‹ Philosophie écossaiseChapitre 99 sur 199 · I. Ibid., p. S · texte numérisé non relu

I. Ibid., p. S

■2. Ibid., p. 7.

concevions mieux, rien dont nous puissions raisonner avec plus de clarté et d'étendue. L'étendue et la figure, qui ne sont que des portions circonscrites de l'espace, sont l'objet de la géométrie ; et il n'y a pas de science qui offre au raisonnement une carrière plus vaste et plus sûre ; mais si nous essayons d'embrasser la totalité de l'espace, et de remonter à son origine, nous nous perdons dans nos propres recherches. Les sublimes spéculations des grands philosophes sur ce sujet prouvent, par la diversité même de leurs résultats, que l'entendement Immain a la vue trop courte pour en atteindre les profondeurs ^ . »

Arrêtons-nous. Nous n'avons déjà que trop insisté sur ce deuxième Essai. Nous l'avons suivi pas à pas, n'omettant que les discussions historiques, nous attachant à recueillir et à reproduire les principes que Reid admet et surtout les procédés qu'il emploie. Aussi bien cet Essai méritait-il une analyse étendue, et parce qu'il est de beaucoup le plus considérable et parce qu'il renferme les recherches qui ont le plus occupé Reid, celles qui se rapportent à la perception externe et à la théorie des idées représentatives.

Le troisième Essai est consacré à la mémoire. Même méthode que dans le précédent. D'abord une description de la faculté appelée mémoire; ensuite, les questions auxquelles donnent lieu les diverses connaissances que nous devons à cette faculté.

L'Essai sur la mémoire est composé de sept chapitres : l» Faits incontestables sur la mémoire. 2» La mémoire est une faculté primitive. 30 De la durée.' 4" De l'identité, o'^ Origine de l'idée de durée selon Locke. 6° De l'identité personnelle selon Locke. 7° Théories sur la mémoire.

On voit combien cet ordre est arbitraire. Avant de s'engager dans les questions de la durée et de l'identité personnelle qui se rattachent à la mémoire, n'aurait-il pas fallu terminer l'analyse de cette faculté et l'examen des théories dont elle a été le sujet,

^. Sur l'espace, voyez Premiers Essais, p. 237, et nr Vrai, di Beau el du Bien, Ire partie, l'e leçon, p. 2î5, Philosophie sesscaliste, re leçon, p. 13, etc.

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d'autant plus que ces théories sont le fondement de celles qui concernent l'identité et la durée?

Comme Reid a fait de la perception une faculté spéciale qui, à certaines conditions, mais sans l'intermédiaire fantastique des idées, nous découvre les objets extérieurs, de même il présente la mémoire comme ime faculté spéciale qui nous révèle le passé par sa propre vertu, sans raisonnement, et aussi sans l'intermédiaire des idées. Là encore c'est la théorie des idées intermédiaires que Reid a devant lui et qu'il combat sans relâche.

La première source de toutes les erreurs modernes sur la mémoire est l'hypothèse ancienne et péripatéticienne qui, après avoir considéré la perception comme une peinture produite dans le sensorium par le mouvement causé par l'objet extérieur, réduit la mémoire à cette même peinture subsistant après que l'objet extérieur a disparu. La mémoire est alors l'image d'une chose passée, comme la perception est l'image d'une chose présente. Reid, pour pousser cette théorie au scepticisme, n'a besoin que de renouveler ses arguments contre l'existence réelle et la puissance représentative des idées. Les idées sont au dedans de nous et n'existent qu'en tant que l'esprit les aperçoit; s'il est vrai que nous ne percevons immédiatement que des idées, comment, de l'existence de ces images, de ces fantômes, pouvons-nous conclure qu'il y ait un monde extérieur qui leur corresponde ? La mémoire donne lieu à la même question : comment, de la présence actuelle d'une idée dans notre esprit, pouvons-nous conclure qu'il est réellement arrivé, il y a vingt ans, un événement correspondant à cette idée ? Pour cela, il faut prouver que les idées de la mémoire sont les images de choses réellement an-ivées, comme il faudrait prouver que les idées sensibles sont les images d'objets extérieurs qui existent actuellement. Or, cette preuve est également impossible à faire dans les deux cas; en sorte que l'hypothèse des idées n'anéantit pas moins les objets de la mémoire que ceux des sens, et qu'elle les enveloppe dans le même scepticisme.

Reid renverse cette hypothèse en rétabhssant les faits : la m.é-

moire est une faculté qui se développe en nous après la perception et après la conscience, et qui est accompagnée de la croyance à l'existence passée de la chose rappelée, comme la perception et la conscience le sont de la croyance à l'existence actuelle de la chose que nous percevons au dehors ou que nous sentons en nousmêmes ^.

La mémoire est une faculté qui a son autorité naturelle comme toutes les autres, et dont on ne peut rendre compte que par la constitution de notre esprit. D'où vient que je crois que je me suis promené ce matin? c'est que je m'en souviens distinctement; je n'ai pas d'autre motif d'y croire. « On dira peut-être 2, dit Reid, que l'expérience que nous avons de la fidélité de la mémoire est un motif de nous confier à son témoignage. Il se peut, en effet, que cette considération fortifie la confiance de ceux qui s'en avisent; mais le grand nombre n'y songe point et n'en a pas besoin pour croire à la mémoire. Les occasions où l'on a recours à l'expérience pour vérifier la fidélité d'un souvenir sont extrêmement rares, et ceux à qui il est arrivé de le faire n'avaient pas attendu cette épreuve pour ajouter foi au témoignage de la mémoire : la croyance à son témoignage avait précédé cette expérience accidentelle, et par conséquent elle n'en résulte pas. »

La mémoire produit en nous une vraie connaissance « qui n'est pas moins certaine que si elle était appuyée sur la démonstration. On n'a jamais songé à prouver la mémoire, et si elle était attaquée on ne daignerait pas répondre ■'*. » Cela est vrai, mais Reid aurait dû dire pourquoi : c'est que le raisonnement que nous ferions pour prouver la véracité de la mémoire serait un cercle vicieux manifeste ; car l'autorité du raisonnement suppose celle de la mémoire, la conclusion d'un raisonnement ne pouvant être légitimement aperçue et tirée si on ne se rappelle légitimement

1. Essai me, cli. i, t. IV de I:i Ir. fi., p. 5-2 •2. Ibid., p. Sri.

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