Tome I, p
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quent comme leur propriété, ils ont une singulière manière de la prendre pour règle de leur conduite. Ennemis irréconciliables de l’islamisme, ils en suivent ostensiblement toutes les pratiques. Convaincus que Mahomet n’estqu’un imposteur, ils récitent dévotement la profession de foi où son nom, comme celui du vrai prophète, est associé à celui de Dieu. Mais ils veulent donner à entendre qu’ils ne comptent pour rien les cérémonies, le culte extérieur, les formes consacrées, et qu’ils ne s’inquiètent que du fond des choses, qu’ils ne placent la morale que dans l’action, la religion que dans la pensée, l’être véritable qu’en Dieu.
Il est à peine besoin do le dire, nous retrouvons encore ici cette doctrine de l’émanation qui est comme le fond commun des religions et des philosophies de l’Asie, demeurées étrangères à la mâle discipline de la Bible ou sorties de la vieille souche du mazdéisme. Aussi ne nous arrêterons-nous qu’à l’usage particulier qu’en ont fuit les nossayrys. Entre la nature et Dieu, entre les êtres particuliers et la substance inconnue, inaccessible, incompréhensible de tous les êtres, ils font intervenir cinq émanations principales ou cinq intelligences, désignées sous le nom de pijrs , et qui sont, comme les éons du gnosticisme, autant de personnifications des attribut^ nécessaires à la formation du monde et au gouvernement de l’humanité. Au-dessous de ces personnifications, qui nous représentent des idées éternelles, viennent se ranger les prophètes, les patriarches, les sages, les fondateurs de religions, considérés sans distinction de temps, de nationalité et de croyance, comme des incarnations successives de la pensée divine, envoyées en mission sur la terre pour
élever de plus en plus l’âme humaine à la connaissance de la vérité et au sentiment de son union avec Dieu. Abràham, Zoroastre, Moïse, Jésus-Christ, Aly, sont les principaux anneaux de cette chaîne mystérieuse par laquelle la terre est reliée au ciel ; mais il y en a beaucoup d’autres.
Une des premières conséquences que les Ehl-è-hekk ont tirée de cette métaphysique religieuse, c’est que tous les hommes étant sortis également de la substance divine, et tous étant restés en communication avec elle, tous participant, quoique à différents degrés, à la possession de la vérité, à la jouissance de la divine lumière, il n’y a pas de loi supérieure à celle qui nous commande l’union, la concorde, la charité, l’amour mutuel. En nous offensant les uns les autres, c’pst Dieu môme que nous offensons, et il en est encore ainsi lorsque, par un acte de bassesse ou d’impureté, nous nous manquons de respect à nous-mômes. Faire le bien, voilà donc le seul culte qui soit digne de la divinité. Une vie irréprochable, telle est la plus fidèle expression de la foi et la meilleure prière. Aussi les Ehl-è-hekk ne prient que pour se rappeler àeux-mêmes, sous une forme plus solennelle, les devoirs qu’ils ont à remplir, les conseils qu’ils voudraient suivre. A la prière ainsi comprise ils ajoutent dans leurs assemblées, à titre de symbole de la fraternité humaine, une sorte de communion, c’est-à-dire un repas pris en commun et dont le mouton, souvenir de l’agneau pascal, est le principal ali- __ ment. Ce sont les seules pratiques religieuses qu’on leur connaisse.
Une autre conséquence que les Ehl-è-hekk ont déduite de leurs principes regarde la vie à venir et la fin
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du monde. L’âme, émanation divine, dont le corps n’est qu’une ombre fugitive, est destinée à rentrer dans le foyer éternel d’où elle est sortie, mais elle n’y rentrera qu’après avoir recouvré son premier éclat, sa pureté originelle, en remontant de degré en degré jusqu’aux émanations éternelles, j usqu’à la région sublime des pyrs. Cette ascension s’accomplit par une série de métempsychoses dont le maximum est fixé à mille et une. Mille et une existences traversées successivement suffisent pour purifier l’âme la plus chargée de crimes et pour la réintégrer au sein de Dieu. Il en sera ainsi du monde qui, purgé des ombres dont il est peuplé aujourd’hui et rendu à sa première essence, devra nécessairement disparaître. Un jour viendra donc où toute forme sera évanouie et où l’éternité régnera seule. C’est de cette façon que les Ehl-è-hekk comprennent le jugement dernier. Elle leur est commune avec un grand nombrcrde mystiques tant de l’Occident que de l’Orient.
S’il est vrai que celte secte, comme le suppose M. de Gobineau *, embrasse les deux tiers de la population persane, il n’est pas étonnant qu’elle ait dégénéré et que, de la perfection morale qui devait lui tenir lieu de culte et de prière, elle soit tombée dans les ténèbres de
théurgie, dans l’adoration des reliques, dans la passion des miracles, dans les superstitions les plus vulgaires. Les doctrines qu’elle professe ne sont point faites pour le grand nombre. Ce sont les doctrines de certains gnostiques et d’une fraction des anciens mages, associées à des idées plus modernes qui existaient déjà chez les karmates et que nous retrouverons bientôt au