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Deuxième partie, chap. m, p

LE RATIONALISME RELIGIEUX

La raison est, sur ce point, complètement d’accord avec l’Écriture. Quand le psalmiste dit : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, » il ne fait pas une métaphore, il pense aux intelligences qui président aux mouvements des sphères. Il faut entendre dans le même sens ces paroles de Néhémie : « Les armées célestes se prosternent devant toi; » et celles-ci de Job : « Les étoiles du matin chantaient ensemble et les fils de Dieu faisaient éclater leur joie. » Ce que les Livres saints appellent des anges et des dieux ( Ma lakim, Élo/iim) ce n’est pas autre chose que les intelligences séparées, car tout ce qu’on a dit de celles-ci s’applique aussi à ceux-là. Les anges n’ont pas de corps. Les anges sont les intermédiaires entre Dieu et les autres êtres. Dieu n’agit sur l’univers que par ses anges. Les anges sont au-dessus de la tentation du mal, ils n’aiment et ne veulent que le bien. Entre ffes intelligences séparées d’Aristote et les anges des Livres saints il n’y a que la différence qui résulte de l’éternité du monde et du dogme de la création. Les premières sont considérées comme des puissances éternelles, les autres comme des créatures 1 .

Nous ne suivrons pas Maimonide dans les considérations moitié astronomiques, moitié théologiques par lesquelles il se flatte d’établir que les neuf sphères d’Avicenne peuvent se réduire à quatre, celle de la lune, celle du soleil, celle des cinq autres planètes confondues en une seule, enfin celle des étoiles fixes; et que ces quatre sphères, enveloppées l’une de l’autre, contenues toutes quatre dans une sphère extérieure

1 . Deuxième partie, chap. v-tiii, p. fiî-77 de la traduction française.

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AU XII* SIÈCLE

dépourvue d’étoiles, comme des perles dans un écrin, sont désignées dans l’Écwture sainte par l’échelle de Jacob, par les quatre roues du char d’Ézéchiel, par les quatre chariots de la vision de Zacharie, par les quatre légions d’anges; que chacune d’elles a une influence particulière sur l’un des éléments dont se compose la matière de ce bas monde, la lune sur l’eau *, le soleil sur le feu, les planètes sur l’air, et la sphère des étoiles fixes sur la terre ; que de chacune d’elles aussi descend vers nous une des forces qui animent et qui meuvent les êtres répandus à la surface de la terre : la force minérale, la force végétale, la force vitale et celle qui constitue l’âme rationnelle *. Nous avons hâte d’arriver à une question qui intéresse plus directement la philosophie, et qui, mettant h découvert le fond le plus reculé de la métaphysique de Maimonide, nous apprendra d’avance si la foi en un Dieu créateur est compatible ou non avec son système philosophique.

Vainement, dans l’intérêt de sa majesté, de sa spiritualité, de son immuable perfection, Dieu est-il séparé du monde par une série de puissances intermédiaires, toutes spirituelles comme lui, toutes douées de raison, de volonté et de conscience, dont la dernière seulement est en communication avec nous et avec notre chétif globe. Il faut cependant qu’il agisse d’une façon quelconque sur ces intelligences, comme elles agissent les unes sur les autres, et toutes ensemble sur l’univers. Quelle est la nature de cette action? On a déjà vu

1. Maimonide en donne pour preuve le flux et le reflux de la mer, chap. x, p. 85.

2. Deuxième partie, chap. ix et x, p. 80-92 de la traduction française.

le rationalisme religieux

que Maimonide, à l’exemple d’Aristote, reconnaît en Dieu la cause finale, sinon de l’univers tout entier, du moins de la première intelligence. S’il s’en était tenu là, il aurait bien été obligé d’admettre l’éternité du monde, puisque Dieu n’était que le but et non l’auteur de ces existences qui aspirent à lui sans qu’il descende jusqu’à elles, même par la pensée, sans qu’il ait soit le désir, soit la faculté de les connaître. Mais Maïmonide n’admet pas que Dieu soit la cause finale du monde sans en être en même temps la cause efficiente. « La fin est plus noble, dit-il *, que les choses qui existent pour cette fin. » Or, qu’arriverait-il si la fin n’existait qu’en vue des êtres qui la poursuivent? « Il s’ensuivrait que ce qui est plus élevé, plus parfait et plus noble existe en faveur de ce qui lui est inférieur, chose qu’un homme intelligent ne saurait s’imaginer 1 2 . »

En essayant d’expliquer comment Dieu est la cause efficiente de l’univers, Maïmonide fait intervenir l’idée orientale de l’émanation, qui prend chez lui le nom A' épanchement ( feidh en arabe). Dieu, étant un être spirituel, ne peut pas agir, comme un corps sur un autre corps, par voie de contact immédiat ou d’impulsion transmise à distance au moyen d’agents matériels. Dieu étant l’auteur, la première cause de toutes les formes des êtres, et ces formes, même quand elles affectent les corps, n’ayant rien de corporel, rien qui puisse s’expliquer par la combinaison des éléments, à quoi donc peut-on comparer l’action divine sur l’ensemble des choses? A l’eau qui jaillit d’une source sans

1. Deuxième partie, chap. xt, p. 95 de la traduction française.

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