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DANS LA FRANCE DD XIX* SIÈCLE

Les Trois Filles de la Bible, tel est le titre d’un livre publié récemment par M. Hippolyte Rodrigues, un homme de cœur et de conviction qui a quitté les affaires pour mettre sa vie, sa fortune et ses forces au service d’une idée. Les Trois Filles de la Bible, il est à peine besoin de le dire, ce sont les trois religions qui ont pris possession de la partie la plus éclairée de l’humanité : la religion juive, la religion chrétienne et celle qui a emprunté son nom et ses doctrines à Mahomet. Sorties

1. Les TroisFilles de la Bible; un .vol. in-8°,î' édition, Paris, 1866, librairie de Michel Lévy; avec un supplément intitulé Sixtème aux mahométans, Septième spéciale aux catholiques .

J4ï LE RATIONALISME RELIGIEUX

toutes trois de la môme souche, nourries de la même sève, animées de la môme vie et, à des degrés différents, du même esprit, pourquoi ne finiraient-elles point par s’entendre et se réunir? C’est l’espérance de M. Rodrigues, et il se flatte que son ouvrage pourra servir non-seulement à la propager, mais à lui donner un commencement de réalisation. Il pense que, séparées à bon droit tant qu’elles ont eu à remplir une mission distincte en raison de la différence des temps, les trois grandes religions dont les livres hébreux sont la source commune ne peuvent manquer de se rencontrer et de se confondre dans une croyance plus libre et plus pure, dans une croyance universelle et définitive, seule digne d’être proposée aux peuples conyne la religion moderne.

Mais qu’est-ce que la religion moderne? A quels signes la reconnaîtrons-nous? Par quels traits se distinguera-t-elle des çeligions anciennes? Les religions anciennes, dans l'opinion de M. Rodrigues, et avec elles les religions aujourd’hui régnantes, répondent à l’enfance du genre humain; la religion moderne répondra à sa virilité. Or, ce qui distingue l’enfance, soit de l’homme considéré individuellement, soit des peuples et de l’humanité prise en masse, c’est le besoin de récits merveilleux, c’est la foi au surnaturel, ce sont les manifestations extérieures, les symboles qui frappent les sens et l’imagination, les pratiques diverses au moyen desquelles la créature croit changer à son gré et forcer en quelque sorte la volonté du créateur. Au contraire, dès que les hommes sont entrés dans l’âge viril, ils veulent, en rompant avec les traditions du mysticisme, en reléguant l’imagination dans le do-

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maine de la poésie, que leurs actions et leurs pensées soient réglées par les seules lois de la raison. Par conséquent la religion, chez les peuples arrivés à ce degré de maturité, la religion moderne aura un but essentiellement moral et un caractère éminemment philosophique. La raison sera la seule autorité qu’elle pourra accepter, la seule lumière qu’elle voudra reconnaître, et cette lumière, jointe à la contemplation des merveilles de la nature, désormais substituées aux miracles, suffira pour lui révéler l’existence d’un Dieu unique, auteur et providence de l'univers. « A travers ce monde qui se décompose pour se transformer apparaissent déjà les éléments du monde nouveau. En religion, ces éléments s’appellent le monothéisme et le rationalisme *. »

De quelque manière qu’on juge cette proposition, on ne pourra pas du moins lui refuser le mérite de la clarté et de la franchise. Elle se traduit par celle-ci, qui est peutêtre encore plus franche et plus claire : tous les dogmes aujourd’hui professés dans le monde civilisé seront absorbés dans le déisme, lequel n’est pas un dogme, mais un système philosophique; par conséquent, le jour où l’on aura réussi à les mettre d’accord, ils auront cessé d’exister, au moins à titre de croyances religieuses ; et ce jour, selon l’auteur des Trois Filles de la Bible, est plus prochain que n’oseraient le supposer les esprits même les plus indépendants.

Les dogmes une fois remplacés par la philosophie ou par les lumières du sens commun, que devient le culte? Sur quel fondement repose-t-il du moment qu’on cesse

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