‹ Philosophie et religionChapitre 72 sur 128 · Jésus-Christ et sa doctrine, t. I, liy. il, cbap. vi · texte numérisé non relu

Jésus-Christ et sa doctrine, t. I, liy. il, cbap. vi

S. Ibid., t. II, liv. U, chap. ix.

ET LA NOUVELLE ItELIGlON DE M. JOSEPH SALVADOR. ï<5

de M. Salvador. Laissant de côté la question de procédure qui s’est élevée, il y a trente ans, entre lui et M. Dupin aîné, je vais droit au fond des choses, et je me demande pour quel crime le jeune docteur de Nazareth a été condatnné par le grand Sanhédrin. Estce pour avoir dit qu’il était le Christ, c’est-à-dire le Messie, fils de Dieu, tu es Chris tus, filins Dei bencdicti? En vérité, cette déclaration ne pouvait autoriser le grand prêtre Caïphe à déchirer ses vêtements en s’écriant : « Vousavez entendu le blasphème, audislis blasphemiam . » Le Messie avait été prédit par tous les prophètes, il était attendu par tout Israël, et il n’y avait pas de blasphème à se prendre pour lui, môme si l’on devait se tromper. Quant au titre de Fils de Dieu, il était la conséquence naturelle de ce qu’on donnait à Dieu le nom de Père et qu’on l’invoquait à chaque instant comme le père céleste de toutes les créatures : Pater noster qui in cœlis es. Il était consacré pour tous ceux qui vivaient saintement, selon la loi divine, ou qui s’élevaient au-dessus de la foule par quelque qualité extraordinaire. Est-ce que nous ne trouvons pas déjà dans la Geuèse 1 la dLtinction des fils de Dieu ( benéElohim ) et des fils de l’homme? « Les fils de Dieu virent que les filles de l’homme étaient belles, et ils prirent pour épouses celles qu’ils avaient choisies. » Un essénien, un sectateur de la kabbale, un disciple de l’école platonicienne des l'hilon, des Sirach, des thérapeutes, pouvait attacher à cette expression un sens plus profond, il pouvait affirmer que le Verbe divin résidait en lui et qu’il participait

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de la nature divine, qu’il était bien en un certain sens, sans être pour cela en opposition avec le dogme mosaïque, sans encourir la peine des blasphémateurs.

Ni Caïphe, ni aucun de ses assesseurs n’ignoraient ce fait. Pourquoi donc, encore une fois, ont-ils condamné Jésus? Pourquoi 1^ peuple le poursuivait-il de sa haine? Pourquoi ses disciples l’ont-ils abandonné * ? Parce qu’il voulut briser le lien qui unissait l’une à l’autre la religion et la nationalité ; parce qu’il n’admettait pas que la connaissance du vrai Dieu et la délivrance promise à ceux qui croyaient en lui demeurassent comme le patrimoine de la maison de Juda; parce qu’il appelait à la vie spirituelle tous ceux qui étaient prêts à le suivre dans la voie d’abnégation qu’il ouvrait devant eux , tous ceux qui avaient foi dans sa mission, les Samaritains comme les Juifs, et les Chananéens comme les Samaritains; parce qu’il substituait au formalisme des pharisiens et des scribes l’adoration en esprit et en vérité ; parce que pour lui la demeure de l’Éternel n’était plus ni sur la montagne de Sion, ni sur le mont Garizim, mais dans le cœur du juste; parce que l’image même de la patrie s’évanouissait à ses yeux devant le royaume des cieux ; parce que, en un mot, pour parler la langue de notre temps, il plaçait l’ordre spirituel absolument en dehors de l’ordre temporel. 11 attaquait, donc non la religion, mais la politique de son pay-, qui perdait son rang parmi les nations du moment qu’il n’était plus la terre privilégiée de Jéhovah, destinée à devenir, dans les temps messianiques, la métropole religieuse de

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