‹ Philosophie et religionChapitre 34 sur 128 · Chap. lxxii, p. 354 de la traduction française · texte numérisé non relu

Chap. lxxii, p. 354 de la traduction française

î. Deuxième partie, chap. ri, p. 47 de la traduction française.

ment cette philosophie, qui ne reconnaît que les lois invariables de la raison ou de la nature, peut cependant se concilier avec les deux conditions nécessaires du mosaïsme et des religions sorties de son sein : la révélation, par conséquent la prophétie et les miracles. Ce sont toutes ces questions qui sont traitées dans la seconde partie du Guide des égarés, à laquelle la première n’a fait que nous préparer. Dans cette première partie, en effet, si l’on se place au point de vue de Maïmonrde, on s’est borné uniquement à détruire certaines erreurs, celles qui offrent le plus grand obstacle à la vraie religion et à la vraie philosophie : l’anthropomorphisme matériel, qui prend tout à la lettre dans le langage métaphorique de la Bible; l’anthropomorphisme spirituel, qui, en reconnaissant à Dieu des attributs essentiels comme ceux de l’homme, met en péril le dogme • de l’unité; enfin la dialectique des motécallemîn, qui, sous prétexte d’honorer le Créateur, suppriment la création. Le but qu’on se propose maintenant, c’est la démonstration directe de la vérité.

Ne dédaignant pas, après les avoir combattus, d’emprunter à ses adversaires leur méthode d’exposition, ou peut-être se conformant à un usage généralement consacré dans les écoles arabes, Maimonide oppose aux douze prémisses des motécallemîn vingt-six propositions péripatéticiennes, destinées à fournir nonseulement la base, mais la matière de ses arguments. Puisque nous devons les retrouver sous une forme qui nous permettra d’en saisir l’enchaînement et les conséquences les plus intéressantes, il n’y aurait aucun avantage à en faire ici la sèche énumération. Nous remarquerons seulement q'ue ces propositions sont loin

AU XII* SIÈCLE. lil

d’appartenir toutes à Aristote. Il y en a d’Avicenne, il y en a d’Alexandre d’Aphrodise, et encore ces dernières, comme le démontre M. Munk, ont-elles été recueillies dans les Commentaires d’Averrhoès. Enfin, celles-là mêmes qui peuvent être considérées comme réellement aristotéliciennes sont disposées et interprétées de telle façon qu’on en voit sortir d’avance la conclusion promise. Toutes nous sont présentées par Maimonide comme évidentes par elles-mêmes, ou comme absolument démontrées, à l’exception de la vingtsixième, qui affirme l’éternité du mouvement, l’éternité du temps et par conséquent de la nature. Sur celles-là, Maimonide se contente de faire ses réserves en évitant provisoirement les deux opinions extrêmes qu’elle avait suscitées. Aux yeux des philosophes elle passait pour une vérité nécessaire; aux yeux des motécallemin, pour une chimère impossible. Ni impossible, ni nécessaire, dit Maimonide, car c’est une simple hypothèse *.

Fidèle au plan qu’il s’est tracé, Maimonide procède d’abord à la démonstration de l’existence de Dieu. Cette démonstration se compose de quatre preuves, dont la première est, sans contredit, la plus importante; car elle renferme implicitement toutes les autres, en même temps qu’elle réunit, étroitement enchaînées entre elles, presque toutes les propositions qui ont été présentées isolément comme le résumé et la base de la métaphysique d’Aristote. Nous ne croyons pas sans intérêt, pour l’histoire de la philosophie, d’en donner ici une idée sommaire.

Page 1