I. Pro li opéra inedita, p
savants ont exprimé cette opinion ' ; mais d’autres, s’appuyant à la fois sur les textes et sur la raison , ont démontré victorieusement, selon moi 3 , que l’athéisme ne saurait jamais devenir un dogme religieux, etsurtout qu’il nepeut être le fondd’une religion professée par environ quatre ou cinq cents millions d’âmes; queleNirvâna n’est pas le nom du néant, car on n’achète point le néant par le jeûne, l’abstinence , la méditation, la prière, l’aumône, la chasteté, le pardon des injures, le plus absolu renoncement à tous lesbiens de la terre.
On ne sort point du néant, comme on voit dans les légendes indiennes la personne du Bouddha sortir du Nirvâna plusieurs siècles après sa mort, pour fortifier l’âme de ses disciples et éclairer leur intelligence.
L’idée du néant une fois écartée, le bouddhisme n’est plus que le mysticisme qui précipite la personne humaine dans le gouffre de l’infini, de l’inconnu, non pour la faire entrer en partage d’une félicité qu’elle ignore, mais pour la soustraire aux supplices et aux impuretés de la vie, aux doutes et aux tourments de la conscience. Le même sacrifice que le sectateur de Brahma accomplit encore aujourd’hui en se faisant écraser sous les roues du char de Jaggernaut , il l’a transporté dans l’ordre moral et intellectuel. Je ne crois donc pas m’être éloigné beaucoup de la vérité eu l’appelant le mysticisme du désespoir.
Ces trois sortes de mysticisme, quoique essentiellement distinctes par leur origine et par leur but, aboutissent néanmoins, pour ce qui regarde les relations de
1. Voyez le Bouddha et sa religion, par M. Barthélemy Saint-Hilaire; in-8°, Paris, 18G0.
2. Voyez un excellent travail île M. Foucam, leNirvdann ; Paris, 186t.
l’ordre social et le rôle actif que nous devons remplir sur la terre, à un résultat parfaitement identique. Ils détournent l’homme de ses obligations envers ses semblables ; ils éteignent dans son cœur toutes les affections qui nous attachent les uns aux autres; ils lui inspirent le mépris et la haine de la vie, qui cependant ne peut nous avoir été donnée uniquement pour être, méprisée et répudiée; ils en font un étranger, un exilé, un opprimé dans le monde, dont le seul désir e;t de rentrer dans sa vraie patrie ; ils changent pour lui l’abnégation en un stérile égoïsme. C'est là ce qui fait du mysticisme, quand il n'est pas contenu par la règle du devoir, un excès dangereux. Mais combien cet excès fait honneur à la nature humaine! Quelle protestation éloquente il renferme contre tous les systèmes qui prennent l’horizon des sens et de l’expérience pour celui de notre existence et de notre pensée !