Voyez p. 67 et
AU POINT DE Vl’E RELIGIEUX.
Il m’est difficile, quand M. Martin parle en son propre nom, quand il soutient et développe ses propres convictions, de m’entendre avec lui aussi complètement que lorsqu’il se borne au rôle d’historien et de rapporteur. On comprend qu’entre lui et moi il ne puisse guère en être autrement à l’occasion d’un ouvrage où la théologie tient tant de place et se réserve le dernier mot dans toutes les questions. A Dieu ne plaise cependant que je veuille le suivre sur ce terrain enflammé, ou mettre aux prises.l’un avec l’autre l’Ancien et le Nouveau Testament. Mon seul but est de défendre les droits de la raison, l'indépendance de la philosophie, la dignité et la liberté naturelle de la pensée humaine, gravement compromises par les théories de M. Martin, dont le dogmatisme intempérant, sans qu’il le veuille et sans qu’il s’en doute, est quelquefois poussé jusqu’à l’intolérance.
Rien de plus sage et même de plus libéral que ses principes; je veux dire ses déclarations générales, expression sincère de ses intentions. Fidèle à la tradition cartésienne du dix-septième siècle, il veut que la révélation et la raison, la théologie et la philosophie, restent parfaitement distinctes. Il leur prescrit des
L'IMMORTALITÉ DE L’AME
bornes qu’elles ne doivent jamais franchir. Il caractérise leurs méthodes en montrant qu’il y a pour toutes deux péril à les confondre. La théologie commence à la limite où expire la voix de la raison, par conséquent le légitime pouvoir de la philosophie. La théologie s’appuie sur l’autorité garantie par des faits surnaturels ; la philosophie sur la démonstration et sur l’observation exacte des phénomènes de la nature.
M. Martin fait mieux encore. Non content d’admettre l’autorité de la raison quand elle s’exerce dans son domaine propre, et d’accorder à la philosophie une existence indépendante, il reconnaît qu’elles sont nonseulement utiles, mais nécessaires l’une et l’autre à la théologie même. Il pense que pour le nombre et pour la gravité de leurs chutes, pour la variété et la bizarrerie de leurs systèmes, les théologiens n’ont rien à envier aux philosophes ‘, et qu’ils n’ont jamais été aussi loin de la vérité que lorsque pour une cause ou pour une autre, pour relever soit l’autorité, soit la grâce, ils ont voulu faire du scepticisme une condition de la foi. « Les théologiens, dit-il 1 2 , doivent donc être philosophes, et donner aux philosophes le bon exemple de la sagesse, de la prudence et de la soumission à l’autorité religieuse, comme aussi l’exemple de cette grandeur de vues et de cette élévation de pensée que l’esprit de Dieu inspire, et non l’exemple funeste et affligeant du scepticisme philosophique , qui n’est pas la voie enseignée par l’Évangile pour arriver à la certitude religieuse. Car dans ce sceptisme, qui dégrade