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L'IDÉE DE DIEU

aux pensées vulgaires; qu’il y ait une affinité naturelle entre tous les grands instincts de la nature humaine, et que toute émotion noble, portée à son plus haut degré, s’achève et s’absorbe dans le sentiment de l’infini, qui songerait à le nier? Mais tout cela n’est pas la religion. L’objet de l’art, c’est le beau ; l’objet de la morale, c’est le bien ; l’art et la morale aboutissent au culte de l’idéal, qui ne se confond pas avec la religion. Ou la religion n’est rien par soi et fait double emploi avec la morale et l’art, ou il faut bien reconnaître qu’elle a son objet propre, par lequel elle se définit, en vue duquel elle existe, et qui n’est, ne peut être que Dieu ; non pas ce Dieu vague et abstrait, résumé des idées de la raison, ni même cet infini des hégéliens qui s’engendre et se révèle dans le monde, mais un Dieu qui soit la plus haute, la plus sainte des réalités... »

Tant que je n’avais sous les yeux que la première édition de l'Idée de Dieu , je regrettais que M. Caro, dans un ouvrage de pure philosophie, se fût laissé entraîner hors des limites de la discussion philosophique et que, non content de défendre par la seule raison l’existence de Dieu, il crût pouvoir établir de la même manière la divinité de Jésus-Christ. Personne, me disais-je, ni parmi les philosophes ni parmi les théologiens, n’acceptera ce tranchant dilemme : « Ou le christianisme est la vérité religieuse absolue, définitive, suprême, ou il n’y faut voir qu’un long mensonge de dix-huit siècles, édifié par l’imposture et la crédulité, soutenu par le despotisme et l’intrigue *. » Les philosophes pourraient répondre qu’entre l’erreur pure

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