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LE RATIONALISME RELIGIEUX
l’intérêt d’un système plus ou moins homogène, comme on voit des constructions diverses rassemblées dans un palais plus ou moins régulier, tout ce que ces deux races possédaient alors de connaissances ou de doctrines particulières sur les différentes branches des connaissances humaines, principalement sur les mathématiques, l’astronomie, la physique, la médecine et l’histoire naturelle.
Malgré le plan que l’auteur s’est tracé et sa résolution d’y rester fidèle, les trois parties dont se compose le Guide des égarés ne restent point renfermées dans des limites précises. Aussi ne faut-il point s’attendre, en passant de la seconde à la troisième, à rencontrer sur-le-champ des questions qui n’ont pas encore été traitées. Les sept premiers chapitres de cette troisième partie ne sont pas autre chose qu’une continuation de la précédente. Reprenant la prophétie au point où celui-ci l’avait conduite, ils nous montrent par un exemple l’usage qu’on en peut faire dans l’interprétation des Écritures ; ils nous offrent à mots couverts une explication, nous ne dirons pas rationnelle, mais rationaliste, de la vision d’Ézéchiel. Et cette explication, présentée avec tant de précaution et de mystère, saiton à quoi elle se réduit? A attribuer au prophète hébreu le système cosmologique des péripatéticiens arabes, c’est-à-dire celui que les Arabes avaient emprunté aux péripatéticiens d’Alexandrie.
Les quatre animaux symboliques que le prophète aperçut des bords du fleuve Kôbar dans les cieux entr’ouverts, ce sont les quatre sphères principales du ciel, à savoir : les deux sphères du soleil et de la lune, celle des cinq autres planètes, celle des étoiles fixes.
AU XII* SIÈCLE
Les quatre faces et les quatre ailes dont chacun de ces animaux est pourvu nous représentent les quatre causes par lesquelles s’explique le mouvement des sphères célestes : d’abord la ligure même de la sphère, puis son âme, puis son intelligence, enfin l’intelligence supérieure, l’intelligence séparée vers laquelle la porte son désir. Dans le pied arrondi et privé d’articulations dont ces mêmes animaux se servent pour marcher, qui ne reconnaîtrait le mouvement circulaire et continu des sphères? Leur double action, l’une par laquelle elles engendrent les êtres, l’autre par laquelle elles les conservent, c’est ce que signifient les deux mains de l’animal. Par les quatre roues il faut entendre les quatre éléments, qui, se transformant les uns dans les autres, ne peuvent être mieux représentés que par cette image. Le firmament et le trône sur lequel on aperçoit comme une figure humaine, c’est le ciel supérieur ou la sphère diurne et l’intelligence supérieure qui la dirige; car si l’on avait voulu désigner Dieu lui-même, on ne lui aurait attribué ni la forme humaine, ni aucune autre forme. Dieu, ou plutôt son action invisible, l’esprit dont il pénètre et avec lequel il conserve toute la création, est figuré par un autre symbole : c’est le vent qui soutient et dirige les animaux, les roues et le char tout entier.
Assurément, l’explication de Maimonide, [irise à la lettre, est inadmissible; mais peut-être n’a-t-il pas tort de supposer que la vision d’Ézéchiel, à laquelle les kabbalistes ont rattaché toutes leurs idées philosophiques, n’est qu’une exposition symbolique d’un certain système du monde, adopté par le génie hébraïque sous l’inspiration de la vieille civilisation babylonienne. Les
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rédacteurs du Talmud conviennent eux-mêmes que sous cette influence étrangère, pendant que l’élite de leur nation était exilée dans l’empire des rois d’Assyrie, les Israélites ont changé leur calendrier et accepté des idées nouvelles sur les attributions et la classification des anges; nous voyons un peu plus tard, dans ce même milieu, apparaître parmi eux le dogme de la résurrection, dont les anciens prophètes ne nous offrent pas la moindre trace; pourquoi n’auraient-ils pas également emprunté aux sages de la Chaldée, sauf à les mettre d’accord avec le dogme de la création et le principe du monothéisme, leurs idées sur l’astronomie et la composition de l’univers?
Nous revenons également sur nos pas lorsque Maimonide, après avoir défendu, dans la seconde partie de son livre, l’idée de la création contre l’hypothèse de l’éternité du monde, se propose ici de justifier la Providence des accusations qu’on a tirées contre elle de l’existence du mal, et veut montrer qu’elle peut se concilier avec la liberté humaine. Ces considérations sont, en effet, inséparables des arguments que la raison fait valoir en faveur d’un Dieu créateur; car si Dieu n’est pas simplement le nom de la nécessité, si l’on est forcé de lui reconnaître la sagesse et la toute-puissance, il faut que la marque de ces attributs se laisse apercevoir dans ses œuvres.
C’était une doctrine reçue chez tous les philosophes de l’école d’Alexandrie, d’où elle a passé chez un grand nombre de philosophes modernes, que le mal, à proprement parler, n’existe pas, qu’il n’est que la privation, c’est-à-dire l’absence du bien ou un moindre bien, comme les ténèbres sont l’absence de la lumière; que,
AU XII' SitCLE.
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par conséquent, il ne peut être imputé à Dieu, puisque Dieu est l’auteur de l’être, non du néant. Cette doctrine est adoptée par Maimonide, qui l’applique également au mal physique et au mal moral. Le mal physique, selon lui, est surtout représenté par la mort, la maladie et la pauvreté. Or il est évident que la mort n’est que la privation de la vie; la maladie, celle de la santé; et la pauvreté, celle de la richesse. Il n’en est pas autrement du mal moral, c’est-à-dire des vices et des crimes du genre humain, des guerres qui éclatent entre les peuples, et des haines qui poussent les individus à se faire souffrir les uns les autres autant qu’il est en leur pouvoir. Tous ces fléaux out leur commune origine dans l'ignorance, et l’ignorance n’est que l’absence de la science. L’ignorant ressemble à l’aveugle qui se blesse lui-même et ses semblables en se heurtant contre les passants ou contre les choses qui l’environnent : « La connaissance de la vérité fait cesser l’inimitié et la haine. » Voilà pourquoi le prophète nous peint la vérité et la paix comme inséparables, le triomphe de l’une devant amener nécessairement le triomphe'de l’autre *.
En dépit de l’ignorance qui l’obscurcit, des vices qui la dégradent et des misères de toute espèce qui la traversent, cette existence que Dieu nous a donnée, quand on tient compte des facultés qu’elle met en œuvre et du degré de développement dont elles sont susceptibles, ne peut être considérée que comme un immense bienfait. Bornés comme nous le sommes par ce fait même que nous sommes des êtres créés et que notre àme est