Catéchisme positiviste, p
en nous levant, la seconde au milieu de la journée, la troisième le soir avant de nous endormir, et ces trois oraisons réunies ne pourront pas durer, montre en main, moins de deux heures *. Comme c’est bien le mathématicien qui reparaît sous le manteau du prophète et le pourpoint du troubadour! Ne croyez pas davantage que la prière ne soit qu’un mouvement intérieur de notre âme. A la pensée et au sentiment qui en forment la partie essentielle il faut joindre l’expression. Il n’y a de prière complète, selon l’orthodoxie positiviste, que celle qui traverse les lèvres.
Cependant ne pourra-t-il pas arriver, même quand l’humanité ne croira plus en Dieu et en l’âme immortelle, qu’un fils ait quelque raison de ne pas adorer sa mère, un père sa fille, et, j’irai jusque-là, un mari sa femme? Auguste Comte a prévu ce cas, et il prescrit alors une substitution; mais entendons-nous bien, surtout dans l’intérêt de la morale conjugale, une substitution purement platonique, comme celle qui détrôna M me Comte en faveur de M'° e de Vaux.
J’ajouterai, pour ne laisser prise à aucun soupçon d’inexactitude, qu’Auguste Comte permet aussi aux femmes l’adoration, non pas de leurs pères, mais de leurs fils et de leurs maris. Mais pour peu qu’elles aient de logique, et l’orgueil en a toujours, il est facile de voir qu’elles n’abuseront pas de cette licence. Élevées au rang de ce qu’il y a de plus parfait dans l’humanité et par conséquent dans l’univers, ne trouvent-elles pas en elles-mêmes le seul objet digne de leur vénération et de leur amour? Ne commettraient-
i. Catéchisme positiviste, p. 188.
elles pas un sacrilège de descendre de leur autel pour donner leur place à une divinité subalterne? Le culte intérieur se renferme donc nécessairement dans la dévotion à la femme.
Il serait sans intérêt de faire connaître un à un les neuf sacrements dont se compose le culte domestique; car les uns, comme je l’ai déjà dit, sont un simple travestissement des sacrements de l’Eglise ; les autres ne sont qu’une dénomination prétentieuse des actes les plus importants et des principales périodes de la vie. Cependant il y en a deux sur lesquels je m’arrêterai quelques instants, parce qu’ils nous offrent un caractère plus original que les autres : je veux parler du mariage et de la cérémonie qui porte le nom d’incorporation.
Le mariage, dans la religion et dans la morale positiviste, est constitué sur les bases les plus sévères. Il ne pourra pas être contracté avant l’âge de vingt-huit ans pour les hommes et de vingt et un ans pour les femmes. Il aura pour unique but « le perfectionnement mutuel de? deux sexes, abstraction faite de toute sensualité » Auguste Comte va jusqu'à se demander s’il n’arrivera pas un jour où, grâce aux progrès de la science, l’espèce ne pourra pas êlre continuée parle dévouement seul de la femme, sans le concours d’une autre volonté. En attendant cette merveilleuse transformation, les mariages se diviseront en deux classes : les uns que, faute d’une meilleure expression, j’appellerai actifs , et les autres platoniques ou contemplatifs. Aux premiers ne seront admis que les couples les