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siècle, noble phalange des plus beaux, des plus purs génies, qui tous s’éclairent de la lumière du christianisme et nous ramènent è lui. liCS eiïorls tentés au dix-huitième et au dix-neuvième siècle pour sortir des voies de cette grande philosophie n'ont pas été heureux; mais, pour l’honneur de l’esprit humain, un mouvement de retour vers ces impérissables doctrines s’est produit de nos jours.
Notre liliation philosophique est maintenant connue; nous savons quels sont nos ancêtres, leurs noms sont pour nous un titre de gloire. Cependant nous ne nous croyons pas ol)ligés do tout accepter dans leur liéritage. Nous gardons la liberté complète de nos jugements et de notre adiiésion, et c’est souvent à l’aide des lumières que nous fournissent ces sages il-’ lustres que nous pouvons les corriger ou les compléter. Si nous ne nous inféodons h aucun homme, quelque grand qu’il soit, nous nous efforçons de garder, .à l’égard des faux systèmes, la même liberté d’esprit, la même impartialité. Quand nous rejetons un système, quand nous nous séparons d’une école, nous ne voulons pas , sans doute, envelopper dans cette condamnation toutes les parties de ce système, toutes les doctrines de cette école. Il n’est guère donné à l’homme de n’enseigner que l’erreur. L’erreur n’est souvent que la vérité dont on abuse, comme a dit Bossuet, et la vérité, même dans cet impur alliage, nous est toujours sacrée.
Nous sommes donc suflisammcnt préparés pour tirer de nos études précédentes leurs dernières conséquences. Nous pouvons poser nos conclusions sur la
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nature, l'origine, la valeur de la raison. .Mais, avant d’y arriver, il sera utile d’arrêter encore notre attention sur les systèmes que nous avons rejetés.
On ne peut ex|)li(|uer la raison que par les sens, ou par Tàme, ou par Üieu. Voici le résumé de nos preuves contre les <leux premiers systèmes :
\jc sensualisme, comme vous le savez, est un des plus vieux systèmes pliilosopliiques ; il se trouve, à l’origine de la philosophie grecque, dans l’école d’Ionie. Les philosophes ioniens ne concevaient guère cpie le monde matériel, et les idées ne pouvaient être pour eux que des sensations. Cette grave erreur, qui peut s’expliquer dans l’enfance de l’esprit humain par l’empire prédominant des sens et de l’imagination, ne se retrouve pas moins à toutes les autres époques lie ses développements. L’obstination de ce système à toujours renaître est prodigieuse; et, même lorsque la pensée brille de son plus vif éclat, lorsqu’elle a pour organes les bouches les plus éloquentes, il faut toujours que le sensualisme vienne faire entendre sa protestation eontre la dignité de l’esprit humain. Aristote succède è Platon ; Épicure forme une école puissante et nombreuse à côté de celle de ce maître, et s’éloigne encore plus de la vérité. Après le règne de Platon et de saint Augustin dans les premières écoles du christianisme, Aristote remplace Platon dans celles du moyen âge. Gassendi s’oppose à Descartes, et le dix-huiliènoc siècle raille les nobles doctrines de celui qui le précéda. De nos jours les plus rudes assauts ont été livrés au sensualisme; sa défaite a été constatée de la manière la plus authentique, et
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cc|>en(]anl il ne se ticnl pas encore pour ballu, el, dans ce moment encore, il a ses organes et son école.
Vous le savez , il y a deux espèces de sensualisme, le sensualisme pur et le sensualisme mitigé, selon la part plus ou moins grande qu’on fait à l’dme dans l’acquisition des idées et des principes. Mais, nonobstant ces dilTérences secondaires, la prétention du sensualisme est d’expliquer la raison ]iar la sensation môme, ou par le travail de Tàme sur la sensation seule. Pour bien se rendre compte de la vanité de cette prétention, il suffit de comparer une idée avec une sensation et une image, et un principe avec un fait. J'ai la sensation et l’image du soleil, j’en ai aussi l’idée, et ces choses sont profondément différentes. La sensation du soleil est une impression du dehors perçue par mes yeux et transmise au cerveau; cette impression me donne la vue ou l’image du soleil. Cette image me le représente comme un disque lumineux qui éclaire la terre, monte sur l'horizon, parcourt les cieux cl descend eusuilo 1e soir au point opposé à celui où il s’est montré le matin. Voilà ce que les sens m’apprennent. Est-ce là l’idée rationnelle du soleil? Jamais d’opposition plus marquée. L’idée rationnelle du soleil me le représente comme une sphère immense, placée à une prodigieuse distance de la terre, et immobile au centre d’un système d’astres qui tournent autour du globe, source de la lumière. Comment suis-je arrivé à cette idée rationnelle si différente de celle que les sens me donnent? Sans doute par des observations, mais aussi par des calculs savants et compliqués qui suppo<:ent les
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idées, les lois mallicmnliques et divers principes. Il serait facile de vous prouver que tous ces éléments de ridée rationnelle du soleil, que toutes ces lois et que tous ces principes n ont jias une origine sensible et ne penvent pas être ramenés à la sensation. Mais cet examen serait trop long, \dmellons pour un moment que toutes ces lois et que tous ces principes ont leur origine dans la sensation, et ne sont que des sensations; le produit définitif, l'idée rationnelle du soleil, devra être analogue aux éléments qui la constituent.
Eli bien, le fait donne le démenti le plus formel à la théoiie scnsualistc: l'idée rationnelle du soleil, loin d’être analogue aux éléments sensibles et à l’image sensible du soleil, en est la négation la plus décidée.
Je vois le soleil comme un disque, et c’est une sphère ; je ne le vois pas très-loin, je le vois posé sur la montagne voisine, et il est à trente millions de lieues ; je le vois se mouvoir, et il est immobile. Si donc je suis réduit à la sensation, s’il n’y a dans mon idée du soleil que la sensation du soleil, il en résulte que la sensation me donne ce qu’elle ne renferme pas, et que mes yeux me montrent ce qu’ils ne peuvent pas ^ c’est-à-dire que j’arrive à une contradiction palpable, "s Je viens de mettre en comparaison une sensation, une image avec une idée; comparons maintenant un fait avec un principe. Un fait quelconque se produit devant moi, j’allirme nécessairement qu’il a une cause, i. car, dis-je, il n’y a pas d’effet sans cause. Voilà le fait, voilà le princi|)c. Le fait est particulier, individuel, contingent, passager; le principe est universel, necessaire, absolu, immuable. Je sais qu’il a été, qu’il
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est, qu’il sera toujours vrai de dire: Il n’y a pas d’effet sans cause. Or, si j’étais réduit à mes sens et à mes sensations, je ne sortirais pas, je ne pourrais pas sortir du fait particulier que les sens me donnent, et il n’y a pas de déduction ni d’induction qui puisse tirer le nécessaire du contingent, l'absolu du relatif^ ' l'éternel du temporel, l’universel du particulier, parce qu’on ne tire pas d'une chose ce qu’elle ne renferme pas. Tous ces termes s'excluent, loin de pouvoir être déduits ou induits les uns des autres, ou ramenés les uns aux autres. Mais il n’est pas nécessairo d'insister plus longtemps sur des considérations qui nous sont déjà familières. El remarquez bien qu’il importe peu qu'on attribue la spiritualité au principe pensant, si on nu lui donne d'autre objet que la sensation. En effet, dans l’hypothèse scnsualislc, quelle que soit lanaturc du sujet qui sent et la nature même de la sen- » salion dans le sujet sentant, il n'en est pas moins vrai que son objet est purement matériel. L’esprit, si esprit il y a, n’a d'autre objet que la matière. Rien de pur, de simple, d’éternel, de nécessaire, d’universel, d’absolu, d'immuable dans la pensée ; tout est passager, fugitif et contradictoire comme la sensation ellemême. Un esprit dénué de toute idée, de tout principe analogue à sa propre nature , renfermé dans le cercle de la matière, paraîtra nécessairement une pure chimère.
El ici s’oHvrc à nos yeux l'abîme des consécjuences du sensualisme, même dans l'hypolbèse de la spiritualité du principe sentant et pensant. Comment, avec des sensations et des idées purement sensibles, pour-
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rions-nous nous fornier une notion de l’esprit, et le dislinguei' de la matière? Quelle certitude pourrionsuous avoir de la spiritualité de Tâme? L’âme n'étanl que le sujet des sensations ne serait que sensation elle-ménie; la conséquence paraît rigoureuse. Et Dieu, 4^mment pourrions -nous le concevoir, si nous n’avions aucune idée de l’esprit, aucune idée spirituelle?
Ne connaissant que le monde physique, il nous serait impossible de distinguer Dieu du ce monde, de le placer au-dessus de ce monde. Dans ce système. Dieu ne pourrait exister distinct du inoude; il n’eo serait que la cause matérielle, fatalité ou hasard.
A'uiià doue le iiialérialisme et l’athéisme qui sortent de la philosophie de la sensation ; mais le scepticisme universel oa est aussi une conséquence non moins nécessaire. *
« . La science est impossible au sensualiste , car elle n'existe qu’aulant qu’elle arrive à la loi, qii’autant qu'elle ramèue les phénomèiies à leur loi. Or une loi ii’cst rien, ou elle est une cause permanente, universelle et nécessaire. Mais comment l’homme, réduit à des sensations individuelles, fugitives et contingentes, pourrait-il s’élever à cette haute notion de la loi? Tous les caractères de la loi disparaissent, et sa notion est impossible. Mais sans loi il n’y a pas de science, et , l’homme est condamné au scepticisme universel. Dans ce. gouffre du scepticisme, du matérialisme, de l'athéisme, s'engloutissent toute vérité, toute liberté, toute moralité, toute dignité, toute espérance. L’homme n’a d'autre fin que le plaisir, d’autre loi que la force, d’autre avenir que le néant. Tel est le