Voir son Lexique, au mot Chimie
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chimie, parce que là était, selon lui, le secret de leurs richesses et de leur opiniâtre résistance. Enfin, c’est à un philosophe d’Alexandrie, à un philosophe chrétien, probablement à la manière de l’évêque de Ptolémaïde, le disciple d’Hypatie, que les Arabes se disent redevables de toutes leurs connaissances alchimiques. Ce personnage, appelé Adfar, florissait pendant la première moitié du vu' siècle, dans l’ancienne capitale des Ptolémées, avec la réputation de posséder tous les secrets de la nature et d’avoir retrouvé les écrits d’Hermès sur le grand art. C’est lui vraisemblablement qui en est l’auteur. Sa réputation s’étendit jusqu’à ■Rome, d’où elle attira vers lui un autre enthousiaste, un jeune homme du nom de Morienus, qui, admis dans la confiance d’Adfar et initié à toute ga science, la communiqua, vers la fin de sa vie, au prince ommiade Khaled, fils du calife Yezyd, devenu le souverain de l’Égypte après la conquête de ce pays sur les empereurs de Constantinople. Dès ce moment l’alchimie devient musulmane, sans cesser de respirer l’esprit qui avait soufflé sur son berceau. Le premier écrivain qu’elle produisit chez les Arabes, le fameux Geber, ou plus correctement Djaber, né à Koufa, sur les bords de l’Euphrate, vers le commencement du vm e siècle, appartenait à la secte des soufis, héritière directe et jusqu’à un certain point écho fidèle du mysticisme alexandrin. Cette alliance est facile à expliquer. En admettant, dans l’ordre philosophique et religieux, qu’il n’y a qu’une substance unique des êtres, ou qu’il n’y a qu’un seul être sous des formes infiniment variées, comment s’empêcher de croire, dans la sphère de la nature et de l’industrie humaine, que tous les
LE MYSTICISME ET L'ALCHIMIE. fil
corps dont ce monde est composé ne sont que des combinaisons et des états différents d’un seul corps? que tous les métaux, pourvu qu’ils soient soumis à un agent assez puissant, peuvent être ramenés à un métal unique, qui est leur type commun et leur plus haut degré de perfection? Tel est, en effet, le principe d’où est sortie l’alchimie, et par lequel elle se lie d’abord au panthéisme mystique des Grecs d’Alexandrie et des soufis de la Perse.
Mais peu à peu, à mesure qu’on s’éloigne de l’antiquité et que les croyances nouvelles prennent un caractère plus ferme, ce principe se dérobe aux regards, et l’alchimie, au lieu de tenir sa place dans un système général de connaissances humaines, devient un art tout à fait isolé, un empirisme étroit auquel il ne reste plus que le champ des illusions et des aventures. Telle nous la rencontrons au commencement du x” siècle chez Rhazès ou Razi, ce médecin fameux qui, se vantant de faire de l’or, ne put trouver une somme de dix pièces d’argent promise en dot à sa femme et dut subir l’humiliation de la prison pour dettes; qui, possédant un secret pour soustraire l’homme à toutes les maladies et même aux infirmités de la vieillesse, ne put. empêcher une cataracte de fermer ses yeux à la lumière. Telle nous la trouvons encore un siècle plus tard, chez un auteur fréquemment cité, et probablement aussi un médecin arabe, Artephius ou Artèphe, qui a bien pu servir de modèle au comte de Saint-Germain, car il s’attribue comme lui une existence de mille ans, due à l’élixir de longue vie.
L’alchimie, en passant des musulmans chez les auteurs chrétiens du moyen Age, ne change pas de ca-
ractère, et l'on peut douter qu’elle se soit beaucoup enrichie entre leurs mains de ces découvertes imprévues dont la chimie a hérité. Ainsi, par exemple, c’est une erreur d’attribuer à Roger Bacon l’invention de la poudre à canon. La composition désignée en termes énigmatiques par le célèbre franciscain a été décrite avant lui avec beaucoup d’autres, par Marcus Græcus 1 et les auteurs arabes. On conçoit que la même horreur qui poursuivait les magiciens atteignait aussi les alchimistes, confondus avec eux par l’ignorance populaire, et que la longue captivité infligée à Roger Bacon ne devait pas encourager leurs expériences. Du moins est-il certain que l’alchimie, pour parler le langage du temps, n’est qu’un accident dans la scolastique : elle ne se rattache par aucun lien aux principes, et n’entre par aucune porte dans les cadres de cette étude. Les objets de ses recherches sont, comme auparavant, la pierre philosophale et le fameux élixir, dont personne à ce moment, pas plus saint Thomas et Albert le Grand que Raymond Lulle et Arnauld de Villeneuve, ne songe à contester l’existence. Ce n’est qu’à l’époque de la renaissance des lettres, dans le cours du xv' et du xvi° siècle, que, choisissant pour son point d’appui la philosophie, ou du moins un système philosophique, et pour son champ d’opérations la nature entière, elle s’efforce non-seulement de prendre rang parmi les sciences, mais de les employer toutes à son usage. Voici comment cette révolution s’accomplit.
Le moyen âge, sauf quelques essais de résistance