Traduction fiançaise, t. IV, p. l
HUITIÈME LEÇON. — RKID 337
d'abord sous la forme que la réflexion lui donnera plus tard : toute qualité suppose un sujet, pas plus que le principe de causalité ne s'est présente sous celte forme : tout phénomène qui commence à paraître a une cause. Tous deux agissent avant d'être connus; c'est par leur action répétée et continue qu'il se font connaître, et se produisent à la réflexion qui les dégage et les élève à leur forme abstraite et générale. Alors, quand la réflexion les emploie, elle les pose comme des principes desquels elle tire des conséquences. Mais l'homme ne débute pas par la réflexion; il n'apprend à connaître les facultés qui sont en lui que par leur exercice; mais qu'il les connaisse ou non, elles ne sont pas moins. Ainsi, dès que l'homme a perçu les qualités primaires et secondaires, un instinct qu'il ne connaît pas encore le pousse à concevoir que ces qualités appartiennent à un sujet. Supposez l'absence d'un tel instinct, supposez que l'homme pût concevoir des qualités sans un sujet; il s'arrêterait aux qualités, ne chercherait pas leur sujet, et n'aurait jamais l'idée complète du corps. C'est le principe de la substance qui, en intervenant, rapporte les qualités à une substance, comme c'est le principe de causalité qui avait rapporté la sensation à une cause *.
Reid ne nie point ce principe, il le suppose même, mais il ne l'établît pas nettement. 11 seborae à dire que ce qui nous fait placer un sujet sous les qualités sensibles n'est ni un préjugé ni un effet du raisonnement; c'est, dit-U, l'omTage de la nature. « Je ne 2 saurais quelle raison alléguer en faveur de cette opinion ; tout ce que je puis dire, c'est qu'elle me paraît évidente par elle-même et l'inspiration immédiate de la nature... C'est la nature qui nous enseigne que les choses immédiatement perçues sont des qualités, et qu'elles doivent avoir un sujet. » En appeler à la nature, ce n'est rien dire de précis, car toutes nos facultés sont natureUes.
i. Sur le piincipe des substances comme sm celui de la causalité, voyez les deux ouvrai;cs (ilusliaul cilcs.
i. ira:!. Ir., t. IV, p. 2.
La question est de savoir quelle est ici la faculté naturelle en jeu. Reid voit bien que la relation de la qualité au sujet e!>t une relation particulière, différente de toute autre relation, mais il s'arrête là. Il convient qu'il est difficile d'attribuer une telle connaissancef aux sens, et qu'il la faut rapporter à une faculté plus élevée ; il n'éprouve pas le besoin de rechercher quelle est cette faculté. « ^ Nous ne confondons la relation des qualités au sujet avec aucune autre. 11 est évident, pour tout k monde, qu'elle n'est point la relation de l'effet à la cause, ni celle du signe à la chose signifiée. » « Si l'on pensait 2 que cette distinction n'est point opérée par les sens, mais par une faculté plus élevée, je ne contesterais point là-dessus; tout ce que je prétends, c'est que le développement de nos facultés intellectuelles nous conduit infailliblement à croire que les qualités sensibles ne peuvent exister par ellesmêmes, et qu'elles supposent nécessairement un sujet auquel elles appartiennent. »
Nous avons vu Hutcheson 3, entraîné par Locke, déclarer que la connaissance des substances nous est interdite ; Reid, sans aller aussi loin qu'Hutcheson, croit de sa sagesse et de sa circonspection de la présenter au moins comme très-obscure. Veut-il parler de la substance matérielle, non-seulement distinguée, mais séparée de ses qualités? Dans ce cas, l'idée que nous avons de la substance n'est pas du tout obscure, car c'est seulement une idée abstraite ; et rien n'est plus clair que les idées abstraites ; mais elles ont un défaut, c'est de ne désigner rien de réel. Ici, loin de trouver Reid trop défavorable à la connaissance de la substance pure, je le trouve trop indulgent pour elle. « Nous n'avons *. dit-il, de la matière dépouillée de ses qualités qu'une notion relative, et j'ajoute que cette notion sera toujours fort obscure jusqu'à ce qu'il ait été accordé aux hommes de nouvelles facultés. » Mais quand