‹ Philosophie et religionChapitre 36 sur 128 · I. Ubi supra, p · texte numérisé non relu

I. Ubi supra, p

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sition et de toute division, et qui, étant inaltérable et immuable, puisse communiquer le mouvement sans le subir.

L’existence de Dieu, son unité et son immatérialité une fois établies par la méthode et par les principes de l’école péripatéticienne, Maimonide n’est que conséquent avec lui-même quand il emprunte également à cette philosophie les opinions qu’elle professe sur le système du monde; car, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, dans le raisonnement par lequel il remonte de l’existence du mouvement à un premier mobile, et d'un premier mobile à un premier moteur, il reconnaît implicitement le système d’Aristote sur la structure et le mouvement général de l’univers. Il croit donc, en faisant abstraction du commencement des choses, qu’il a expressément réservé, et en ne tenant compte que de la manière dont le monde est ordonné actuellement, que l’impulsion divine se fait sentir d’abord sur une première sphère qui enveloppe toutes les autres, que celle-ci communique le mouvement à une sphère inférieure ou moins étendue, cette seconde sphère à une troisième, et ainsi de proche en proche jusqu’à l’orbite de la lune. Il croit de plus, en mêlant à la pensée d’Aristote les idées d’Avicenne, que chaque sphère est un être.animé, comme l’est, dans sa conviction, l’univers entier; que chaque sphère est sous la conduite d’une intelligence séparée ou d’un esprit distinct et indépendant de la matière, qui est doué non-seulement de la vie et de la pensée, mais de la faculté d’aimer et de vouloir, et qui compte parmi les privilèges de sa nature de ne rien aimer, de ne rien vouloir que le bien, d’aspirer à Dieu comme à sa véritable fin ; qui possède, par

LE RATIONALISME RELIGIEUX

conséquent, la connaissance de Dieu et la conscience de lui-môme 4 .

Sur le nombre seulement de ces sphères et des intelligences séparées qui les dirigent Maïmonide fait quelques objections. Trompé par l’astronomie vicieuse de son temps, Aristote a supposé qu’elles pouvaient s’élever jusqu’au nombre de quarante-sept ou de cinquante-cinq, selon qu’on prenait parti pour l’un ou pour l’autre des deux systèmes astronomiques qui étaient alors en crédit. Les philosophes modernes, c’est-à-dire les péripatéticiens arabes, en comptent beaucoup moins, et les récents progrès des mathématiques (c’est Maïmonide qui faitcette réflexion) semblent leur donner raison. Selon les péripatéticiens arabes, ou, pour parler plus exactement, selon Avicenne s , que Maïmonide suit ici pas à pas, il n’y a que neuf sphères et dix intelligences. Les neuf sphères, en montant de bas en haut, sont celles des sept planètes, celle des étoiles fixes et la sphère extérieure, la sphère environnante, qui contient toutes les autres. Naturellement chacune d’elles est soumise au gouvernement d’une intelligence distincte; mais à ces neuf intelligences il faut en ajouter une dixième, qui est l’intellect actif. Son pouvoir s’exerce particulièrement sur notre monde sublunaire et sur l’esprit de l’homme. Sa tâche est, de faire passer en acte ou à l’état de réalité ce qui n’existe encore qu’en puissance, de donner à la matière la forme par laquelle les êtres sortent du chaos et à nos

1. Deuxième partie, chap. nt et iy, p. 51-02 de la traduction française.

2. Voyez, à ce sujet, une savante dissertation de M. Munk contenue dans la note 3 de la page 57.

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idées la certitude ou la clarté qui les élève à l’état de science. L’intellect actif, dans le système philosophique des Arabes, n’est donc pas, comme on l’a quelquefois supposé, la pensée divine, ou plutôt Dieu lui-mème; elle n’est que la dernière des intelligences à qui Dieu a confié après lui le gouvernement du monde et qui servent d’intermédiaire entre lui et les choses.

L’existence de ces intelligences, si nous en croyons Maimonide, est démontrée à la fois par la raison et par l’Ecriture. Elle est démontrée par la raison ; car le mouvement circulaire des sphères n’a rien de commun avec le mouvement naturel des autres corps. Ceux-ci se dirigent vers un point déterminé ; le feu en haut, la pierre en bas, et lorsqu’ils y sont arrivés il se reposent. Pour nous expliquer comment les sphères tournent sur elles-mêmes, il faut donc une autre cause que la force aveugle qui agit sur les éléments. Le don d une âme ne suffit pas ; car nous voyons les êtres animés s’arrêter également après avoir atteint l’objet de leur désir, après avoir évité l’objet de leur aversion ou de leur crainte. L’intelligence elle-même ne suffit pas; car ce n’est pas l’intelligence qui nous porte à l’action, mais le désir. Il faut donc reconnaître que les sphères sont non-seulement animées, mais intelligentes, c’està-dire qu’elles sont mises en mouvement par un principe intelligent et qui, de plus, est capable d’amour. C’est l’amour qui les porte à s’approcher de ce qu’elles ont conçu de plus parfait, c’est-à-dire de Dieu, et c’est ainsi, comme l’a dit Aristote, que Dieu agit sur la première sphère 1 .

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