Ibid., p. 2Î
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lion d'odeur : cette sensation n'est qu'une affection de mon àrae, un pur phénomène de conscience qui ne ressemble à rien qu'à lui-même. Supposez qu'instinctivement, je ne me demande pas quelle est la cause de cette sensation, de ce phénomène qui passe en ce moment sous l'œil de ma conscience, il n'y aura jamais pour moi de qualité odorante ; je m'arrêterai à ma sensation, qui aura un sujet, à savoir, moi, rr.ais nulle cause, partant nul objet. En fait, la chose ne se passe point ainsi. Pourquoi? parce que, aussitôt que la sensation d'odeur affecte mon âme, j'en recherche et ne peux pas n'en pas rechercher la cause ; j'affirme que ce phénomène sensitif, qui tout à l'heure n'était pas et qui parait en ce moment, a une cause. Or la conscience m'atteste que je ne suis pas la cause de cette sensation; car je ne puis ni la faire cesser, ni la faire naître, ni même la modifier ; donc la cause de cette sensation est autre que moi. Je ne connais pas sa nature et je n'en affirme rien, sinon qu'elle est la cause étrangère de la sensation que j'éprouve ; cette cause je ne la vois pas, je ne la touche pas, je ne la sens pas, et pourtant j'affirme son existence avec une entière conviction. Cette conviction est irrésistible, parce que son principe, le principe de causalité, est une loi nécessaire de mon esprit ; cette conviction est la même dans tous les hommes, parce que le principe de causalité est universel ; elle est immédiate et instinctive, parce que le principe de causalité agit immédiatement et instinctivement. 11 n'y a pas là un raisonnement en forme, mais il y a l'application directe et légitime d'un principe naturel de l'esprit humain.
Les sensations de la vue et du toucher ne nous feraient pas plus connaître les qualités primaires du corps, que les autres sens ne nous font connaître les qualités secondaires, si nous n'étions contraints par la constitution de notre esprit de supposer des causes à ces sensations comme aux autres. Les sensations de résistance, de dureté ou de mollesse, d'impénétrabilité, etc., ne sont elles-mêmes que des afïoctionsde l'àmc, différentes des sensations d'odeur et de ia^cul■. mais tout à fait semblal)les en tant
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que pUéiioincnes puieineut alVeclifs. Ouand la sensation de du reté irait jusqu'à la douleur la plus vive, elle ne nous ferait pas plus sortir de nous-mêmes qu'une odeur très-désagréable ou un son déchirant, sans l'intervention du principe de causalité. Ce principe intervenant nous tire de nous-mêmes, et, guidé dans son application par la Mie et le tact, nous révèle les qualités primaires. Le tact lui-même, à lui tout seul, ne donnerait que des sensations tactiles; le principe de causalité tout seul ne donnerait que des causes de ces sensations, aussi indéterminées et aussi obscures que les causes des sensations d'odeur et de son. Mais le tact entrant en exercice avec le principe de causalité, éclairé par bii et l'éclairant à son tour, détermine la nature de la cause, que par lui-même il n'eût jamais soupçonnée, et nous donne successivement les diverses notions qui composent celle du solide '.
En rétablissant l'aulurité du principe de causalité dans la perception, nous ne faisons qu'éclaircir la pensée de Reid; nous ne lui reprochons pas d'avoir ignoré ce principe, seulement nous aurions désiré qu'il sen souvint davantage en cet endroit; nous regrettons que son analyse, ici comme ailleurs, soit un peu émoussée. Nous en appelons à ses disciples eux-mêmes : est-il possible de se contenter de phrases semblables à celles-ci, ch. 172 ; (( Les sens extérieurs remplissent un double ministère : ils nous font sentir, et ils nous font percevoir ; en même temps qu'ils nous procurent une multitude de sensations agréables, pénibles, indifférentes, ils nous donnent la conception et l'invincible croyance de l'existence des objets extérieurs 3. » Comment! les sens extérieurs nous donnent des conceptions, des croyances invincibles! En vérité, n'est-ce pas se jeter à l'extrémité opposée de
1. Sur la nécessité de l'intervention da principe de causalité dans la perception des qualités premières comme des qualités secondaires des corps, voyez Premiers essais, Analyse de la connaissance sensible^p.iOS, etc.