IMIil.OSOl'illE ET MIII.OSOPHES
Prent? Qui ne voit ffiio la qiioslion est de celles où chacun est tenu de se décider?
Le livre que nous analysons est un examen critique de rauthenticité des textes et de la vérité des récits évangéliques. Cet examen avait été fait déjà plusieurs fois en France, en Angleterre, en Allemagne, et M. Wallon s'empresse tout le [iremier de nous rappeler les noms et les ouvrages de Lardner, de Paley, de Norton, de Michaëlis, de llug, de Tholuck, de l'atritius, de M. l'abbé (llaire et de tant d'autres défenseurs diversement célèbres, diversement heureux, également dévoués, de cette grande cause, la cause de l'Évangile. Mais, comme il le dit lui-même, il laul bien, 'en [dus d'un cas, faire appel à des raisons di'jà données; car toutes ces objections qu'on croit nouvelles ont, le plus souvent, leur réfutation la plus solide dans ces livres qu'on veut croire surannés. De plus, [M)ur les apologistes étrangers, si quelques-uns ont été traduits, d'autres (et des plus considérables), par l'étendue même ou par la nature de leurs développements, ont lebuté les traducteurs. « Ce sera justice envers l'Allemagne et l'Angleterre que de montrer qu'elles n'ont pas seulement vu naître les systèmes dont on a fait tant de bi'uit |>armi nous: et que ces théories qu'on nous apporte cha(|ue jour encore, toutes formulées, sans prendre même la peine de les débattre davantage, ont depuis longtemps subi, dans ces pays mêmes, le jugement tprelles méritaient. »
Ajoutons cpie ce travail, bien qu'il s'appuie en grande partie sur tant d'excellents ouvrages, ne laisse pas d'avoir son originalité distinctive et propre, qu'il tire et du mérite de l'auteur et de l'époque où il écrit. Il répond avec un singulier à-propos à certainesexigences de l'heure présente. Kn même temps qu'il défend des intérêts éternels avec des arguments qui seront éternellement vrais.
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il produit ces arguments, sous un aspect nouveau détermnié par les formes nouvelles de la poléinique contemporame. Il résume le grand débat des origines du christiamsme, et en cela son ouvrage porte au delà du temps présent; mais il le résume d'une certaine manière ayant en vue certaines objections, certains adversaires tout récents; et en cela son ouvrage est bien de son temps A la fois vrai et actuel, n'est-ce pas le plus grand éloge qu on puisse faire d'un livre de ce genre?
Xous avons ailleurs, et dans une occasion récente essayé de montrer qu'il est dans la destinée de l'apologél tique chrétienne de se renouveler sans cesse. Il faut que tout en conservant l'iummable identité de la doctrine' elle modiliede temps à autre son plan de défense, selon que l'exige la stratégie de l'attaque. Les objections changent de caractère et de forme. Le caractère et la forme de l'apologétique doivent changer, sous peine d'insufiisance et de stérilité. A mesure qu'une science spéciale avance, les esprits hostiles ne manquent pas de tirer de chaque progrès de celle science un argument nouveau contre la foi. Le terrain se déplace plusieurs fois par siècle. Tantôt c'est la géologie qui prétend donner d'irréfutables démentis à la Bible; tantôt c'est la science moderne des races, secondée par les ouvertures nouvelles de la physiologie; une autre fois c'est la critique des textes l'exégèse et la linguistique qui fournissent des armes contre l'authenticité des Ecritures; c'est enfin l'histoire qui vient présenter sous les plus fâcheux aspects l'établissement du christianisme, les origines et les développements de l'Église. Ajoutez à cela que chaque gênération app(»rte ses inquiétudes propres et ses motifs particuliers de douter, tirés, soit des conditions nouvelles de la vie sociale, soit des espérances confuses de l'avenir. Il faut, sous peine d'abdiquer devant des ennemis inces-
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sammenl renouvelés et une slatégie habilement variée, il faut que l'apologétique sache se plier à toutes les exigences de l'attaque, qui sont en même temps les signes des temps nouveaux. C'est l'honneur du christianisme de n'être jamais resté désarmé en face de ses adversaires, qu'ils s'appellent Celse ou Julien, Gibbon ou Voltaire, Paulus ou Strauss.
Strauss et ses disciples, voilà les adversaires plus modernes dont se préoccupe visiblement M. Wallon. Voltaire est depuis longtemps dépassé. Il n'a pas de système de critique, à moins que l'épigramme perpétuelle, la légèreté du commentaire, Tétourderie dans la citation, l'abondance des contre-sens, ne constituent un système. Voltaire suflit à la polémique, il ne suffit pas à la critique. C'est M. Renan lui-même qui l'a solennellement déclaré. On peut l'en croire.
Résumons rapidement, d'après M. Wallon et en le citant lui-même le plus souvent possible, les caractères principaux du système qu'il combat sans relâche dans tout le coulas de son ouvrage, sous les formes diverses où il s'est produit.
M. Wallon l'oppose en traits décisifs, et avec une grande clarté d'analvse, au svslème rationaliste. L'Évangile contient des faits merveilleux. Ses advereaires nient qu'il y ait des liiits en dehors de l'ordre naturel. Sur ce point, tous les adversaires derÉvangile sont d'accord; mais presque aussitôt ils se séparent. L'école rationaliste admet les faits, mais elle nie qu'ils soient merveilleux, et elle assigne à chacun d'eux quelque explication naturelle. On peut voir dans le livre du docteur Paulus jusqu'où peut aller ce système d'interprétation. 11 admet le piissage de la mer Rouge, mais il l'attribue à des marées; il admet les plaies d'Egypte et les rapporte à des phénomènes de climat. C'est vraiment forcer la nature, dit M. Wallon, c'est lui prêter des mi-
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racles que l'on refuse à Dieu. De pareilles explications prolongées finissent par être plus merveilleuses que les faits. C'est là le fond du système rationaliste, et personne ne s'en raille plus impitoyablement que le docteur Strauss lui-même, l'inventeur de l'autre système. LVco/e mythique admet le merveilleux, en quelque sorte, mais elle nie que ce soient des faits, et elle y voit de pures conceptions de l'esprit. Strauss, pas plus que Paulus, n'admet le miracle; mais tandis que Paulus s'obstine à démontrer que le fait n'est pas un prodige, Strauss se contente de nier que le prodige soit un fait. Il y voit une création de l'esprit humain. 11 applique à l'Évangile cette donnée du symbolisme, dont l'Allemagne a si prodigieusement abusé. Aux origines de chaque histoire, et pour rendre compte de la formation des antiques mythologies, la critique allemande suppose toute une période où l'esprit humain répand à flots le merveilleux sur le monde réel, et transforme tous les faits en symboles. Mais à quelles conditions peut-on appliquer à l'histoire de Jésus-Christ ce principe du symbolisme? A une seule, qui est indispensable, c'est de nier que le témoignage des disciples de Jésus-Christ soit le leur, c'est de rejeter l'authenticité des Évangiles. A cette fin, Strauss cherche à montrer.dans les livres saints des contradictions et des erreurs. Ce n*est pas lui qui les découvre, il les prend de toutes mains, s'efforçant ainsi de détruire la réalité des témoignages avec la personnalité des témoins, pour taire le vide autour de ce réduit mvstérieux où doit s'élaborer le mythe, pour lui donner le temps de se former dans l'ombre, par la complicité de l'imagination crédule et des souvenirs lointains.
C'est surtout contre cette école du mythe que porte l'argumentation de M. Wallon. L'auteur commence par séparer, avec une grande netteté, deux questions mêlées à dessein et confondues par le docteur Strauss : la ques-
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tion de V authenticité des textes et celle de la vérité des récits historiques. Le seul problème fondamental, au point de vue du système mythique, c'est de savoir si l'on doit rapporter les quatre Évangiles aux auteurs désignés par la tradition, si leurs écrits se sont gardés jusqu'à nous, tels qu'ils sont sortis de leurs mains, si c'est bien la parole de témoins que l'on entend à chaque page, à chaque ligne de ces livres, a Si cela est, le système mythique doit être, de son propre aveu, regardé comme ruiné. Il n'est plus possible de se tenir dans ce milieu où l'on s'applaudissait de metti'e d'accoi'd la répugnance que l'on é[)rouve à croire aux récits évangéliques et la voix de la conscience qui proclame la sincérité de leurs auteurs. 11 n'est plus possible d'y voir une naïve expression de la crédulité populaire, un tableau fidèle de sentiments et d'idées qui ont pris une apparence de réalité avec le temps. Ceux qui parlent ne sont pas les tardifs interprètes de ces rêveries ou de ces fîuitômes; ce sont des témoins qui disent ce qu'ils ont vu ; il faut les croire ou les déclarer menteurs. » Le dilemme est des plus précis et ce n'est jjas un des moindres mérites de ce livre (|ue de poser les questions avec une vigoureuse franchise, qui ne laisse pas de retraite à l'équivoque. Devant de pareils dilemmes on est tenu de prendre son parti.
La question de Strauss, qui l'embrouille souvent à plaisir, n'est donc pas de savoir s'il y a plus ou nioins d'erreurs et de contradictions dans les fivangiles. Jamais, en critique, une erreur, une contnidiction reconnue dans un livre, n'a suffi pour en renier l'auteur. Tout ce que Strauss pourrait en conclure, c'est non pas qu'ils sont apocryphesj mais tout simplement (|u'ils ne sont pas inspirés. La question vraie, à traiter avec lui, la question dégagée de tout malentendu, c'est de savoir s'ils appartiennent bien à leurs auteurs.
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C'est là qu'il faut se donner le spectacle de l'érudition profonde et forte, se distribuant avec une économie savante sur tous les points du problème, les éclairant tous lentement, mais sûrement, érudition vraiment magistrale, et qui ne se contente pas, comme il est de mode aujourd'hui, d'affirmer, mais qui démontre. Tout s'enchaîne, tout conspire. Les premiers siècles se lèvent avec une irrécusable unanimité, et ce ne sont pas seulement les l*éres et les docteurs qui viennent en témoignage, ce sont les infidèles comme les fidèles, les hérétiques comme les orthodoxes, qui garantissent l'authenticité de la sainte parole en montrant que les Évangiles étaient généralement reçus de l'hérésie elle-même comme de l'Église. Et de même, les divers livres du Nouveau Testament se lient entre eux et se soutiennent. Si quelqu'un d'eux n'avait pas sa preuve en lui-même, il la trouverait dans les autres ; les Épîlres de saint Paul, qu'on ne conteste pas, prouvent l'authenticité des Actes; les Actes, celle de l'Évangile de saint Luc; l'Évangile de saint Luc, celle des deux premiers Évangiles; et le quatrième, celui de saint Jean, qui se démontre si bien par soi-même, reçoit un complément de preuves de sa comparaison avec les trois premiers. Enfin, par un dernier effort, l'auteur montre que ces preuves s'appliquent aux Évangiles tels que nous les avons, et que les textes sont intégralement aujourd'hui ce qu'ils étaient à l'origine.
Vient la seconde question, celle de la vérité des récits évangéliques, qui, si elle n'est que secondaire et accessoire pour les adversaires, est loin d'être indifférente à des chrétiens. « Au point de vue du docteur Strauss et de ses adeptes, dit M. Wallon, peu importe que les Évangiles contiennent quelques erreurs, s'ils sont authentiques; pour nous, peu importerait, s'ils contenaient des erreurs. »