‹ Philosophie et musique; œuvre posthumeChapitre 22 sur 57 · DEUX SONNETS A LA FONTAINE · texte numérisé non relu

DEUX SONNETS A LA FONTAINE

Tes fables, La Fontaine, ont l'allure du drame. Celui qui s'aventure avec toi dans les bois, Dès que tu parles, pleure et sourit à la lois, Emu par un soupir, charmé d'une épigramme;

Cartes vers immortels, indestructible trame, Contiennent les sanglots des peuples et des rois ; Car toute la Nature éveillée à ta voix Siffle comme le merle ou comme le cerf brame.

Planant sur notre monde avec sérénité.

Auprès de ses laideurs tu montres sa beauté Dans ton livre qui n'a rien de faux ni d'infime.

Maître, c'est pour cela que je suis ton féal Et que j'ai voulu, moi qui t'ai fait mon intime, A tes sublimités mêler mon idéal.

La musique peut-elle ajouter quelque chose A l'œuvre où ton cœur bat, où ton esprit savant Devise avec la source, interpelle le vent. Observe les eil'ets et pénètre la cause ?

Liée aux passions dont l'homme se compose,

A-t-elle le pouvoir, elle qui va rêvant,

De joindre les reflets de l'infini vivant

A tes vers, plus concis et plus beaux que la prose?

Peut-être. L'art des sons a des ailes, vois-tu, Il sait escalader, comme la poésie, Le formidable azur de rayons revêtu ;

Et comme elle, ô penseur ! si c'est sa fantaisie. Il s'envole et franchit les espaces vermeils Pour aller trouver Dieu par delà les soleils.

Paris 1875.

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