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Chap. xxi, v

Al! XII» SIÈCLE.

mandements contenus dans la sainte Écriture, l’observation de ces commandements, ou, pour nous exprimer d’une manière plus précise, l’accomplissement des devoirs qui nous sont prescrits au nom de la révélation, n’est point le but de notre vie et le dernier terme de nos efforts. Il ne doit être considéré que comme une simple préparation ou initiation à un état supérieur. Cet état supérieur, c'est celui où nous parvenons par la science, non point par toute espèce de science, mais par la science spéculative, désintéressée, qui, s’élevant au-dessus des êtres finis et périssables, nous conduit jusqu’à l’être infini et éternel, nous donne, autant que notre nature le permet, la véritable connaissance de Dieu. Enfin, quand nous sommes arrivés à connaître Dieu, quand nous sommes parvenus à le voir avec les yeux de notre esprit dans toute sa majesté et sa gloire, alors seulement nous sommes capables de l’aimer, et nous l’aimons en effet, selon la parole de l’Écriture, de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos facultés 1 ; alors nous nous unissons à lui et nous trouvons dans cette union tout à la fois la perfection et la félicité suprêmes.

Dans cette distinction des différents degrés par lesquels nous montons de la terre au ciel, on chercherait en vain la place de la justice, de la charité, l’accomplissement de nos devoirs envers nos semblables et envers la société, en un mot, ce qu’Aristote appelle les vertus morales. C’est que les vertus morales, dans l’opinion de Maimonide, n’ont pas un rang beaucoup plus élevé que les pratiques religieuses. Préparées par celles-ci,

t. Chap. u, p. 437.

LE RATIONALISME RELIGIEUX

elles ne sont elles-mêmes qu’une préparation à la vertu intellectuelle, par laquelle nous acquérons la faculté d’aimer Dieu et de nous réunir à lui. La vertu morale n’est qu’un instrument, et un instrument plus utile aux autres qu’à nous-mêmes. La vertu intellectuelle est la seule qui nous conduise au but ', c’est-à-dire à cet amour suprême, à cette union ineffable dont nous venons de parler.

Mais comment l’âme et Dieu peuvent-ils ainsi se rencontrer? Qu’est-ce qui leur sert de médiateur? Nous laisserons à Maimonide lui-même le soin de répondre à cette question. « C’est l’intellect qui s’épanche sur nous et qui est le lien entre nous et Dieu, et de même que nous le percevons au moyen de cette lumière qu’il épanche sur nous, comme il est dit, par ta lumière nous voyons la lumière 1 2 , de même c’est au moyen de cette lumière qu’il nous observe, et c’est par elle qu’il est toujours avec nous, nous enveloppant de son regard 3 . » Le rationalisme de Maimonide, si audacieux qu’il nous paraît toucher quelquefois à la révolte, et qu’il ne supporte aucun mystère ni dans la nature, ni dans les Livres saints, n’est donc pour ainsi dire que la préface du mysticisme. Est-ce bien le mysticisme, ou seulement l’averrhoïsme, c’est-à-dire le panthéisme? Le panthéisme parle de nécessité et non de providence; il ne dira jamais comme Maimonide, que la Providence divine « veille particulièrement sur l’homme favorisé de cet épanchement divin dont sont

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