‹ Philosophie et religionChapitre 16 sur 128 · PARACELSE · texte numérisé non relu

PARACELSE

Si l’alchimie n’avait jamais eu pour objet que le double rêve de la cupidité et de la faiblesse, le secret de convertir tous les métaux en or et celui de prolonger à volonté la vie humaine dans un corps exempt de douleurs et d’infirmités, je me garderais d’évoquer le souvenir d’un art aussi chimérique, et, s’il ne l’était pas, aussi dangereux ; mais elle s’est proposé, h un certain moment, un but plus élevé et plus sérieux. Entraînée par ses illusions mômes à la recherche, quelquefois à la découverte du vrai, elle a préparé la régénération des sciences naturelles, en les poussant, du côté des faits, dans les voies de l’expérience et de l’analyse, et en les rattachant par leurs principes aux plus hautes spéculations de la métaphysique. A ce titre, elle pourra

exciter quelque intérêt dans un temps qui est à l’épreuve de ses erreurs et qui se pique de justice envers les siècles passés.

L’origine de l’alchimie, comme celle de la plupart de nos connaissances vraies ou fausses, se perd dans un nuage. Cependant il est difficile de la faire remonter, avec quelques adeptes, jusqu’à Mezraïm, fils de Cham et premier roi d’Égypte, ou jusqu’à l’auteur supposé du Pœmander , ce prétendu monument de la mystérieuse sagesse des prêtres égyptiens, Taut ou Hermès Trismégiste. Le titre de philosophie hermétique , sous lequel on désigne souvent l’alchimie, et la ressemblance de ce dernier nom avec celui de Cham, le patriarche de l’Afrique, ne paraîtront à personne une garantie suffisante de cette vénérable antiquité. On reconnaîtra peut-être un premier essai de chimie générale dans quelques-uns des plus anciens systèmes philosophiques de la Grèce : dans les atomes de Leucippe et de Démocrite, ressuscités, avec des attributions plus modestes, par la science contemporaine; dans les quatre éléments d’Empédocle, qui continuent de désigner, sinon des principes, au moins les différents états de la matière, tantôt solide comme la terre, tantôt fluide comme l’air, liquide comme l’eau, impalpable, c’est-à-dire impondérable comme le feu, et enfin dans la théorie plus savante des homéoméries d’Anaxagore. Mais il y a loin de là à faire de Démocrite un alchimiste, disciple des prêtres de Memphis, du mage Ostanes et d’une certaine Marie surnommée la Juive, dans laquelle, franchissant une distance de dix à douze siècles, on a reconnu la sœur de Moïse. Cependant n’avons-nous pas les ouvrages que le philosophe

abdérilain a composés sur le grand art, sur 1 art sacré, comme il s’appelle lui-même? Oui, sans doute! mais ils méritent le même degré de confiance que ceux de Taut lui-même, du mage Ostanes, de la prophétesse .Marie, qui sont également entre nos mains, avec beaucoup d’autres signés des noms d’Aristote, du roi Salomon et de la reine Cléopâtre.

Ce qui est certain, c’est que la foi dans l’alchimie était déjà accréditée au commencement de notre ère, car nous lisons dans Y Histoire naturelle de Pline 1 que l’empereur Caligula réussit à tirer un peu d’or d’une grande quantité d’orpiment; mais que le résultat ayant trompé son avidité, il renonça à ce moyen de grossir son trésor. Un autre fait qu’on peut affirmer avec confiance, c’est que la science alchimique a pris naissance en Égypte, sous l’influence de ce panthéisme, moitié métaphysique , moitié religieux , qui s’est formé à Alexandrie durant les premiers siècles de l’ère chrétienne par la rencontre de la philosophie grecque avec les croyances exaltées et les rêves ambitieux de l’Orient. On remarque, en effet, qu’après les personnages fabuleux ou manifestement antérieurs à cet ordre d’idées les premiers noms invoqués par la philosophie hermétique sont des noms alexandrins : Synésius, Iléliodore, Olympiodore, Zosime. Ajoutez cette tradition, rapportée par Orose 2 au commencement du i" siècle, et recueillie aussi par Suidas 3 , que Dioclétien, ne pouvant venir à bout des insurrections multipliées des Égyptiens, ordonna la destruction de tous leurs livres de

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