Paris, Rome, Jérusalem, I. I, p
2. Si M. Salvador, ainsi qu'il le dit dans la préface de la deuxième
édition de l’Histoire des instituts ns de Moïse, n'avait que vingt ans quand il soutenait, en 1816, sa thèse de docteur, sa naissance ne peut remonter qu’à la fin de 1796 ou au commencement de 1797.
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Ghetto boutique de vieux habits ou de vieux galons, et les âmes pieuses venues en pèlerinage dans la ville sainte se le montreraient les unes aux autres comme une preuve de la malédiction prononcée contre sa race.
Si les nations restées fidèles aux traditions intolérantes de la vieille société pouvaient se douter des trésors de patriotisme et de dévouement qui sont ensevelis inutiles dans leur sein, quand ils ne dégénèrent point en forces ennemies, leurs yeux s’ouvriraient bien vite à la lumière de la justice; leur intérêt bien entendu, à défaut d’un principe plus généreux, triompherait des passions les plus aveugles et des préjugés les plus obstinés. Le sentiment qu’exprime M. Salvador est celui de toute la génération qui a été affranchie avec lui par l’ère glorieuse de 1789. A peine sorti de l’enfance, il comprit que pour lui, descendant d’une race de parias, le titre de citoyen était une dette sacrée contractée envers son pays ; il considéra comme le premier de ses devoirs de justifier autant qu’il était en lui l’acte d’émancipation qui l’avait fait naître à la vie civile, et « dont la nation française avait été la première à donner l'exemple à l’univers. »
L’éducation que reçut M. Salvador ne le préparait en aucune manière à l’enthousiasme qu’il devait professer un jour pour le législateur des Hébreux. Israélite de naissance et, comme il le dit quelque part, « par son baptême ineffaçable, » issu d’une de ces familles de juifs espagnols qui, fuyant l’inquisition ou expulsées par l’édit de 1492, étaient venues chercher un abri sur le sol hospitalier de la France, il appartenait ostensiblement au culte de ses pères tout en fré-
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quentaut plus assidûment l’église que la synagogue. Ce n’est pas qu il se sentît plus attiré vers la première que vers la seconde ; mais il suivait ses camarades de collège, qui, de leur côté, obéissaient plus à la discipline de leurs maîtres ou de leurs parents qu’à une pieuse ferveur. C’est qu’à l’époque dont nous parlons, grands et petits, jeunes et vieux, tous étaient frappés de cette maladie qui allait inspirer à l’abbé de Lamennais les pages enflammées de l'Essai sur l’indifférence. Une circonstance particulière venait chez M. Salvador à l’appui de cette disposition : « Du côté des femmes, dit-il ', je tenais assez de sang sorti du giron de l’Église catholique pour y puiser au besoin un nouveau motif d’indépendance. » .
Après avoir terminé ses classes dans sa ville natale, il se rendit à Montpellier, et, à l’exemple de son illustre devancier, Moïse Maimonide, avec qui il présente plus d’un point de ressemblance, il préluda à l’étude de la religion par celle de la médecine. Il avait à peine vingt ans lorsqu’il soutint, avec beaucoup d’éclat, sa thèse de docteur. C’était en 1816. Un esprit nouveau soufflait sur notre pays. La liberté, malgré les efforts d’une réaction insensée, avait passé des institutions politiques dans les idées et dans les croyances. Elle ne consistait plus, comme autrefois, dans le dénigrement de tout ce qu’avaient respecté les générations précédentes, mais dans l’usage d’une critique impartiale, demeurée respectueuse même quand elle use de toutes ses rigueurs. Une intelligence naturellement aussi grave que M. Salvador devait être une des premières à