‹ Philosophie et religionChapitre 98 sur 128 · SS · texte numérisé non relu

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plus forte raison est-il défendu de leur faire du mal, même s’ils ont été injustes envers nous. Ainsi, l’on s’abstiendra de repousser la force par la force, de répondre à la violence par la violence, à l’injure par l’injure. Le Bàb fait même un péché de l’impolitesse, et une vertu de la modération de langage dans la discussion. Il montre une sollicitude particulière pour les femmes et les enfants. Non content d’affranchir les femmes de l’esclavage domestique qu’elles subissent en Orient, non content de les soustraire au voile et à la claustration, de les élever au rang d’épouses par l’interdiction de la polygamie et du divorce *, il veut qu’on les respecte, qu’on les honore, qu’on les aime, qu’on les laisse libres dans les actes qui ne font pas tort à leur honneur ou à leur santé, et même qu’on s’empresse, autant qu’on le peut, de satisfaire leur goût pour l’élégance. Il y a une sorte de galanterie orientale dans ces paroles : « Ornez votre ornement, glorifiez votre gloire. » Contrairement à l’usage de toutes les nations de l’Asie, il admet les femmes à la table et à la conversation des hommes; il leur ouvre même l’entrée du cénacle prophétique ; mais il redoute néanmoins les entretiens prolongés qu’on peut avoir avec elles. « Audessus de dix-huit paroles, craignez, dit-il, de continuer l’entretien, vous ne sauriez en tirer aucun profit. »

Se souvenant des mauvais traitements qu’il a subis à l’école de la part d’un maître impitoyable, il défend

1. Cette interdiction n'est pas absolue. 11 tolère que, une fois marié, ou prenne une seconde femme; mais ses disciples se sont fait une loi de n'en épouser qu'une. Le divorce n'est permis que lorsqu’il est devenu absolument nécessaire.

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de frapper un enfant qui n’a pas atteint l’âge de cinq ans, et exige que plus tard il ne soit châtié qu’avec douceur. Il recommande de veiller sur la santé des enfants autant que sur leur éducation, et il ajoute *, avec une tendresse presque maternelle : « Permets-leur tout ce qui peut les rendre heureux. » Comment ne serait-il pas bon pour les enfants, puisqu’il l’est même pour les animaux? Il prescrit à ses disciples de les ménager et de ne pas leur faire porter des fardeaux disproportionnés avec leurs forces.

Charitable et indulgent pour tout ce qui l’entoure, le vrai croyant ne doit pas être dur pour lui-même. Le jeûne, les abstinences lui sont interdits passé l’âge de quarante-deux ans. On le dissuade des voyages loin» tains et fatigants. On lui demande des vertus constantes, et, si l’on peut parler ainsi, les vertus de tous les jours, plutôt que les vertus héroïques, qui attendent, pour se produire, des circonstances exceptionnelles. Ses devoirs envers les autres une fois remplis, on ne lui défend que ce qui lui est nuisible; par exemple, l’opium et les liqueurs fermentées ; on lui permet tout ce qui peut lui rendre la vie agréable et accroître sa reconnaissance envers celui qui est l’auteur et la source de la vie.

L’esprit d’humanité et de douceur qui distingue la morale du Bâb se révèle aussi dans sa politique. Nous pensons qu’on la définirait d’une manière assez exacte en l’appelant une théocratie paternelle. Nécessairement tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains de celui

1. Le Livre des préceptes, cinquième (unité, § 11, p, 596 de la traduction.

LES BABYS

qui nous représente ici-bas la Divinité elle-même. 11 les exerce avec le concours des dix-huit membres du corps prophétique. Puis vient le sacerdoce, qui transmet au peuple les décisions, ou plutôt les oracles rendus par cette assemblée sublime. Tout le reste est tenu d’obéir; mais cette obéissance est à peu près volontaire ; car elle n’est imposée que par la foi et par le respect intérieur des décisions émanées de l’autorité. La loi pénale des bâbys ne reconnaît que deux sortes de châtiments : l’amende et la suspension du droit conjugal pour un temps proportionné à la faute. On comprend que, pour la dernière de ces deux peines, il n’y a que la foi du coupable qui puisse en garantir l’application. Quant à la première, celui qui refuse de la subir est menacé d’une excommunication.

L’autorité religieuse n’est pas seulement appelée à exercer tous les pouvoirs, elle dispose aussi de la presque totalité des richesses de la société, livrées à sa discrétion par des impôts exorbitants. Mais elle s’en sert pour l’entretien du sacerdoce et des édifices religieux, pour l’extinction de la pauvreté, pour le soulagement de toutes les misères, pour l’éducation et l’instruction des fidèles. C’est ce qu’on pourrait appeler un socialisme théocratique.

Assurément ce système, de quelque point de vue qu'on le considère, ne se distingue ni par l’originalité, ni par la force. Son dogme est formé d’éléments divers empruntés à des doctrines plus anciennes. Sa morale, malgré ses qualités incontestables, demeure au-dessous non-seulement de l’abnégation évangélique, mais de la mâle vertu des stoïciens. Sa politique est une utopie qui, dans la pratique, ne tarderait pas à dégénérer en

despotisme. Rien ne lui appartient en propre que sa théorie d’une incarnation permanente de la Divinité dans un corps de dix-neuf personnes. Et cependant, dans son ensemble, il parle plus au cœur, à l’imagination et à l’esprit, il est plus sociable, plus humain, plus poétique, et nous dirions volontiers plus libéral, que l’islamisme. Ne renfermât-il que l’abolition de la polygamie et des prétendues impuretés qui séparent les croyants des infidèles, il aurait encore sur lui assez d’avantages pour lui opposer une rivalité redoutable, nous n’oserions pas dire pour le détrôner et pour servir de transition entre l’Asie et l’Europe.

LE RATIONALISME RELIGIEUX

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