AUX ARTISTES
O VOUS, musiciens, sculpteurs, peintres, poètes. Vrais rois de l'avenir, laborieux athlètes Avides de succès et d'immortalité, Vous tous qui travaillez au bonheur de la terre, Aigles qui transportez jusqu'au seuil de votre aire. Pour lui montrer le jour, l'aveugle Humanité,
Fuyez les passions ! — Prêtres de la pensée. Domptez la volupté, cette grande insensée Qui dévore le cœur et s'abreuve de sang ; Craignez les longs banquets où le Champagne fume. Où le front s'engourdit, où le regard s'allume. Où l'esprit se rabaisse et devient impuissant.
Méfiez-vous du jeu, de la soif des richesses ; Mais redouiez surtout les vénales princesses, La grisette vorace et le plaisir banal. Le lit des femmes est le tombeau de l'artiste ; Sous l'empire des sens l'art succombe ou s'attriste ; L'homme pur entre tous est un vivant fanal.
Paris-Passy, Juillet 186i.