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MOÏSE EXPLIQUÉ PAR SPINOZx.

destinées, et, n’ayant pas assez de l’empire qu’il exerce sur nous pendant cette vie, nous ordonne de croire à une vie future : c’est le système des talmudistes ou des pharisiens qui, sous prétexte de l’expliquer, ont falsifié la loi.

• On aperçoit sur-le-champ la règle que suivra M. Weill pour retrouver le texte primitif du saint livre au milieu des accroissements et des altérations sans nombre que des mains intéressées ou perfides y ont introduits successivement. Tous les passages qui se prêtent avec plus ou moins de bonne grâce à une interprétation panthéiste, naturaliste, telle que la comportent, en un mot, les principes essentiels du spinozisme, passeront pour avoir été écrits ou dictés par le législateur des Hébreux. Tous ceux, au contraire, qui expriment clairement d’autres idées, seront considérés comme des interprétations rabbiniques. Voici quelques exemples de cette critique étrange, dont aucun théologien de la France et de l’Allemagne, depuis Richard Simon jusqu’à M. Ewald, ne s’était douté jusqu’à présent.

Moïse n’a jamais dit, n’a jamais pu dire qu’il a vu Dieu face à face et qu’il conversait avec lui comme un ami avec son ami, lui qui défend d’adorer Dieu sous une forme sensible, lui qui a inscrit parmi les premiers articles de la Loi la proscription des images. Ce sont les pharisiens, c’est-à-dire les auteurs du Talmud, qui lui ont fait tenir ce langage, pour introduire h la place de l’Éternel,du vrai Dieu de la Bible et de la nature, un Dieu semblable àeux-mêmes sous le nom duquel ils pussent régner.

Moïse n’est pas moins étranger au dogme de la créa-

tion ; car comment la création pourrait-elle se concilier avec l’essence immuable de Dieu? Le repos du septième jour n’a pas été institué en l’honneur d'un Dieu créateur, mais pour donner à l’homme et aux animaux, devenus ses serviteurs, le répit que réclame leur conservation. Cette institution salutaire une fois adoptée par les mœurs, on conçoit que les pharisiens l’aient exploitée au profit d’un anthropomorphisme grossier, fondement de leur pouvoir.

Moïse ne reconnaît l’existence ni des anges, ni des démons. Dieu étant pour lui la Loi éternelle, la cause immanente des êtres et des phénomènes, sa pensée ne pouvait admettre aucun intermédiaire entre la divinité et l’homme. Aussi a-t-il soin de nous apprendre que la Loi, qui se confond dans son esprit avec Dieu lui-môme, est présente à chacun de nous, qu’elle s’adresse directement à notre intelligence, à notre cœur, et n’a pas besoin d’autre interprète. Avec les anges et les démons, nous voyons ainsi disparaître de la théologie mosaïque le principe de la révélation.

Moïse n’a commandé ni prières ni sacrifices expiatoires. A quoi serviraient-ils, puisque Dieu ne peut nous entendre ni communiquer avec nous; puisque le pardon, la miséricorde, l’amour sont hors de sa puissance; puisqu’il n’est pas une personne, ni même un être, mais une pure abstraction, la Loi que nous découvrons à la lumière de notre seule raison? «Tout ce qui, dans le Pentateuque, dit M. Weill ', est contraire à cette vérité, est faux, supposé, légendaire et apocryphe. » Voilà certainement une manière très-expédi-

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