‹ Philosophie et religionChapitre 50 sur 128 · Chap. xvu, p · texte numérisé non relu

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Al' XII* SIÈCLE. 17.1

l’Écriture et à la tradition. Il approuve en général la proposition que les Arabes ont mise sur le compte d’Aristote, et selon laquelle la Providence, uniquement occupée des astres et des espèces, ne s’abaisse pas jusqu’aux individus; mais il fait une exception en faveur des individus de l’espèce humaine. Ceux-ci, doués de la raison et de la liberté, forment par là môme un monde à part dans l’universalité des ôtres. Il ne suffit pas qu’ils soient gouvernés par les lois de la nature, c’est-à-dire du monde physique; leurs facultés réclament impérieusement l’intervention des lois de la justice, il faut qu’ici-bas ou ailleurs leur sort soit en harmonie avec leurs actions. Voilà pourquoi il est impossible qu’ils ne soient pas l’objet d’un'regard particulier du souverain régulateur des choses. Mais ce regard n’est pas le même pour tous. « La Providence divine suit l’épanchement divin *, » ce qui signifie que son action est proportionnée au rang que nous avons conquis par la méditation et par les œuvres dans la hiérarchie des intelligences. « La Providence divine, dit Maimonide I 2 , ne veillera donc pas d’une manière égale sur tous les individus de l’espèce humaine; au contraire, elle les protégera plus les uns que les autres, à mesure que la perfection humaine sera plus ou moins grande. » Le dogme de la création, le principe des causes finales, le libre arbitre, l’intervention de la Providence non-seulement dans le gouvernement de la nature et de l’humanité, mais dans les destinées particulières de chacun de nous en proportion de son mérite

I Chap. xvu, p. 130.

i Ihid., p. 137.

et de son intelligence, voilà ce que Maimonide, en se montrant plus ou moins conséquent, mais avec une sincérité parfaite, s’est efforcé de comprendre dans son système philosophique : comment, après cela, ne voir en lui qu’un pur averrhoïste et le véritable maître de Spinoza?

A la question de la Providence semblerait se rattacher celle de la prescience; mais Maimonide ne les distingue pas l’une de l’autre, la prescience faisant partie de la sagesse divine, qui est elle-même inséparable de l’action de Dieu sur l’ensemble des êtres. Quant aux objections qu’on a tirées de la prescience contre la liberté de l’homme et la justice de Dieu, elles sont écartées par cette sage considération que nous ne pouvons nous faire une idée de la manière dont la Divinité perçoit le présent et prévoit l’avenir, ni même de ce qu’est pour elle la division du temps. « Il n’y a rien de commun, dit-il ', entre notre science et sa science, comme il n’y a non plus rien de commun entre notre essence et la sienne. » Au lieu de s’attacher à un problème insoluble, il aime mieux, comme il l’a fait pour les autres points essentiels de sa philosophie, chercher dans l’Écriture la confirmation de ses idées sur la Providence. C’est au livre de Job qu’il s’adresse dans ce dessein.

Déjà quelques-uns des auteurs du Talmud, beaucoup plus hardis que bien des théologiens modernes, avaient non-seulement mis en question, mais nié formellement l’existence de Job *. Maimonide, se rangeant

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