Proverbes, chap. xxxi, v
ET LA NOUVELLE RELIGION DE M. JOSEPH SALVADOR. ïî5
de la science, est supérieure à la couronne de la royauté et à la tiare du grand prêtre.
Enseignés comme des corollaires du dogme de la création, tous ces principes ont leur couronnement nécessaire dans l’amour divin. «Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. » Si c’est lui en effet que nous aimons dans l’homme, son œuvre et son image, quelle place nedoitil pas occuper lui-même dans notre vie et dans notre pensée? Aussi le fondateur du christianisme est-il parfaitement fidèle à la lettre et à l’esprit de l'ancienne alliance lorsqu’il dit que ces deux préceptes : Aimer Dieu par-dessus toutes choses et son prochain, comme soi-même, renferment toute la loi et les prophètes.
Ne semble-t-il pas que ces admirables maximes ne laissent aucun doute sur la théologie qui les inspire, sur le dogme qui en est la base et dont l’expression les accompagne presque toujours? N’est-il pasévidentque ce Dieu qui veut être aimé d’un amour sans bornes, qui impose à la matière sa volonté toute-puissante, qui a construit l’univers d’après un plan arrêté d’avance dans son éternelle sagesse, qui contemple et qui admire son propre ouvrage, qui nous montre dans l’homme intelligent et libre une image fidèle, quoique bornée, de son essence invisible, que le Dieu de Moïse, enfin, et du Pentateuque, ne peut être qu’un Dieu personnel et spirituel, un Dieu créateur et distinct du monde? Ce n’est point l’opinion de M. Salvador, et je me hâte d’ajouter que ce paradoxe ne lui a pas porté bonheur. La manière dont il comprend, la manière dont il explique dans Y Histoire des institutions de Moïse la religion proprement dite, les idées du législateur des
ÎVi LES TRAVAUX BIBLIQUES
Hébreux sur la nature divine, est de tout point inacceptable. Ce n’est pas seulement une hypothèse entièrement dénuée de preuves, c’est une gageure impossible contre le témoignage formel des faits et des textes. Là est la partie chimérique de l’œuvre de M. Salvador, ou, pour mieux dire, de toutes ses œuvres ; car c’est de cette source qu’émanent sa sévérité pour le christianisme et les conclusions apocalyptiques de son dernier ouvrage : Paris, Rome , Jérusalem.
Si l’on considère en elle-même la question religieuse, après avoir fait abstraction des fictions mythologiques qui appartiennent plus à la poésie qu’à la religion, on se voit obligé de choisir entre deux systèmes, entre deux principes absolument opposés : le panthéisme et le monothéisme. Ou ce monde renferme en lui-même son propre principe, sa propre cause, dont il n’est qu’une évolution spontanée et nécessaire, par conséquent éternelle, une émanation sans commencement et sans fin ; ou il a été produit par une cause. distincte de lui, indépendante de lui, en vertu d’un acte purement volontaire, en conséquence d’un dessein préconçu. Dans le dernier cas, Dieu est un esprit, Dieu est une personne, car il a la conscience et la liberté. Dans le premier cas, il n’a ni l’une ni l’autre; formant avec la nature une seule existence, dont les formes infiniment variées nous représentent la diversité des êtres, il n’a ni attributs ni qualités qui lui soient propres, il n’est pas exempt de la nécessité qui entraîne la totalité des choses, et sa conscience n’est que celle de l’homme. Les deux systèmes sont donc entre eux dans un tel rapport qu’à moins d’être sceptique, ce qui n’est pas une manière de résoudre, mais d’éluder
la question, il faut se déclarer nécessairement pour l’un ou pour l’autre. Qui n’est point panthéiste croit au Dieu personnel, dont l’idée, acceptée sans restriction, vient se résoudre dans celle du Dieu créateur. Qui ne croit pas au Dieu créateur est, qu’il le sache ou qu’il l’ignore, un partisan du panthéisme. A force d’imagination et de talent on pourra dissimuler les termes du problème, on ne les changera pas.
C’est dans la vaine espérance d’échapper à cette alternative que M. Salvador a imaginé l’infinithéisme.
Qu’est-ce que l’infinithéisme? C’est la croyance en un Dieu infini, à la fois actif et passif, spirituel et matériel, une et indivisible essence de tous les êtres, ou plutôt le seul être vraiment digne de ce nom, l’être unique, éternel, hors duquel rien n’existe et rien n’est possible. Un Dieu pur esprit, un Dieu distinct du monde n’est, dans l’opinion de M. Salvador, qu’une pure abstraction. Il lui représente, non le terme le plus élevé où puisse atteindre notre intelligence, mais «une •
subdivision de l’unité infinie '. »
S’il en est ainsi, où donc est la différence entre l’infinithéisme et le panthéisme? Le caractère propre du panthéisme, ainsi que l’indique son nom, est de concevoir Dieu comme un tout, c’est-à-dire comme une œuvre faite, et par conséquent bornée. « Or, l’Être universel n’a pas de bornes dans notre esprit, puisque, après avoir épuisé toutes nos facultés à le percevoir, nous sentons qu’il peut encore être agrandi sans cesse. »
C’est précisément ce que nous enseigne l’infinithéisme 2 .