‹ Philosophie et religionChapitre 112 sur 128 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

de ceux qui ont existé. Il appelle les premiers l’humanité objective, et les seconds l’humanité subjective. Être compris un jour dans l’humanité subjective ou être appelé à vivre dans la mémoire de nos semblables, telle est la seule immortalité à laquelle nous puissions prétendre, la seule récompense qui soit réservée à nos bonnes œuvres. C’est le cas de s’écrier avec Béranger :

Ah I bon Dieu ! quel Dieu I Quel pauvre Dieu, bon Dieu !

Cette religion matérialiste se produit sous les dehors du mysticisme le plus recherché. Elle a un culte public et un culte privé où la plupart des cérémonies et des symboles du christianisme, unis à l’imitation des fêtes révolutionnaires de 1793, sont travestis de la manière la plus bizarre.

Le culte privé du positivisme se compose de deux parties, dont l’une prend le nom de culte personnel et l’autre de culte domestique. La première consiste dans l’adoration des anges gardiens, et la seconde dans les neuf sacrements.

Des anges gardiens dans une religion qui nie formellement l’autre vie , et par suite l’existence des esprits, des âmes immatérielles, des êtres supérieurs à l’homme 1 Oui, mais il faut s’entendre. Les anges ne sont qu’un symbole qui rappelle à notre imagination ce qu’il y a de plus pur, de plus beau, de plus noble, en un mot, de plus parfait dans l’univers. Or, ce qu’il y a de plus parfait dans l’univers, c’est l’humanité, et ce qu’il y a de plus parfait dans l’humanité, c’est la femme. « Toute l’existence de l’Être-Suprême , dit

Auguste Comte (n’oublions pas que l’Ètre-Suprême c’est nous), toute l’existence de l’Être-Suprême étant fondée sur l’amour, qui seul réunit volontairement ses éléments séparables, le sexe affectif constitue naturellement son représentant le plus parfait, en môme temps que son principal ministre. Jamais l’art ne pourra figurer dignement l’humanité autrement que sous la forme féminine*. » Les femmes, prises en général, sont donc les anges gardiens dugenre humain, et celles qui parmi elles ont exercé autrefois ou qui ont encore maintenant le plus d’influence sur notre destinée accomplissent le même rôle et sont investies du même titre pour chacun de nous en particulier.

La mère, l’épouse, la fille, telles sont les divinités nouvelles qui occuperont dans chaque maison le sanctuaire autrefois réservé aux dieux lares, et que les Chinois consacrent encore aujourd’hui aux ancêtres. La première représente le passé, la seconde le présent et la troisième l’avenir. 11 importe peu qu’elles soient mortes ou vivantes. Mortes, elles obtiendront un nom, une adoration spirituelle ou subjective; et vivantes, une adoration matérielle ou objective.

N’allez pas vous imaginer que le culte des anges gardiens, tel que le conçoit Auguste Comte, ne soit qu’une simple figure de rhétorique destinée à nous montrer ce que seront à l’avenir, sous les nobles inspirations de l’athéisme, les sentiments de la famille: non, c’est d’un culte réel et effectif qu’il s’agit ici. Il nous faudra adresser à nos mères, à nos femmes et à nos filles trois prières par jour : la première le matin

Page 1