‹ Philosophie et religionChapitre 73 sur 128 · ci. S. Marc, chap. xiv, y · texte numérisé non relu

ci. S. Marc, chap. xiv, y

l’Univers. C'est ainsi qu’il prédisait la ruine du temple et de Jérusalem, sans promettre de la remplacer ici-bas par une Jérusalem nouvelle; car son royaume, disait-il, n’était pas de ce monde, et il n’était pas venu pour juger, ni par conséquent pour gouverner les hommes, mais pour les sauver.

S’il était permis d’admettre, sans blasphémer contre la justice, que le crime qui a causé sa mort s’est transmis jusqu’aujourd’hui de génération en génération, quels en seraient les héritiers ? Ce ne pourraient être, assurément, les descendants innocents des juges qui ont prononcé la sentence ou des bourreaux dont il a lui-même assuré la grâce, en s’écriant : « Mon Dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font*. » Ce serait moins encore cette race héroïque qui l’a donné au monde, et qui, dispeisée aux deux tiers plus d’un siècle avant sa naissance, ne peut avoir été châtiée avant d’avoir failli. Les véritables héritiers du crime deCaïphe et de Pilate, ce seraient les fondateurs et les instruments de l’Inquisition; ce seraient les auteurs et les apologistes des dragonnades; ce serait Henri VIII, le meurtrier de Fisher et de Thomas Morus ; ce serait Calvin, le bourreau de Michel Servet; ce seraient ceux qui ne comprennent pas encore aujourd’hui l’indépendance spirituelle de l’Église, si elle ne commande dans l’ordre temporel à un troupeau d’ilotes; ce seraient tous les pouvoirs, à quelque race, à quelque nation, à quelque croyance qu’ils appartiennent, qui, en confondant la politique avec la religion, voudraient dominer les consciences par la force.

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