‹ Philosophie et religionChapitre 56 sur 128 · Cliftji. XLV, p. 355-35C · texte numérisé non relu

Cliftji. XLV, p. 355-35C

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suadé que les progrès de la morale publique, le sentiment de la pudeur, le respect de la nature humaine sont en raison directe des progrès de la civilisation. Quoi qu’il en soit de cette observation générale, les coutumes auxquelles nous faisons allusion nous expliquent suffisamment pourquoi la greffe et le mélange des espèces ont été interdits au peuple de Dieu.

- 11 y a des défenses moins importantes, mais encore

plus étranges en apparence, qui ont une cause à peu près semblable. Si, par la loi de Moïse, il est interdit de se raser les coins de la chevelure et de la barbe, c’est parce que c’était un usage des prêtres idolâtres. Ces mêmes prêtres, sans doute quand ils voulaient entrer en communication avec les trois règnes de la nature ou avec les astres qui étaient censés les gouverner, avaient soin de se couvrir d’une robe où la laine était mêlée à des substances végétales, et, pendant qu’ils étaient vêtus de cet habit symbolique, ils soulevaient dans leurs mains un vase de métal ou de pierre. Pour ôter aux Israélites jusqu’à la pensée de retourner à celte invocation des créatures après qu’ils eurent appris à connaître le créateur, Moïse leur représente comme un péché non-seulement de porter, mais de fabriquer des tissus de matières hétérogènes. C’était assez que les temples païens fussent entourés de bois sacrés pour que toute plantation d’arbres fût proscrite dans le voisinage de la maison du Seigneur. Les fruits que donnaient les arbres nouvellement plantés, pendant les trois premières années, étaient ceux que les Sabiens offraient de préférence à leurs faux dieux, et qu’ils mangeaient en commun dans leurs profanes réunions. Voilà justement pourquoi tous les fruits qui

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naissen dans ces mômes conditions sont déclarés impurs par les lois du Pentateuque '.

Cette manière de défendre aux yeux de la raison des préceptes qui avaient paru jusqu’alors complètement arbitraires, n’est pas seulement ingénieuse et savante; mais, si l’on en juge par l’analogie, elle doit contenir un grand fond de vérité. Elle est justifiée par le système d’isolement que le législateur des Hébreux, connaissant la faiblesse de son peuple et son penchant pour le polythéisme, alors répandu sur toute la terre, semble s’être proposé pour but principal de ses efforts. Ne devait-il point préserver de toute atteinte les dogmes précieux de l’unité de Dieu et de l’unité du genre humain, jusqu’à ce que le temps fût venu de les enseigner à toutes les nations? Il ne pensait pas, avec certains écrivains de nos jours, que ces croyances dussent être comptées parmi les traits distinctifs d’une race ou les propriétés d’une organisation particulière; il les considérait comme une des conquêtes de la raison et du temps. Il résulte de là que si Y Agriculture nabatéenne peut servir à répandre quelque lumière sur les prescriptions du Pentateuque ou tout au moins du Lévitique, l’antiquité incontestée du Lévitique, même si on ne la fait pas remonter jusqu’à Moïse, nous garantit à son tour celle des traditions qui ont trouvé place flans la compilation d’Ibn-Wa’hschiyya.

La tâche de Maïmonide devient plus facile lorsque, quittant les règles purement liturgiques, ascétiques ou disciplinaires, il fait ressortir, au moins par comparaison avec les autres législations de l’époque, ce qu’il

1. Lévitique, cliap. xix, v. 23; Maimonide, chap. xxxvn, p. 290.

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y a d’humanité et de justice, d’équité et de sagesse dans les lois civiles des üébreux. Par exemple, en regard du droit terrible de la guerre tel qu’il était pratiqué par tous les peuples de l’antiquité, il nous signale un passage du Deutéronome 1 qui défend d’user de la force contre une captive recueillie sur le champ de bataille, qui défend même de la vendre ou de la réduire en esclavage, et veut qu’nn lui laisse le temps de pleurer sur son père et sa mère. A la dureté et quelquefois à la férocité avec laquelle l’esclave était traité chez toutes les nations païennes, il oppose la condition de l’esclave hébreu, même d’origine chananéenne, protégé par la loi contre les passions de ses maîtres, et affranchi par cela seul que son corps portait les traces de leur violence. On sait, en effet, qu’une dent cassée lui valait la liberté.

Les réflexions de Maïmonide sur les lois pénales, les lois de succession, le mariage, la famille, ne sont pas moins remarquables, et font un étrange contraste avec quelques théories soi-disant avancées de nos jours, dont les unes mettent, en question la famille et le mariage, dont les autres réclament, contre le cri de la nature, le droit absolu de tester. Je citerai encore les considérations empruntées à l’hygiène et à la médecine par lesquelles il explique la circoncision et les prescriptions alimentaires de Moïse. Mais, obligé de nous borner, nous aimons mieux nous arrêter à la conclusion de ce volume, qui est également celle de l’ouvrage tout entier.

Malgré la sagesse admirable qui a inspiré les com-

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