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niaine, qu'y Irouve-t-on? L'ignorance et la folie plus souvent que la sagesse, le vice à côté de la vertu, toutes les misères à la place de la félicité. D'où vient ce désordre 7 Platon et le christianisme l'expliquent de la môme manière, par fes abus de la liberté. Dieu permet le mal. mais il l'a prévu de toute éternité et lui a fixé des limites. H embrasse dans sa sagesse infinie le monde physi([ue et le monde moral, et partout il fait prévaloir Tordre sur le désordre, le bien sur le mal, contraignant le mal luimême à devenir l'instrument du bien. D'ailleurs le mal n*est rien de premier: ce n'est pas une essence, ce n'es! pas un élre, c'est un défaut d'être. — Au-dessus du monde matériel règne un ordre moral qui domine tout et dont Dieu est le principe; le monde matériel a été créé en vue du monde spirituel, et le monde spirituel n'existe <|ue pour faire triompher la justice sur l'injustice, l'ordre sur le désordre, le bien sur le mal.
Telles sont les grandes lignes de la remanjuable démonstration que M. Saisset a entreprise et exécutée avec une savante hardiesse. On savait, depuis longtemps, que saint Augustin était pénétré du génie de Platon, et. comme le fait remarquer M. Saisset lui-même, cette sorte d'empreinte philosophique et |>latoniciennedont saint Augustin a marqué tous ses ouvrages avait été saisie avec finesse par M. Villemain, dans son tableau de l'éloquence chrétienne au ((ualrième siècle. Mais ce qui était une vue supérieure et comme un pressenlimeîit heureux est devenu, dans l'introduction de M. Saisset, une démonstration achevée. Maintenant ne devons-nous pas regretter qu'ayant si profondément saisi les analogies, l'auteur de cette lumineuse introduction n'ait pas insisté quelque peu sur les difiérences? Nul mieux que M. Saisset ne l'aurait fait, s'il l'avait voulu. 11 nous semble qu'il aurait complété son œuvre d'une manière intéressante.
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en nous montrant les différences essentielk^i». subsistant an sein de l'harmonie générale. Ce n'est pas en quelques lignes que nous prétendons combler cette lacune. Un mot cependant sur la question capitale qui, selon nous, sépare la philosophie ancienne de la métaphysique du christianisme. Je veuxparlerde la création. Peut-on dire, comme on serait tenté de le supposer, en lisant l'introduction de M. Saisset, que Platon admette la création, au sens réel du mot? Ce serait une grave erreur, et M. Saisset l'ignore moins que personne, lui qui, plus que personne, a creusé le platonisme dans ses dernières profondeurs. Platon n'a jamais pu s'élever à l'idée pure de la création. Tantôt, comme dans, le Pmménide, il expose une obscure et bizarre théorie de la matière, considérée comme un êtie logique, abstrait, purement négatif, et il introduit le germe d'une métaphysique panthéiste qui se dévelop- |)era dans l'école d'Alexandrie. Tantôt, comme dans le Timée, faisant effort pour se dégager de ce monde abstrait et mathématique pour retrouver la réalité et la vie, il admet un principe matériel, réel, coéternel à Dieu, et il incline fortement vers le dualisme. Mais que ce soit la flijade indéterminée du Parménide ou la matière éternelle du Timée, que Platon se laisse entranier par l'abstraction pure au panthéisme idéaliste, ou qu'il revienne, |»ar un vif sentiment de la réalité, à l'erreur plus populaire du dualisme, dans les deux cas il est également éloigné de la vérité, c'est-à-dire du dogme de la création. L'antiquité n'a jamais pu, par ses seules forces, s'élever à cette simple et sublime idée qui laisse sans doute subsister des obscurités redoutables, mais qui du moins ne compromet ni la personnalité de l'homme, ni la grandeur de Dieu.
On pourrait aussi trouver quelque différence entre la morale du platonisme et la morale chrétienne. Il y a dans
5I« rniLOSOPIIIE ET niILOSOPIIES.
Platon un généreux effort pour s'affranchir de l'esclavage de la chair et des sens et pour se lapprocher de Dieu par rêlan de i'ànie purifiée. Mais que de vague et de confusion dans les applications du principe! Que d'erreurs capitales! Je ne veux pas faire ici une comparaison par contraste pour répondre à une comparaison par analogie. Mais enfin puis-je ouhlier ce principe aristocratique par lequel Platon prétend que la vertu est une science? Puis-je oublier ces restrictions qu'il met à la liberté, si bien que la liberté tend à disparaître? Puis-je oublier enfin que ces nobles sentiments et ces espérances sublimes dont il enchante nos âmes sont toujours tempérés par une sorte d'ironie, «i connue par un demi-sourire socratique? Après tout, dit Socrate qui vient de faire une magnifique apologie de la vie future, n'est-ce pas un beau risque à courir? — J'aurais voulu que M. Saisset, si net, si lumineux, si décisif dans la démonstration des rapports du |)latonisme avec la doctrine chrétienne, complétât son œuvre en indiquant d'un trait aussi exact et aussi pur les diffénMices qui sépareront toujours saint Augustin e1 Platon, c'est-à-dire le génie même du christianisme et le plus beau génie de la philosophie ancienne ; j'aurais voulu qu'il nous montrât que si Platon est le plus glorieux effort de la raison antique vers la vérité, Platon n'est |)ourlant qu'une aspiration, tandis (|ue saint Augustin, c'est l'amour, c'est la foi en possession de son divin objet.
M. WALLON
De la croyance due à l'Évaiisile.
Si la critique a ses épreuves et ses tristesses, elle a aussi, il faut bien le dire, ses bonnes fortunes et ses consolations. Elle n'en connaît pas de plus douce que la joie de signaler à l'attention publique une de ces œuvres trop rares où. se révèlent à chaque page des convictions inébranlables, où la science se fait, non plus la complice des négations brillantes d'un scepticisme raffiné, mais l'auxiliaire de la vérité philosophique ou religieuse, si passionnément attaquée aujourd'hui et avec une si triomphante sécurité. Convenons-en, il y a quelque mérite, en ce temps littéraire, il va quelque courage au moins, à se priver de l'attrait et de l'éclat du paradoxe, et à défendre tout modestement la vieille vérité, le vieux bon sens, le vieux christianisme, tout cet ensemble de principes et de croyances sur lequel a reposé pendant si longtemps la raison j)ublique du monde civilisé. C'est à cette entreprise que M. Wallon a consacré de patientes recherches, une érudition choisie, une dialectique exercée, un talent historique dans toute la vigueur de sa maturité. Nous estimons que c'est pour nous un devoir de recommander, sans plus tarder, cette œuvre modeste et forte à la sympathie de tous ceux qui prennent quelque souci de la vérité religieuse. Or, qui donc a le droit d'y rester indif-