibles, sonores, odorantes, etc.; perçues par l'esprit, elles s'appellent idées. Nous ne connaissons directement que nos idties ; c'est en elles et par elles que nous connaissons les objets extérieurs; et c'est parce que ces idées sont des représentations fidèles des objets, que notre perception des objets est légitime et notre connaissance vraie.
Nous demandons de nouveau si on prend au sérieux ces métaphores ou si on s'en sei't sans en être dupe. En parlant d'idées qui nous représentent les objets, veut-on dire seulement que si certaines impressions n'étaient pas transmises jusqu'au cerveau, l'esprit ne percevrait pas les objets? Dans ce cas, on a raison, car on exprime un fait vrai, à savoir : que l'esprit, si un certain nombre de conditions matérielles ne sont pas préalablement accomplies, est incapable de percevoir. Va-t-on plus loin, et suppose-t-on qu'il y a réellement dans le cerveau, transmises par les nerfs et émanées des objets , des idées de ces objets qui en sont les images et dans lesquelles nous les contemplons comme dans un miroir ? Il n'y a pas d'hypothèse plus chimérique, plus absurde, plus indigne d'une saine philosophie. D'abord, on assimile les impressions de tous les sens aux impressions de la vue ; on réduit tous nos sens à un seul. Mais, que peut être dans le cerveau l'image d'un son, d'une saveur, etc.? Cette image étant impossible, l'esprit ne la peut pas percevoir ; le voilà donc condamné à ignorer les odeurs, les saveurs, les sons, etc. Or, en fait, il ne les ignore pas, donc l'hypothèse est fausse. De plus, est-il bien vrai que, même pour la vision, il y ait dans le cerveau un phénomène semblable à l'image peinte sur la rétine et qu'il y ait des images des couleurs, des formes, de l'étendue, etc."? Les anatomistes ont-ils trouvé de telles images dans le cerveau? Non certainement. Comment donc l'esprit verrait-il les objets par l'intermédiaire d'images invisibles elle-mèmes ? Enfin, à quelle condition ces images seraient-elles des images fidèles des objets qu'elles représentent ? Est-ce que ces images ont les qualités mêmes des objets? Leur sont-elles coiiforniej? Sont-elles étendues, tan-
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ibles, impénétrables ? Toutes absurdités qui pourtant, dans l'hypothèse donnée, sont les conditions nécessaires de la perception. Ces conditions ne pouvant être accomplies et demeurant nécessaires, la perception des objets doit être considérée comme une pure imagination, et l'esprit est condamné à ne pas sortir légitimement de lui-même. Il ne perçoit que des idées qui, à parler exactement, ne représentent rien, et qui par conséquent ne peuvent être le fondement d'aucune \Taie connaissance. De sorte que Ihypothèse inventée pour expliquer la perception des objets extérieurs se tourne contre elle et renverse ce qu'elle devait expliquer.
Ainsi toutes ces hypothèses s'engendrent les unes les autres et s'écroulent les unes sur les autres. L'hypothèse des idées représentatives est une conséquence de l'hypothèse de la nécessité de la présence immédiate de l'esprit aux impressions transmises au cerveau; et la nécessité de celte présence vient de la nécessité de l'impression transportée de l'action des corps à celle de l'esprit. Et remarquez la nature de ces trois hypothèses : au fond, ce sont des théories d'optique, de mécanique et de physiologie, destinées à expliquer le comment de la perception et non pas la perception elle-même. Fussent-elles vraies, elles n'éclaireraient point la psychologie; et leurs absurdités l'ont obscurcie de leurs fausses lumières; elles l'ont remplie de vaines conjectures, d'analogies ridicules, d'assimilations verbales, et elles ont uni par produire, comme leurs seules créatm^es légitimes, l'idéalisme et le scepticisme.
La première chose à faire en psychologie est d'en bannir l'analogie, source de toute confusion, et d'y introduire la méthode réflexive, seule capable de donner des connaissances peut-être limitées, mais solides et certaines, que des applications nouvelles de la réflexion, égalementbien dirigées, accroîtront et agrandiront avec le temps. Renvoyons aux recherches des anatomistes et des physiologistes la difficile détermination de la manière dont les conditions de la perception s'accomplissent. Une sage psychologie
les constate sans avoir besoin de les expliquer, et elle s'attache à la perception elle-même.
Les conditions que nous avons rappelées, accomplies, un double phénomène intellectuel alleu : une sensation plus ou moins vive, plus ou moins agréable, plus ou moins pénible, quelquefois à peu près indifférente, et la perception ou connaissance d'un objet extérieur. La sensation et la perception sont intimement unies, mais elles diffèrent radicalement; Tune est tout intérieure, l'autre nous porte au dehors. La perception nous fait connaître directement son objet, et elle est accompagnée d'une croyance ferme à l'existence réelle et actuelle de cet objet. La conscience atteste tout cela à tout le monde d'une manière certaine, mais un peu confuse ; une réflexion impartiale et bien dirigée l'atteste clairement et distinctement.
Reid insiste sur ce point, que la perception nous donne une croyance de l'existence actuelle de son objet, non-seulement irrésistible, mais immédiate, c'est-à-dire que ce n'est point par la voie du raisonnement que nous parvenons à nous convaincre de l'existence des objets extérieurs. « A nos yeux *, un seul argument suffit pour démontrer l'existence de l'objet, c'est que nous le percevons ; nous n'en demandons point d'autre. Quand la perception commande notre conviction, son autorité est en ellemême ; elle dédaigne de s'appuyer sm- quelque raisonnement que ce soit. La conviction d'une vérité peut être irrésistible, et ceperidant n'être pas immédiate ; ma conviction que les trois angles d"un triangle sont égaux à deux droits est irrésistible; mais elle n'est pas immédiate, elle découle d'un raisonnement. 11 y a d'autres vérités mathématiques dont nous avons une conviction nonseulement irrésistible, mais immédiate ; tels sont les axiomes. Notre croyance aux axiomes mathématiques n'est point fondée sur des aiguments ; les arguments, au contraire, se fondent sur les axiomes dont l'évidence est immédiatement reconnue par