‹ Philosophie et religionChapitre 38 sur 128 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

AU XII e SIÈCLE. 131

interruption, sans augmentation ni diminution, et qui se répand de tous les côtés, de près et au loin, avec une égale abondance, de manière à arriver dans tous les lieux disposés à la recevoir *. Voilà justement pourquoi on lui donne le nom d’épanchement. L’épanchement venant de Dieu produit d’abord les intelligences séparées, puis se communique de l’une de ces intelligences à l’autre jusqu’à l’intellect actif, qui tient parmi elles le dernier rang. Ces intelligences, à leur tour, produisent les sphères, puis la matière première dont sont formés tous les corps, et enfin les forces qui les animent, jusqu’à ce qu’elles aient atteint, sur cette terre où nous vivons, leur dernier terme d’activité 1 2 .

11 est impossible de méconnaître que ces expressions, ces comparaisons, cette hiérarchie des existences viennent en droite ligne de l’école d’Alexandrie, et qu’elles conviennent beaucoup mieux au système panthéiste de l’émanation qu’à une tentative de conciliation entre Aristote et la Bible, qu’à une philosophie qui professe l’existence d’un Dieu personnel, spirituel, créateur et providence de l’univers. Mais, nous ne craignons pas de l’affirmer, la doctrine de l’émanation n’est pas plus dans la pensée de Maïmonide que la théorie qui ôte à Dieu tous ses attributs. Toutes les expressions qu’il lui a empruntées, et qui lui sont imposées, en quelque sorte, par la philosophie de son temps, ne sont pour lui que des images sous lesquelles se cache une conviction toute contraire. Lui-même, dans les termes les plus explicites, prend soin de nous en avertir.

Page 1