I. Quatrième Ennéude, liv. IV
Vt LE MYSTICISME CHEZ LES GRECS.
de la pensée, n’est cependant que la continuation de la vie animale, de la vie impersonnelle, qui a sa source dans la nature ou dans l’âme du monde et son siège dans les organes. Elle n’est pas dans la volonté, qui, à vrai dire, n’existe pas dans le système de Plotin. La volonté, comme on a pu le voir, n’est pour lui qu’une forme de l’intelligence, mais une forme inférieure et nécessairement transitoire, celle des âmes qui ne peuvent pas atteindre à la vraie contemplation. Reste donc l’intelligence pure, l’intelligence affranchie des liens de la nature et du corps, qui n’existe que par l’intuition des vérités éternelles.
Mais ici nous ne sommes plus au-dessous, nous sommes au-dessus de toutes les conditions de la personnalité. Il n’y a rien de personnel dans une pure intelligence ni dans une idée pure, expression d’une vérité éternelle et universelle, ni dans la source des vérités de cet ordre, ou ce qui s’appelle, dans la langue de Plotin, le monde intelligible. D’ailleurs, il n’y a pour Plotin qu’une seule intelligence, comme il n’y a pour lui qu’une seule âme, une seule vie, un seul animal, et en définitive un seul être. En vain essaye-t-il. de nous persuader que l’identité ne nuit pas à la diversité, et que chaque intelligence subsiste dans l’intelligence divine avec son caractère propre 1 ; cette prétention est inadmissible ; car il ne s’agit pas ici d’êtres intelligents, de forces, de créatures intelligentes, mais de l’intelligence elle-même, de l’intelligence universelle, infinie, qui cesse d’exister dès qu’elle cesse d’être une, identique, indivisible.