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Isaïe, chap. xiv, v. 9; chap. i.xvi, v

L’IMMORTALITE DE L AME

domination de la Judée, celle des saducéens est la seule qui nie la résurrection et l’immortalité ; les deux autres y croient de la foi la plus fervente. Encore faut-il remarquer que les saducéens, gens heureux et riches qui, trouvant leur bonheur dans ce monde, ne mettaient pas un grand intérêt à en attendre un autre, formaient une minorité imperceptible dans la masse du peuple juif.

Je viens de passer en revue, sur les traces de M. Martin, presque tous les livres hébreux ; je n’ai point nommé le plus important de tous, celui qui porte le nom de Moïse, qui contient les révélations du Sinaï et tous les préceptes de l’ancienne loi, en un mot, lePentateuque. Or c’est surtout dans le Pentateuque que les philosophes du dix-huitième siècle et un certain nombre de théologiens ont cru apercevoir l’absence de toute idée d’une vie à venir. M. Martin, sachant rajeunir des observations déjà anciennes par les dernières découvertes de la science, répond victorieusement à cette accusation. La croyance à l’immortalité de l’âme a joué un très-grand rôle chez les anciens Égyptiens ; elle se mêlait à toutes leurs actions et à toutes leurs pensées; elle est exprimée symboliquement ou d’une manière directe par tous les monuments qui nous restent de leur vie publique et privée, par leurs peintures, leurs sculptures, leur architecture, leurs papyrus. Elle est développée avec étendue dans ces rituels funéraires qu’on déposait auprès des momies, comme l’itinéraire des morts à travers les célestes espaces. Comment supposer que Moïse, élevé dans le palais des Pharaons et initié à toutes les sciences de ce pays ; comment supposer que les Israélites, après avoir habité l’Égypte pen-

dant quatre cents ans, soient restés étrangers à une idée si populaire, si active, si universellement répandue? Ce que l'induction historique nous présente comme impossible est positivement démenti par les textes. On retrouve à plusieurs reprises, dans le Pentateuque, la défense d’évoquer les morts. A qui peut-il venir la pensée d’évoquer les morts, sans la persuasion que notre existence s’étend au-delà du tombeau? Un des esprits les plus hardis du siècle dernier, Fréret, trouve cette preuve irrécusable. Mais on en peut citer d’autres. Supprimez l’espérance de la vie future, que signifieront ces mots : « Être réuni à son peuple, être réuni à ses ancêtres, » quand ils s'appliquent à tin homme qui meurt, comme Jacob, loin de son pays, et dont le corps n’est pas encore rendu à la terre, ou à celui qui est enseveli seul dans un désert, comme Aaron sur le mont Ilor et Moïse sur le mont Abarim? (Juc signifiera aussi cette comparaison si fréquente dans la bouche des patriarches entre la vie humaine et un voyage en pays étranger? Si nous sommes des étrangers en ce monde, il faut bien que notre patrie soit ailleurs.

Mais si tous les peuples de l’antiquité ont cru à la vie future, tous ne l’ont pas comprise de la même manière. Chacun d’eux, au contraire, s’en est fait une idée différente, entièrement conforme à son génie, à ses habitudes, à ses facultés, à ses penchants particuliers. Les races méditatives de l’Inde et de l’extrême Orient, pour qui la spéculation, la rêverie, l’oubli de soi, sont la suprême volupté, se sont représenté les jouissances du ciel comme l’immobilité dans la contemplation et dans la prière, comme l’absorption de

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l’âme dans la substance divine ; tandis que la vie elle— môme, ses labeurs, ses fatigues, ses soucis, renaissant éternellement par la métempsycose, figurent à leur imagination les peines de l’enfer. Les Grecs nous offrent précisément le spectacle opposé. Rien dans leurs pensées et dans leurs affections n’est digne de remplacer les dons de la nature : la beauté, la grâce, la force et le plus grand de tous, la lumière du jour, la vie. Les mânes séparés du corps, soit qu’ils habitent les Champs Élysées ou le royaume désolé de Pluton, leur paraissent également dignes de pitié, et c’est à peine s’ils mettent une différence entre les uns et les autres. « J’aimerais mieux, dit l’âme d’Achille* en s’adressant à Ulisse, j’aimerais mieux être un paysan au service d’un pauvre homme ayant à peine de quoi vivre que de régner sur toutes les ombres des morts. » Ces énergiques paroles sont un cri parti du cœur de la Grèce païenne. Enfin, chez les nations belliqueuses du nord, telles que les Germains et les Scandinaves, la récompense qui les attendait au-delà du tombeau c’était la satisfaction féroce de la force victorieuse : les braves devaient boire la bière et l’hydromel dans les crânes de leurs ennemis.

On s’explique aisément comment le môme principe, la même foi, a pu donner lieu à cette diversité d’images. L’instinct seul, je parle de ce sentiment de l’infini, non moins spontané et non moins irrésistible que les instincts du corps, suffit pour nous faire croire à l’immortalité. Mais quand on cherche à la définir, à moins do s’élever dans les plus sublimes régions de

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