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ouvrages de l’esprit, et devait entrer plus tard dans l’administration et dans le gouvernement de la société.
On se figure le scandale que soulevèrent toutes ces idées, au moins dans les régions officielles, dès qu’elles eurent franchi l’enceinte du cénacle. Les moullas, exaspérés par leur défaite, avaient trouvé une facile revanche. Es crièrent au sacrilège, à l’apostasie, au blasphème, et les fonctionnaires civils croyaient avoir découvert le foyer d’une conspiration. Les uns et les autres écrivirent à Téhéran pour appeler sur la tète du coupable les foudres du gouvernement. L’Altesse Sublime écrivit de son côté pour signaler la corruption du clergé et la nécessité d’une régénération religieuse, qu’elle se promettait naturellement d’accomplir. Elle offrait d’ailleurs, dans les termes les plus respectueux, en protestant de son dévouement pour le souverain, de venir prêcher sa doctrine dans la capitale, sous les yeux de la cour, et de la défendre publiquement, dans une controverse dont le gouvernement lui-même serait juge, contre lés représentants les plus accrédités de la foi régnante. Comme enjeu de cette partie solennelle, elle livrait sa tête et celle de ses principaux partisans.
Le sceptre de la Perse était alors dans les mains de Mohammed Shah, un prince malade, ennuyé, sceptique ou indifférent en matière de religion, qui aimait par-dessus tout qu’on le laissât en repos. E fut aussi irrité de la dénonciation des moullas et des autorités de la province de Shyraz que de la proposition de Mirza- Aly-Mohammed. Il imposa silence aux deux parties, et pour les empêcher de se disputer à l’avenir, il envoya l’ordre au gouverneur de Shyraz, Nizam-Eddouleh, de confiner sévèrement le Bâb dans sa maison.
rn UNE NOUVELLE RELIGION EN PERSE.
Le clergé fut très-mécontent de cette décision; mais les bâbys affectèrent de la considérer comme une victoire. Puisque les docteurs shyytes, disaient-ils, avaient reçu du pouvoir, leur protecteur naturel, l’ordre de se taire, il fallait qu’on eût reconnu leur défaite et leur impuissance à se relever. Une grande partie de la population fut de leur avis, et ils gagnèrent une foule de prosélytes dans toutes les classes de la société persane, parmi les artisans et les marchands, parmi les savants et les lettrés, et jusque dans les rangs du sacerdoce.
Les conquérants de l’ordre spirituel ne sont pas plus faciles à contenter que ceux de l’ordre politique. Le succès ne sert qu’à accroître leur ambition et leur soif de régner. C’est ce que nous démontre une fois de plus l’histoire du bâbysme. Ce n’est point dans la personne de son fondateur qu’il nous offre cette preuve. Soit à cause de la douceur naturelle de son caractère, soit par respect pour la défense du souverain, soit que l’agitation et la lutte fussent contraires à ses principes, Mirza-Aly-Mohammed ne sortit pas de la retraite où l’on voulait qu’il se renfermât. Mais il avait trouvé dans Moulla-Housseïn-Boushrewyèh , un prêtre du Khorassan récemment converti à sa doctrine, un apôtre énergique et passionné. C’était un homme d’un vaste savoir, d’une rare intelligence, d’un indomptable courage, et dans lequel ses ennemis mêmes n’ont jamais cessé de reconnaître un esprit supérieur. C’est lui qui ouvrit au bâbysme une carrière militante, on peut même dire militaire. Conformément à un des articles de sa croyance, selon lequel les attributs de la divinité devaient être partagés entre les dix-neuf personnes ap-
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