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déploiement de toutes nos forces, ces maximes sont absolument incompatibles avec l’idée que la vie est identique à la pensée, que la pensée, à son degré le plus élevé, se confond avec la contemplation, et qu’il n’y a que les âmes faibles et grossières, qu’il n’y a que des enfants qui puissent préférer l’action à la vie contemplative.
Telles sont les difficultés que Piotin trouve devant lui quand il veut concilier sa métaphysique panthéiste avec l’idée de la Providence, avec l’idée de Dieu, avec l’idée de la justice, avec l’idée du bien, avec l’idée du droit et du devoir. Et cependant la tâche qu’il a entreprise est loin d’étre épuisée. Il n’a parlé que du mal physique, de l’esclavage et de la guerre ; il lui reste encore à expliquer le mal moral et à mettre d’accord avec l’unité d’action, avec l’unité de substance qu’il a reconnue dans l 'univers, I l’existence, la liberté et l’immortalité personnelle de l’âme humaine.
Le mal moral, c’est-à-dire les vices et les crimes de l’humanité, ne peuvent,être expliqués philosophiquement que d’une seule manière : par le mauvais usage que nous faisons de notre liberté. Car si l’homme n’est pas simplement le jouet de cette force aveugle et indéfinie qu’on appelle la nature, si par les facultés de son
esprit il est autre chose que le résultat, de ses organes ou la produit fatal de l’air et du sol dont ses organes eux-mémes ont été nourris, s’il a une volonté par laquelle il s’appartient et qui le rend maître de ses actions, maître de résister ou de céder à ses passions et même à ses instincts, il est évident que le mal est en son pouvoir comme le bien, et qu’on ne peut lui faire un mérite de celui-ci que parce qu’il est responsable de celui-là.
Cette explication, Plotin l’admet sans réserve et sans avoir l’air de se douter qu’elle puisse créer une difficulté pour son système de métaphysique. « Ce n’est pas, dit-il ',’à la Providence qu’il faut demander raison de la méchanceté des âmes et en faire remonter a responsabilité; il n’en faut chercher la cause que dans les déterminations volontaires de ces âmes ellesmêmes. »' — « Il ne faut pas étendre l’action de la Providence au point de supprimer notre propre action 1 2 . » Or, si l’on considère que l’homme ainsi maître de luimême est sollicité en sens contraire par sa double nature, par l’esprit, et par la matière, par l’intelligence et par les sens, on comprendra qu’il fasse le mal sans y être contraint, et que, tenant le milieu entre les dieux et les bêtes , il incline tantôt vers les uns, tantôt vers les autres. C’est le mot de Montaigne : « Ni ange ni cheval, » et celui de Pascal : « Ni ange ni bête. »
Mais le mal moral doit être envisagé sous deux aspects : par rapport à celui qui, le fait et par rapport à celui qui en souffre. La liberté une fois admise dans le
1. Troisième Ennéade, liv. Il, p. 38 de la traduction française.