II
lu '•
Nous ne toucherons à aucun point de celte vasfo question. Il nous suffira d'indiquer comme des modèles de discussion d(?ux chapitres, l'un sur la Conformité de VÉvangileet de l'Histoire, l'autre sur r Harmonie des Éiangiles. Ce n'est ici ni l'occasion, ni le lieu de nous engager dans le détail d'un pareil déhat. Mais nous renvoyons en toute confiance au livre le lecteur curieux de voir par quelles inductions délicates et savantes l'auteur conduit sa démonstration, par quelles conclusions péremptoircs il la termine.
Les dernit'ivs pages du livre se rapportent à un nouvel adversaire, M. Renan, chez lequel ce n'est que justice d'admirer la hrillante souplesse de l'esprit, la finesse singulière des aperçus, l'élévation générale du style, l'art suprême d'échapper par une doctrine fuyante aux prises de la définition, et d'en établir le vague empire dans les âmes par des assertions et par des hypothèses. Ici encore nous laisserons parler M. Wallon, ne mêlant que le moins possible du nôtre à cet ingénieux et ferme langage. Après avoir peint les derniers fanatiques de rincrédulité allemande, l'auteur nous montre d'autres adversaires qui, sans être moins hardis, seront plus avisés. « Ils ne prétendent pas se jeter dans la bataille : ils s'établissent juges du débat, faisant à cliacun sa part; et, pour commencer, ils déclarent la théologie de Dossuet étroite et la philosophie de Voltaire inintelligente. Ou ne peut pas être plus impartial! Que s'il faut se prononcer sur le point en litige, ils diront, contre llauer, que les auteurs des Kvangiles ne sont pas des imposteurs, et, contre Strauss, qu'ils peuvent bien être des temps apostoliques. Oii'ost-ce donc que l'Évangile? Un mythe? Non, mais une légende. Les auteurs ont vu, mais d'une certaine manière. En somme, c'est une fiction où l'on se passe du temps que Strauss croyait nécessaire pour que la vérité se tourne en fable;
M. W.\LLON
et ce système, tout nouveau qu'il se croie, c'est le système de Strauss, moins ses apparences de raison. Qu'est-ce, en effet, que des témoins qui ne savent pas ce qu'ils ont vu, ou ne se rendent pas compte de ce qu'ils disent? Car enfin nous avons ici des témoins, et si on les juge siivîères, il faut bien qu'on les croie, à moins de dire qu'ils sont fous. — On a }X)ur le leur dire des motx moins malsonnantSj et toute une grande théorie. On connnence par assigner à la religion un rang à part dans le monde. On gourmande fort ces critiques à courte vue qui la veulent prendre connue une chose de raison ; et avec V accent de l'admiration la plus profonde, on réclame pour elle le privilège de n avoir pas le sens commun. Les écrivains sacrés auront leui* part de cette insigne prérogative. Jusqu'à présent, on avait eu assez bonne opinion de l'entendement humain pour croire que, dans tous les tiges, l'homme a dû avoir la conscience de la réalité des choses : distinguer ce (ju'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il touche; et on ne conçoit guère qu'un être puisse passer pour doué d'un esprit, s'il n'est point capable de ces premières opérations de l'esprit. Le bon Descartes (car il le faut ranger parmi les simples) était même assez disposé à reconnaître en tout le monde une part égale de bon sens ; et il en faisait le fondement de la méthode qui renouvela la philosophie. Aujourd'hui (étrange idée que se font de lesprit humain ceux qui lui veulent rapporter tous les muacles !), nos philosophes seraient bien plus portés à croire que le bon sens n'appartient qu'à leur temps, et, dans leur temps, à eux seuls peut-être. Ils font un crime aux apologistes de prêter aux premiers disciples de Jésus le degré de réflexion et de discussion rationnelle nécessaire pour distinguer ce qui est merveilleux ou ce qui ne l'est pas. Et il ne s'agit pas ici d'un ou de deux enthousiastes; car ils auraient été jugés ce qu'ils sont par les hommes de sens
">28 IMIILOSOMIIE ET PHILOSOPHES.
droit, cVsl une époque, c'ost la piiniilive Église tout entière qu'on prétend saisie de ce vertige. »
El la discussion continue de ce style lucide qui dissipe la solennelle obscurité des formules, de ce ton vraiment scientifique qui simplifie les questions au lieu de les rendre savamment inextricables. Ailleurs, M. Wallon s'indigne de ces prétendus privilèges que M. Renan réserve aux parties cultivées de l'humanité, et il établit contre cette doctrine aristocratique le droit conunun des hommes aux éternelles vérités : « Oui, si l'homme est tout par soimême, si Dieu n'existe qu'en nous et dans la mesure où chacun le conçoit, aloi-s celle égalité de droits est chimérique, il faut proclamer des catégories, sinon des castes «'ntre les hommes, et la partie simple de l'humanité fera bien de se résigner aux consolations que les privilégiés lui offrent, aussi larges d'ailleurs qu'ils le peuvent : leur compassion part d'un bon naturel. Mais si Dieu est quelque chose hors de l'homme, ces distinctions qui subsistent encore parmi les intelligences prises individuellement, s'effacent en ce qui touche la lin où chacun est appelé. Une âme simple en vaut une autre devant Dieu. Il faut donc «pi'elle ait autant qu'une autre les moyens de le connaître et de l'adorer. La logique nous enseigne ([u'il n'y a point deux vérités contradictoires, et le bon sens ajoute (|u'il n'y a qu'une même nature et une même destinée pour tous les honunes. »
Nous avons voulu donner au moins une idée de cet excellent livre. Pour que le succès lui manquât, il faudrait que toute curiosité pour les choses divines fut endormie dans les ûmes.
Ce que j'aime de ce livre, c'est sa parfîute modération lie forme, le sang-froid de l'auteur, la calme lucidité de son raisonnement; la sobriété même de son style me plaît et me rassui'e. Trop souvent les apologistes chrétiens
M. WALLON
éloignent d'eux la confiance des lecteurs par l'ardeur d'une sensibilité qui ne se gouverne plus ou d'une imagination qui s'excite; leur enthousiasme nuit à leur autorité. Ici rien de semblable. Une conviction profonde a pu seule inspirer à l'auteur l'idée de ce grand travail et le courage de l'entreprendre. Mais on ne citerait pas dans tout l'ouvrage une seule ligne qui n'ait le caractère de la firécision et du calme scientifiques. C'est en même temps •un monument précieux d'apologétique chrétienne et de critique historique. On l'étudiera avec autant de fruit pour la science pure que d'édification pour la foi.
M'"" SWETC
Son rùlo oi son influcnop (î:ui> l.i société française. •
A la distance de quelques semaines, <le piquantes publications viennent de livrer successivement au grand jour deux salons célèbres pendant près d'un demi-siècle, mais dune célébrité mystérieuse et presque légendaire. l'n des écrivains justement aimés des fins lecteurs doit nous l'aire «ntrer aujourd'hui même dans le plus mondain et le plus littéraire de ces salons, et si sa plume saura en ranimi'r à nos yeux le cliarme évanoui, je n'eu suis guère en peine. Je me garderai donc bien de toucher au salon de Mme Récamier, si ce n'est pour y chercher en passant quelques analogies ou quelques contrastes avec celui dont je voudrais tracer l'esfiuisse. Sans dout«' on était chrétien dans le salon de Mme Récamier. Tous les hôtes de TAbbaye-aux-IJois l'étaient plus ou moins, catholi(|ues même, tous de naissance, la plupart de tendances et de goût, quelques-uns de prati(|ue, et jusqu'à la dévotion. Et pourtant, ce n'était jias là, à proprement parler, un salon religieux; la religion n'était ni le lien (jui réunissait tant d'esprits distingués dans ce groupe d'élite, ni la préoccupation exclusive de la maîtresse de la maison, ni le tond habilu. 1 des entreliens qu'<'lle inspirait ou dirigeait. Ce salon ressemblait bien à une chapelle pourtant, mais à une rl»apelle d'un genre tout particulier et assez profane où les iidèles hon«u\iient dans