Ibid., chap. xxxvii, p
Al XII* SIECLE.
clave, elle ne demande à l’homme que les sacrifices nécessaires à son perfectionnement, à sa félicité dans ce monde et dans l’autre, à la paix et à la durée de la société. Elle n’exige rien de lui, elle ne lui prescrit rien qui ne soit conforme à sa nature et proportionné à ses forces. Il est permis de supposer que Maimonide, en parlant en ces termes de la loi de ses pères, la comparait intérieurement à l’Évangile et au Coran, et que c’est précisément le spiritualisme chrétien et le sensualisme musulman qui représentent à ses yeux les deux excès dont il félicite le législateur des Hébreux d’avoir su se préserver. Les idées philosophiques et religieuses de Maimonide s’appuient presque toujours sur un fondement historique; il ne fait pas un pas sans invoquer ou un texte ou un fait; et quand il ne peut pas les citer directement, il les désigne par allusion.
Mais Moïse n’est pas seulement le plus grand des législateurs : c’est l’esprit spéculatif qui s’est élevé le plus haut dans la sphère de la vérité, ou qui a le mieux compris la nature divine; car lorsqu’on dit qu’il voyait Dieu face à face ou qu’il s’entretenait avec lui de bouche à bouche, comme un homme avec son prochain, cela signifie simplement qu’entre sa raison et l’essence du Créateur il n’y avait point d’intermédiaire; que l’imagination n’avait aucune part à ses sublimes pensées '.
C’est tout le contraire chez les autres prophètes. La vérité ne leur apparaît qu’à travers un voile. La nature de Dieu, sa volonté, ses desseins sur le monde en gé-
1. Deuxième partie, chap. xlv, t. II, p. 348 de la traduction française.
LE RATIONALISME RELIGIEUX
néral et sur Israël en particulier, ne se montrent à eux que sous des formes sensibles, créées par l’imagination, ou dans les visions d’un songe. Aussi faut-il bien se garder de prendre à la lettre la plupart de leurs récits; ce serait un sûr moyen de tomber dans un dangereux anthropomorphisme. Les choses surnaturelles qu’ils ont vues, les paroles qu’ils assurent avoir entendues, tout cela se réduit aux images qui ont frappé leur esprit pendant le sommeil prophétique. Mais ces images sont le fruit de leurs méditations et de la pureté de leur vie, ou de la sainte exaltation où sont entrées leur âme et leur intelligence, à force de se diriger vers un but supérieur. Naturellement elles varient suivant le caractère des hommes et les distances qui séparent les esprits. Ainsi l’un a yu Dieu lui-même, comme Isaïe, quand il raconte avoir aperçu l’Éternel assis sur un trône et remplissant le temple des plis de sa robe. L’autre n’a fait qu’entendre la parole de Dieu, comme lorsqu’on lit dans la Genèse que la parole de Dieu fut adressée à Abraham dans une vision*. Celui-ci ne voit ni n’entend Dieu : il n’aperçoit qu’un ange, comme Jacob à Bethel et Baîaam dans le désert; et celui-là, exclu môme de cette dernière faveur, est admis seulement à entendre la voix d’un ange.
En combinant ces différences avec celles qui existent dans les facultés elles-mêmes, Maïmonide arrive à composer comme une échelle de l’esprit prophétique, dans laquelle on ne compte pas moins de onze degrés. Nous ne suivrons point Maïmonide dans ces distinctions. On peut se figurer tout ce qu’elles ont de subtil et d’arbi-