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Histoire des institutions de Moïse, t. II, p

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par l’histoire. Ce qui fait, depuis quatre mille ans qu’il existe, le fond immuable du mosaïsme, c’est la croyance que le monde a été tiré du néant par un acte tout à fait libre de la bonté et de la toute-puissance divines, c’est la foi du Dieu créateur. Ni l’auteur du Décalogue, ni les prophètes qui lui ont succédé, ni les docteurs de la Mischna, ni les rédacteurs du Talmud n’en ont jamais connu d’autre. Si quelqu’un de leurs frères, sous prétexte d’expliquer la loi, était venu leur dire que celui devant lequel ils prosternaient leurs fronts dans la poussière, que celui qu’il leur est prescrit d’aimer de tout leur cœur, de toute leur âme et de toutes leurs forces, que Jéhovah est un Dieu abstrait et mort, un Dieu sourd et aveugle, sans bonté, sans justice, sans puissance, sans miséricorde, implacable et impassible comme les idoles sorties de la main des hommes, ils auraient écouté ces paroles comme un blasphème, et ils auraient déchiré leurs vêtements en signe de deuil.

En nous montrant le législateur des Hébreux comme un apôtre du panthéisme, M. Salvador a été conduit par une pente irrésistible à embrasser, quant à la question de l’âme, la doctrine des Sadducéens, énergiquement repoussée par la lettre et par l’esprit des livres saints, et par la tradition constante de la synagogue. Ces deux erreurs capitales nous laissent deviner dès à présent dans quel esprit l’auteur de l ’ Histoire des institutions de Moïse va juger le spiritualisme chrétien.

Jéiu»*Christ et sa doctrine; histoire de la naissance de l’Église, de son organisation et de ses progrès pendant le premier siècle *.

« Qui n’est pas pour moi est contre moi 1 », a dit Jésus-Christ. Rien n’est plus vrai au point de vue absolu de la foi, par rapport à l’ordre surnaturel, qui est positivement affirmé dans l’Évangile. Mis en demeure de s’expliquer sur cette question précise, un homme d’honneur ne répondra que par une affirmation ou une négation; car il n’y a pas de milieu entre croire et ne pas croire. Mais tous ceux qui ne croient pas à l’origine divine du christianisme et qui s’efforcent de justifier leur résistance ne méritent pas d’ôtre considérés comme ses ennemis ou ses détracteurs. Il y aurait une souveraine injustice à ne pas tenir compte de la distance immense qui sépare la polémique de la critique. La polémique, c’est l’hostilité, ou tout au moins la lutte. La critique, c’est l’indépendance. L’hostilité et la lutte sont inséparables de la passion, ou plutôt elle sont la passion môme, demandant à l’esprit, non des jugements, mais des arguments;

1. Deui volumes in-8 0 , Pari*, 1838. — î* édition, 1804. î. Qui non est mecur» contra me est. Math., chap. ni, v. 30.

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non les moyens de s’éclairer, mais les moyens de triompher. L’indépendance, au contraire, est la condition de la justice et se concilie à merveille avec le respect, avec l’admiration, avec la reconnaissance.

C’est la polémique que le christianisme naissant a d’abord trouvée sur son chemin et qu’il a été obligé d’opposer lui-méme à ses deux adversaires les plus redoutables : la philosophie grecque et la vieille foi hébraïque. Nous devons à la première l’ouvrage de Celse, que nous ne connaissons plus aujourd’hui que par la réfutation d’Origène ; le livre de Porphyre, que le temps nous a ravi tout entier, et celui de l’empereur Julien, dont il ne reste plus que des fragments cités par saint Cyrille. La seconde, plus vivace et plus directement attaquée, puisqu’on invoquait contre elle ses propres oracles, a laissé des témoignages plus nombreux et plus profonds de son opposition invincible. Le livre de Joseph-le-Zélateur ( Sépher Yossef hamè/cané), composé au treizième siècle par plusieurs rabbins français, notamment par Rabbi Nathan et son fils Joseph 1 * ; le livre de la Victoire ( Sépher Niçackon ), rédigé en 1399 par Yom Tob Lipman, de Mulhouse 3 ; Y Israël vengé d’isaac Orobio 3 , et tant d’autres écrits de la même nature; autrefois célèbres, maintenant enfouis dans la poussière de nos bibliothèques publiques, nous donnent la preuve que ce n’était point, comme on dit, par une obstination aveugle

1. Manuscrit hébreu de la Bibliothèque impériale, n" 643 du nouveau catalogue.

î. Plusieurs fois imprimé, mais plus complet dans un manuscrit hébreu de la Bibliothèque impériale, n* 643, art. 1«.

3. Plusieurs fois imprimé en espagnol et en français; la dernière édition a été publiée à Paris en 1845.

que la synagogue restait inébranlable dans ses croyances. Elle a trouvé la patience et la force, jusqu’au pied des bûchers allumés pour elle, de discuter un à un tous les textes qu’on lui opposait; — ils étaient au nombre de trois cent cinquante-quatre, — et elle n’en rencontrait pas un seul qu’il lui fût possible de comprendre à la façon de l’Église.

Depuis le seizième siècle jusqu’à la fin du dix-huitième , la polémique antichrétienne revêt un autre caractère. Elle ne vient plus ni des païens ni des juifs : elle part du sein même du christianisme sous le nom de la philosophie, sans autres armes que celles de la raison, sans autre but que de railler et de détruire. C’est à tort qu’elle a été personnifiée dans Voltaire; car Voltaire s’est borné à reproduire, en leur prêtant son esprit incomparable, les objections de Bayle, de Bolingbroke, de Collins, de Toland, de Tindal, qui eux-mêmes ont été précédés par quelques libres penseurs du seizième siècle, tels que Vanini, Giordano Bruno et Jean Bodin. Ce dernier surtout, dans son Heptaplomères , ou dialogues à sept rôles, resté inédit jusqu’à ces dernières années, et parfaitement inconnu en France avant que M. Baudrillart l’eût signalé ', ne semble étranger à aucun des arguments de ses successeurs. Seulement il se garde bien de parler pour son propre compte. Toutes les hardiesses de sa pensée, il les met dans la bouche d’un de ses personnages ; puis, sous prétexte de le réfuter, il lui oppose des inepties tellement grossières que la victoire reste toujours à l’agresseur.

1. On trouvera une analyse critique de cet ouvrage dans nus Réformateurs et publicistes de l'Europe, t. I, p. tRS et suivante».

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La polémique est aujourd’hui entièrement détrônée par la critique. Elle a cessé d’exister d’église à église, de communion à communion ; comment pourrait-elle être reçue dans le commerce des lettres et surtout dans le monde ? Se déclarer franchement un disciple de la philosophie du dix-huitième siècle, ce serait un anachronisme et un acte de mauvais goût ; personne ne l’oserait. Cela ne veut pas dire que nous soyons devenus beaucoup plus religieux. Mais ceux qui ne croient pas pour leur propre compte ont du moins cette vertu de croire pour le compte des autres ; et comme on est plus facilement résigné pour les autres que pour soi, cette foi par procuration tient à se montrer d’autant plus irréprochable. « J’ai là près de moi un certain nombre de voltairiens dont je fais tout ce que je veux; mais, en revanche, j’ai aussi affaire à deux ou trois jansénistes qui sont d’une obstination incorrigible. » Ce sont les paroles qu’un de mes amis assure avoir entendues de la bouche de l’abbé Frayssinous, lorsqu’on 1824, nommé évêque d’Hermopolis, il réunissait les fonctions de grand-maître de l’Université et de ministre des affaires ecclésiastiques. Sans remonter aussi haut, on rencontrerait facilement des écrivains qui, s’attaquant à tous les fondements de la religion chrétienne, à tous les monuments de la révélation, ne se lassent pas de pleurer, Jérémies d’une nouvelle espèce, sur les ruines qu’ils ont faites. Mais je ne veux parler que des esprits graves et sincères qui, aimant la vérité d’un amour désintéressé et la cherchant avec droiture, n’ont pas pu se persuader qu’elle réside dans la foi. Ceux-là n’ont rien à attaquer ni rien à défendre; ils examinent uniquement

pour savoir, ils scrutent afin de s’éclairer, ils interrogent pour apprendre, ils jugent sans amertume et sans faveur, sine ira et sine studio; la critique est leur seule règle et leur seul guide.

Mais la critique religieuse peut comprendre et a réellement compris son rôle de deux manières. Tantôt elle réduit le christianisme à l’état d’un dossier dont il faut examiner scrupuleusement toutes les pièces; elle n’aperçoit de lui que ses titres écrits, que les livres dont il invoque le témoignage, et, soumettant ces livres à une discussion approfondie, à une analyse rigoureuse, comme s’il s’agissait de quelques monuments d’histoire ou de littérature profane, elle cherche à s’expliquer de quelle manière, dans quel temps, sous quelle influence, par qui ils ont été rédigés, et avant tout, s’ils ont l’âge qu’on leur attribue, s’ils n’ont été ni falsifiés, ni interpolés, ni mutilés avant d’arriver jusqu’à nous. C’est la critique philologique ou exégétique, qui tient depuis uii demi-siècle une si grande place dans le protestantisme, surtout dans le protestantisme allemand. Tantôt, allant droit au fond des choses et se proposant de juger l’arbre par ses fruits, elle s’attache principalement aux œuvres du christianisme, à sa morale, à ses dogmes, à son histoire, à l’influence qu’il a exercée sur les sociétés humaines, aux institutions qu’il a fondées, à celles qu’il a détruites, aux moyens par lesquels il s’est établi et conservé, aux rapports qui existent entre lui et les religions antérieures. C’est la critique historique et philosophique, dont on trouve çà et là des essais partiels, étroitement mêlés soit à l’histoire générale des nations européennes, soit à l’histoire particulière de la philosophie,

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mais à laquelle il manque jusqu’à présent une œuvre complète.

C’est à ce dernier point de vue que s’est placé M. Salvador, dans la sphère circonscrite où il lui a plu de se renfermer, c’est-à-dire dans les limites du premier siècle de notre ère; et, grâce à ce choix, il se trouve en fait moins éloigné du foyer commun des croyances chrétiennes que le théologien protestant David Strauss. Il ne doute pas de l’authenticité des Évangiles, il se refuse à voir dans Jésus-Christ une pure abstraction métaphysique, le type idéal de l’humanité; il croit à sa personne et à sa vie telles que ses disciples nous les font connaître, sauf à les faire rentrer dans les proportions de la nature humaine; enfin, si sévère qu’il se montre quelquefois pour ses doctrines, il laisse subsister les fondements matériels de son édifice, le texte de son enseignement et les témoignages contemporains de sa mission.

Mais une histoire critique et philosophique de l’établissement du christianisme n’est pas une médiocre entreprise. Sans parler de la hauteur de pensée, de l’indépendance de caractère, de l’élévation de sentiment qu’il est nécessaire d’apporter à une oeuvre qui doit dominer toutes les passions, toutes les rancunes, tous les préjugés d’école, de parti, de secte, de race, et jusqu’aux nobles élans de l’enthousiasme allumé dans les cœurs par le plus sublime des sacrifices, ce qu’elle exige d’érudition et de connaissances positives est fait pour intimider les plus intrépides. La première question qui se présente, n’est-ce pas, en effet, de savoir ce que le Fils de l’Homme a enseigné précisément de nouveau à l’humanité, et par conséquent dans quel

état se trouvait l’humanité en général et le peuple juif en particulier à l'époque où il est venu sur la terre? Pour répondre à cette question autrement que par des phrases consacrées et des mots vides de sens, il est indispensable de rechercher si les dogmes et les préceptes de l’Évangile, et même ceux qui furent consacrés plus tard par la tradition ou par les conciles, ont été absolument inconnus avant Jésus-Christ, soit au sein d’Israël, soit parmi ceux des autres peuples avec qui les Israélites ont entretenu un commerce d’intelligence. La Trinité, la médiation du Verbe, son incarnation, la chute originelle de l’homme, la spiritualité poussée jusqu’au mépris de la vie et du mariage, ou du moins jusqu’à l’abaissement du mariage devant le célibat, la glorification de la vie monastique, la résurrection des corps, la personnification du mal dans une puissance presque égale à la puissance divine, puisqu’elle la tient en échec depuis le commencement du monde et qu’elle est capable de la tenter ; toutes ces idées sont-elles purement chrétiennes, sont-elles nées avec le christianisme, ou ont-elles existé déjà auparavant avec quelques différences plus ou moins importantes? Il n’y a qu’un moyen de s’en assurer, c’est la* connaissance approfondie de toutes les doctrines philosophiques et religieuses qui, directement ou indirecment, ont pu exercer quelque influence sur Jésus- Christ, les apôtres et les plus anciens Pères de l’Église.

Cette condition ne pouvait manquer d’être reconnue par un esprit aussi profond que M. Salvador. Il a essayé de la remplir dans la première partie de son ouvrage; mais j’ai le regret de dire que le succès a

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trahi ses intentions. Il s’agissait principalement de déterminer quels éléments ont pu fournir au christianisme naissant ces trois courants d’idées que, pendant cinq ou six siècles, l’histoire nous montre étroitement unis, et qui semblent un instant se confondre comme pour envahir toute la terre : la philosophie grecque, et particulièrement la philosophie platonicienne, au moment où, transplantée sous le ciel de l’Orient et mise en contact avec un ferment étranger, elle donne le jour à l’école d’Alexandrie; la religion ou la philosophie religieuse des Perses, avec sa milice céleste et infernale, avec ses dogmes de la chute, de la résurrection et de la transfiguration future, nonseulement des corps rappelés à la vie, mais de toute la nature; enfin le mysticisme hébraïque sous sa forme à la fois pratique et spéculative, offrant les premiers essais de la vie monastique dans l’association des Ésséniens et des Thérapeutes, et substituant, dans ses enseignements secrets, au vieux monothéisme les doctrines de la Trinité et du Verbe, du Mêmra ou du Logos , selon qu’il parle le grec ou sa langue maternelle. Ce grave problème est à peine effleuré par *M. Salvador. A l’exception des opinions de Philon, qu’il expose avec assez de précision et d’exactitude, mais qui, par malheur, n’ont ici qu’une importance secondaire, tous les systèmes semblent flotter devant ses yeux comme des nuages. La philosophie grecque et ce qu’il appelle la théosophie orientale ne lui suggèrent que de vagues affirmations qui, selon le point de vue où l’on se place, peuvent également passer pour vraies ou pour fausses.

Il y a un autre côté de la question qui a dû -néces-

sairement échapper aux regards de M. Salvador : c’est le triomphe qu’assurait d’avance à la religion chrétienne l’union indissoluble et pour ainsi dire la solidarité établie par ses dogmes entre la personnalité divine et la personnalité humaine. C’est par là surtout qu’elle a mérité de faire la conquête des nations les plus civilisées de la terre. C’est par là qu’elle est supérieure et au panthéisme oriental et au naturalisme poétique de la Grèce. C’est par là qu’en s’associant aux lumières de la raison et à l’idée philosophique du droit, elle a avancé, sinon accompli la régénération de l’ordre social, humanisé la guerre, flétri l’esclavage et préparé de loin l’avénement inévitable de la liberté. Que devient en effet la liberté, non pas celle qu’ont pratiquée les anciens et qui s’appuyait sur la servitude, mais celle qui appartient à toute créature humaine et qui s’exerce dans la vie privée comme dans la vie publique; que devient le droit; que devient la charité elle-même, c’est-à-dire l’amour dans son expression la plus spirituelle, si l’homme, au lieu d’être une personne, n’est qu’une chose, si, au lieu d’être une âme indépendante, responsable devant elle-même et devant les autres, soumise à des devoirs et non pas seulement à des instincts ou à des besoins, il n’est qu’un accident ou une force de la nature, une parcelle de la matière, une forme fugitive de l’organisation et de la vie? Que devient à son tour l’àme ou la personne humaine, si tout est confondu dans une seule existence, si tout rentre dans l’expansion d’une seule force, c’est-à-dire, sans la spiritualité et sans la personnalité divines? La personnalité divine et la personnalité humaine sont affirmées, sans aucun doute, dans

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l’Ancien Testament, puisque Dieu y joue le rôle de créateur et que l’homme est formé à son image. Mais par quel lien sont-elles unies l’une à l’autre, ou quel terme intermédiaire est destiné à nous faire comprendre ce qu’il y a de divin dans l’homme et ce qu’il y a d’humain en Dieu, ce qu’il y a de commun et de semblable, malgré la distance infinie qui les sépare, entre le créateur et la créature? Ce terme intermédiaire, non moins indispensable à la foi qu’à la raison, tous ceux qui n’étaient point simplement des légistes, mais des théologiens, les esséniens, les sectateurs de la kabbale, Philon, Jésus fils de Sirach, et ceux que la connaissance du grec avait mis en communication avec Platon, le reconnurent dans le Verbe, dans la parole intérieure, dans la raison éternelle. Le christianisme vint et, incarnant le Verbe dans Jésus-Christ, fit du Verbe lui-méme une personne, un médiateur visible, un être historique, qui, pour avoir vécu quelques années sur la terre, n’en reste pas moins en possession del’éternité. Le monothéisme sévère des enfants d’Israël a pu s’en affliger, mais la conscience morale et religieuse du genre humain y a trouvé une lumière qui lui avait manqué jusqu’alors.

Il était impossible à M. Salvador de considérer sous cet aspect l’institution chrétienne et de rendre hommage à son plus éclatant bienfait; car pour lui, quoi qu’il en dise, le Dieu personnel n’existe pas, tant est chimérique la distance qui le sépare del’aveugle nature. La nature, l’univers, dans lequel on ne peut absorber Dieu sans lui immoler aussi l’homme, n’a ni conscience ni liberté, et l’esprit, selon l’auteur de Jéstis- Christ et sa doctrine , n’est qu’une abstraction ; le spi-

ritualisme est une aberration de la raison humaine et un danger social. En regardant comme des principes distincts et même ennemis deux attributs inséparables de notre être et de l’Etre universel, nous nous mettons en révolte contre nous-mêmes, et nous livrons la société en proie aux rivalités inévitables de la puissance temporelle et de la puissance spirituelle. Ni Moïse ni les prophètes n'auraient rien connu de semblable ; car lorsqu’ils parlent de l’existence séparée des âmes après cette vie ou de la résurrection des corps, ils s’expriment par métaphores pour annoncer la délivrance et la résurrection future de leur peuple. C’est aux nations païennes et à la philosophie de Platon que nous serions redevables de toutes ces croyances, portées par l’Évangile à leur plus haute expression *. C’est ainsi que M. Salvador n’est que conséquent avec luimême quand il reproche au christianisme ce qui fait précisément depuis dix-huit siècles sa force et sa grandeur.

Mais dès qu’il sort de la partie spéculative de son sujet pour apprécier les faits et les textes, alors sa vigoureuse intelligence reprend tous ses avantages. Je ne voudrais point me porter garant de toutes ses conclusions; mais à quelque opinion qu’on appartienne, pourvu qu’on n’ait point peur de la libre discussion et qu’on ne soit pas de ceux qui s’imaginent que les difficultés qu’on ignore n’existent pas, il est impossible qu’on ne soit pas frappé de la manière dont il explique, avec les données mêmes de l’Évangile, la vie historique de Jésus-Christ, sa naissance, sa généalogie,

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