‹ Philosophie et religionChapitre 74 sur 128 · Saint Lur, etiap. xxm, v. 3t · texte numérisé non relu

Saint Lur, etiap. xxm, v. 3t

LES TRAVAUX BIBLIQUES

Histoire de la domination romaine en Judée. — Paris, Rome, Jérusalem, ou la Question religieuse au me siècle.

Condamnée en principe par le christianisme, puisque Jésus-Christ et les apôtres n’admettaient pas de différence entre le peuple de Dieu et les autres peuples, la nationalité hébraïque, au moment où l’Évangile fut prôché, n’était plus en fait qu’une ombre et une ruine, menacée elle-même de disparaître sous le poids de la puissance romaine. Mais elle devait, avant de succomber, déployer une résistance qui serait à elle seule un titre suffisant à l’admiration et au respect de la postérité. C’est le récit détaillé de cette lutte héroïque, soutenue sans interruption pendant deux siècles, que M. Salvador nous présente dans son Histoire de la domination romaine en Judée. De tous les ouvrages de M. Salvador celui-ci est certainement le mieux écrit, et, à cause du talent de la composition joint à la nature dramatique du sujet, le plus agréable à la lecture. Mais quoique l’exposition des idées et des croyances s’y mêle çà et là à celle des événements, il ne forme qu’une digression, ou, si l’on veut, un épisode dans l’œuvre générale de l’historien des institutions de Moïse; je ne pourrais m’y arrêter sans risquer d’interrompre la vi-

goureuse trame de sa pensée. Je passerai donc sans transition à son dernier livre; je ne veux pas dire à son livre le plus récent, novissima verba , mais à celui qui nous offre vraiment le terme de la carrière qu’il a voulu parcourir et ne lui permet plus de prendre la parole que pour s’expliquer ou se défendre.

Paris, Rome, Jérusalem n’est pas seulement la conclusion d’un philosophe qui a passé toute sa vie à méditer sur une question, ou la conséquence logique qu’un historien peut tirer des faits qu’il raconte; c’est la suprême vision d’un prophète dont les yeux sont accoutumés à lire dans l’avenir; c’est l’Apocalypse d’un nouveau saint Jean ; c’est la trompette du jugement dernier qui annonce la mort de toutes les religions actuellement vivantes, et leur résurrection, leur transfiguration au sein d’une religion’nouvelle.

Les lecteurs du Journal des Débats n’ont pas oublié le spirituel et éloquent article que M. de Sacy, il y a à peu près six ans *, a consacré à cet écrit. Mais M. de Sacy s’étant placé à un point de vue purement chrétien et même catholique, je n’ai pas à craindre de gâter son ouvrage en le répétant.

Paris, Rome, Jérusalem, dans la pensée de M. Salvador, ce ne sont pas trois capitales, ce ne sont pas des expressions géographiques, mais des noms symboliques par lesquels il faut entendre trois grandes époques de l'histoire ou delà vie religieuse de l’humanité. Paris, c’est le présent, c’est la société française, la société européenne tout entière, telle qu’elle s’est formée et se forme encore tous les jours sous l’influence de

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