‹ Philosophie et religionChapitre 32 sur 128 · Chap. lxxyii, p · texte numérisé non relu

Chap. lxxyii, p

î. Ciiap. i.xxi, p. 336 et suivantes de la traduction française.

AU XII' SIÈCLE

à juste titre pour inaccessible à la science, est-ce une raison de la répudier sur tous les autres? En quoi donc l’hypothèse péripatéticienne de l’éternité du monde empêche-t-ellc la démonstration des vérités qui nous importent le plus : de l’existence de Dieu, de son unité, de son essence incorporelle? Ces vérités ne reposentelles que sur le dogme de la création, et notre esprit serait-il condamné les abandonner si le monde était sans commencement ? Les motécallemîn l’ont prétendu ; voilà pourquoi ils s’efforçaient d’établir d’abord, n’importe par quel moyen, la nouveauté du moude. De la nouveauté du monde ils concluaient à l’existence d'un Dieu unique, d’un Dieu incorporel. Mais c’est là précisément qu’est la source de toutes leurs erreurs. Une proposition aussi peu susceptible d’une démonstration scientifique que le dogme de la création ne peut pas servir de base aux vérités dont nous parlons; tout au contraire, elles les ébranle et les compromet de-la manière la plus grave. 11 vaut beaucoup mieux, avec les philosophes, supposer d’abord l’éternité du monde et se servir de leurs arguments pour établir l’existence de Dieu, son unité et son immatérialité, puisque cette démonstration est parfaitement possible dans l’hypothèse péripatéticienne. Cela oblige-t-il un philosophe israélite, chrétien ou musulman à abandonner le dogme de la création? Loin de là; quand on aura la certitude scientifique que Dieu existe, que Dieu est un, que Dieu est un être immatériel *, on pourra, à l’aide de ces

1. Maimonide ne se sert jamais du mot spirituel, pour ne pas avoir l'air de reconnaître à Dieu un attribut positif; le mot matière n'ayant pas non plus, dans la langue d'Aristote, le même sens que dans la nôtre.

propositions mômes, attaquer de front l’idée d'un monde sans commencement, et s’élever logiquement jusqu’à la pensée d’un Dieu créateur. Telle est la méthode que Maïmonide déclare avoir adoptée *.

Cette méthode est-elle aussi inconséquente que l’affirme M. Munk et que l’avait affirmé avant lui Ibn Falaquéra, un commentateur de Maïmonide qui vivait au xni e siècle, l’auteur du Guide du guide ( Moré-ha more') et le traducteur hébreu de la Source de la vie, d’Ibn Gébirol? Je ne le crois pas. Il y a bien assez d’inconséquences dans le livre de Maïmonide sans qu’on y ajoute encore celle-là. S’il était vrai que Maïmonide, selon l’accusation de ses deux savants interprètes, considérât l’hypothèse de l’éternité du monde comme le fondement véritable des preuves qu’il apporte de l’existence de Dieu, on aurait raison de se demander comment d’une prémisse hypothétique, et, bien plus que cela, d’une prémisse qui plus tard doit ôtre rejetée comme fausse, il est possible de tirer une conclusion vraie. Mais ce n’est pas cela que dit l’auteur du Moré-Nébouchim. 11 soutient seulement que l’hypothèse de l’éternité du monde ne fait aucun tort aux arguments des péripatéticicns en faveur des principales vérités de la religion naturelle, et que, ces vérités une fois reconnues, on peut les tourner contre la supposition qui les a précédées, qui s’en est accommodée,

il se borne à dire que Dieu est incorporel, et cet adjectif, réalisé par l'abstraction, est devenu, dans la traduction de M. Munk, Vincor/ioralité. Je ero s que c’est pousser trop loin le scrupule de l’exactitude, puisque ce mot barbare ne nous représente rien de plus que Yimmntérialité. Four nous, un être immatériel et un être incorporel sont une seule et même chose.

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