Chap. ni, p. loi de la traduction française
2. Deuxième partie, chap. xi, p. 96 de la traduction française.
1 32 I-E RATIONALISME RELIGIEUX
« On a dit que le monde vient de l’épanchement de Dieu et que Dieu a épanché sur lui tout ce qui y survient. De môme encore, on a dit que Dieu a épanché sa science sur les prophètes. Tout cela signifie que ces actions sont l’œuvre d’un être incorporel; et c’est l’action d’un tel être qu’on appelle épanchement. En effet, on n’aurait pu trouver une meilleure expression que celle-là pour désigner par comparaison l’action de l’être séparé ; car on chercherait vainement un mot qui corresponde en réalité à l’idée véritable, la conception de l’action de l’être séparé étant chose très-difficile, aussi difficile que la conception de l’existence môme de l’être séparé *. »
Ce qui prouve qu’en parlant ainsi Maïmonide est plus sincère que prudent, et plus fidèle à sa conscience religieuse qu’à Averrhoès ou à Avicenne, c’est que l’idée qu’il se fait de Dieu et des intelligences directement soumises à son pouvoir est absolument opposée à la doctrine de l’émanation. L’émanation confond , par l’identité de substance, Dieu avec tous les autres êtres. Le Dieu de Maïmonide a la conscience de lui-même, c’est une volonté qui se suffit et qui n’a aucun besoin des existences qu’elle produit pour se compléter ou se donner le spectacle de sa propre puissance. L’émanation supprime la liberté. Le Dieu de Maïmonide est libre, et les intelligences qui gouvernent au-dessous de lui ne le sont pas moins, quoique le mal leur soit étranger. Enfin, avec le système de l’émanation, ce qui est maintenant a toujours été : Dieu n’a pas pu se soustraire à la nécessité de sortir de lui-même et de par-