Ibid., p. 392 et
1H LE RATIONALISME RELIGIEUX
philosophie d’Aristote dans ce qu’elle a d’inconciliable avec les dogmes bibliques, elles combattent et détruisent toute philosophie, toute science humaine , toute connaissance, puisque nos connaissances ne restent pas les mômes deux instants de suite. Au lieu de nier l’éternité du monde, c’est le monde lui-même qu’elles nient en le réduisant à une ombre, à un vain songe, à une succession de phénomènes sans durée et sans unité. Le monde, la nature, a cessé d’exister dès qu’il n’y a plus de lien ni de forces naturelles, dès qu’il n’y a plus ni genres ni espèces, et que les individus mômes, en perdant leurs facultés, leurs caractères , leurs attributs propres, perdent leur identité. Ce sont toutes les créatures supprimées dans l’intérêt du Créateur. Mais comment croire au Créateur, s’il n’y a plus de création ?
L’âme humaine, dans cette triste théorie, n’est pas exceptée de la dissolution à laquelle est livré l’univers ; car, au sujet de l’âme, les motécallemîn se partageaient entre deux opinions. Selon les uns, elle n’était qu’un accident ; selon les autres, elle était un corps composé d’atomes plus subtils que ceux de nos organes et du monde extérieur *. Ni dans l’un ni dans l’autre cas, elle ne pouvait durer. Dans le premier, ainsi que l’observe Maimonide 1 2 , on était forcé d’admettre « qu’il est créé dans chaque être animé cent mille âmes dans chaque minute. » Dans le dernier, aucune différence ne la séparait des autres êtres; d’ailleurs, les genres et les espèces étant anéantis, il n’y a pas de raison pour