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Appel aux conservateurs, préface; in

heureuse comme lui, et ornée à ses yeux de toutes les grâces de l’esprit et du cœur, unies à la beauté et au talent de la poésie. M“ e Clotilde de Vaux (tel était son nom), dans la touchante nouvelle de Lucie , publiée par le National en 1845, nous a raconté sa propre histoire. Issue d’une famille honorable, belle, jeune, riche, elle fut unie à un homme qui, peu de temps après son maria'ge, se rendit coupable d’un crime et subit toutes les flétrissures de la justice. Atteinte dans sa fortune aussi bien que dans son honneur, enchaînée pour la vie à un misérable que la société avait rejeté de son sein, et obligée de porter son nom infâme, elle resta toujours pénétrée de respect pour la sainte institution du mariage ; elle avait même formé le projet de la défendre contre les attaques d’un célèbre romancier contemporain.

Auguste Comte fut â peine entré en relations avec M m * de Vaux, qu’il conçut pour elle l’amour le plus tendre et le plus pur. Il se crut un autre Dante, un autre Pétrarque, et il voyait dans son amie les perfections réunies de Béatrice et de Laure. Elle opéra en lui ce qu’il appelle « une résurrection morale. » Elle échauffa son cœur, pétrifié par l’algèbre, des sentiments de la famille et de l’humanité. Elle lui fit aimer d’un amour posthume sa mère, pour laquelle il s’accuse de n’avoir pas eu assez d’affection pendant qu’elle vivait encore. Il ne conserva qu’un an cette épouse mystique, cette sainte compagne, comme il la nomme souvent. M“* de Vaux mourut en 1846 ; mais le sentiment qu’il conserva pour elle, devenu dans la plus littérale acception du mot un culte, donna à ses travaux une direction nouvelle. Il venait de fournir la

carrière d’Aristote; il entrait à présent dans celle de saint Paul. C’est lui-même qui s’exprime ainsi * pour nous dire qu’après avoir réformé la science, ou, pour parler plus exactement, après l’avoir portée à sa dernière perfection, il allait fonder également et la société et la religion éternelles. Ce but, il croit l'avoir atteint, au moins en théorie, par sa Politique positive â , par son Catéchisme positiviste 1 2 3 4 , par son Appel aux conservateurs *, auquel succéda bientôt sa Synthèse subjective 5 . Les dernières années de sa vie, que ses prévisions reportaient assez loin dans l’avenir, devaient produire la nouvelle morale , le nouveau système d’éducation et jusqu’à un nouveau système d’industrie destiné à régénérer, non-seulement l’homme, mais la planète qu’il habite 6 . Mais la mort, sans pitié pour notre salut, l’empêcha d’achever son œuvre. Il expira le 5 septembre, entre les bras de M. Lonchampt, un de ses disciples les plus chers.

Sentant le besoin de s’appuyer sur l’histoire, ne fût-ce que pour montrer que tout le travail de la pensée humaine, depuis l’origine du monde, a été une simple préparation de sa propre doctrine, et que tous les hommes d’un véritable génie, soit philosophique, soit religieux, ont été ses précurseurs; voulant joindre en outre l’apostolat de la parole à celui de la plume et

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