‹ Philosophie et religionChapitre 13 sur 36 · SUITE DE LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA PRÉCÉDENTE

La présence de Dieu dans la raison esl, immédiate et directe; preuves de celte grande vérité — OifficuUés contre la doctrine exposée dans la précédente leçon. — Difficultés philosophi«pies : nous faisons Dieu semblable a l'homme ; réponse — Nous faisons l’homme semblable à Dieu ; réponse. — ^ Difficultés théologiques; nous ne connaissons pns Dieu par une lumière directe; répon.sc. — Dans celle vie, nous ne voyons pas Tessence divine; explication. Harmonie de la raison cl do la foi.

Noire but aujourd’hui, messieurs, est de nous rendre un compte fidèle de cette présence de la vérité divine dans la raison ; d’en mieux étudier les caractères et de la mettre dans le plus beau jour, en écartant les difficultés qu’on oppose à cette doctrine.

Le caractère le plus important de cette présence de la vérité divine dans la raison, c’est qu’elle est immédiate et directe. Rien n’est plus facile que de se convaincre de la réalité de ce grand fait; et la preuve en est dans cette qualité de la vérité d'éclairer par elle-même l’intelligence. Quand vous apercevez une vérité nécessaire, absolue, étemelle, immuable, universelle, qu'y a-t-il entre cette vérité et votre intelligence? Cherchez un intermédiaire ; il n'y en a pas. Il

y a uniquemenl celle vérilé qui sc montre, qui vous éclaire, cl votre esprit qui l’apcnjoit cl l’affirme. Tout le monde proclame que l’action de l’évidence sur l’esprit est immédiate et directe. Or, (|u’esl-ce que l’évidence, sinon la lumière même de certaines idées et de certains principes contenus dans cette vérité divine présente ;i notre esprit? Sans doute la vérité ne se montre pas d’abord isolée des faits de conscience et d’expérience. Dans toute perception de la vérité divine, il y a le sentiment profond de notre propre existence et de celle du monde, nous ne pouvons pas nous séparer totalement ni de nous-mêmes ni du monde. Mais, de ces faits, nous ne pouvons pas conclure que l’cxislencc du monde cl notre propre existence soient un intermédiaire entre la vérité divine et notre raison. L’âme est toujours le sujet et peut devenir l’objet de la connaissance, mais n’en peut jamais être l’intermédiaire. Le monde aussi est un objet de la connaissance et n’en peut pas être non plus l’intermédiaire. Comment est-ce que je passe du pur .sentiment de l’existence personnelle et do celle du monde à lai connaissance rationnelle du moi <l du monde, si ce n’est par les idées et les principes nécessaires qui sont dans la raison? l.a vérité divine ne m’est donc pus transmise par le milieu de l’àme et du monde; elle ne traverse pas ce milieu pour arriver à la raison. Elle l’éclaire directement et immédiatement, à l’occasion et à la condition des faits de l’expérience interne et externe.

On compare souvent l’àme humaine et le monde lui-même à un miroir où viennent se rélléchir les

Digilized by Googlij

SÜITK DE LA PRÉCÉDENTE, rayons de l’éternelle et divine vérité, et on ajoute que ce sont ces rayons réfléchis que nous apercevons, et non pas les rayons directs. Mais ces rayons, pour être réfléchis, -doivent être reçus directement quelque part; et où peuvent-ils Tétrc, sinon dans l'ânie huniiiinc? 'Nous apercevons dans nos âmes les rayons de l’élerhelle et divine vérité, parce qu’ils tombent sur elles ; nous les retrouvons dans le monde, parce que nous les avons d'abord vus en nous-mêmes. Mais,* encore une lois, pour être en nous, il faut qu’ils y aient été reçus, et ils ne peuvent l’avoir été que directemeht, siies idées nécessaires n’ont pas une origine expérimentale. Les philosophes qui veulent liix'r ces idées des sens ou de l'âme humaine, les sensualistes, l&s conceptualistes, les psychologues, ne peuvent se rendre compte de cotte présence immédiate et directe de ht vérité divine dans la raison. Ils doivent la nier; mais ils nient avec elle In raison elle-même, qui n’a plus d’autorité ni de valeur.

Cette présence immédiate et directe de la vérité divine dans la raison nous conduit à une conséquence qui nous confond et nous ravit, redoutable et consolante à la fois, digne de notre admiration, ou piut(’>l de nos plus profondes adorations ; c’est que Dieu est présent à notre raison d’une manière directe et immédiate. Si la vérité divine est présente à notre raison,' Dieu y est présent; nous l’avons démontré longuement. Si la vérité divine est présente à notre raison d’une manière directe et immédiate. Dieu est présent à notre raison directement et immédiatepient, dans la mesure même de la vérité divine qu elle possède, ni

plus, ni moins. Je fais ici des réserves que j’expliquerai bientôt.

Celle présence immédiate et directe de Dieu dans la raison a été reconnue par la plus haute philosophie, par la plus haute théologie. Écoutons d’abord saint Augustin , et rappelons quelques textes célèbres que nous avons déjà cités dans l’étude consacrée au saint docteur.

« Inter mentem nostram qua ilium intelligimus Patrcm et veritatem, id est lucem interiorem per quam ilium intelligimus, nulla interposita creatura est'... Cum homo possit particeps esse sapientiæ seciindum interiorem hominem, secundum ipsum ita est ad imagincm {Dci), ut nullâ naturà interpositâ formetur ; et ideo nihil sit Deo conjunctius... Ad imaginem {Dei) mentem factam volunt, quæ nullà interpositâ substanlià, ah ipsâ veritate formatur... Iste spiritus ad imaginem Dei nullo dubitante factus accipitur, in quo ' est intelligentia veritatis : Hærel enim veritati nullâ inter jiosiiâ creaturâ*. »

Malgré les difllcultés que présente la théorie de saint Thomas, peut-on voir une doctrine différente de celle de saint Augustin dans ces paroles : « Omnia dicimur in Deo vidcre et secundum ipsum de omnibus judicure, in quantum per participationem sui luminis omnia cognoscimus et dijudicamus. Nam et ipsum lumen naturale rationis participatio quædam est divini luminis, sicut etiam omnia sensibilia dici-

* De vera rf/îj., c. lu, in finein.

* LU), (le divers. Qiiest. 85, Quesl 51.

SUITE DE LA PRÉCÉDEiyTE. 957

mur videre et judicare in sole, id est, per lumen solis. Unde dicet Augustinns, primo soliloquiorum, disciplinarum speclamina videri non possunt nisi aliquo velutsuo sole illustrentur, videlicet Deo^. » Quand le soleil nous éclaire, il est immédiatement présent à nos yeux par ses rayons. Véritable soleil de nos âmes. Dieu est aussi présent immédiatement à notre raison que lé soleil aux yeux corporels. Voilà, ce semble, la pensée de saint Thomas.

Bossuet a-t-il connu celte présence immédiate et directe de Dieu à la raison naturelle? « Nous avons vu que l'âme qui cherche et qui trouve en Dieu la vérité se tourne vers lui pour la concevoir. Qu’est-ce donc que SC tourner vers Dieu? Est-ce que l’ame se remue comme un corps et quitte une place pour en prendre une autre? Mais certes un tel mouvement n’a rien de commun avec entendre. Ce n’est pas être transporté d'un lieu à un autre que de commencer à entendre ce qu’on n’entendait pas. On ne s’approche pas, comme on fait d’un corps, de Dieu, qui est toujours et partout invisiblement présent. L’âme l’a toujours en elle-même, car'c’est par lui qu'elle subsiste. Maisj pourvoir, ce n’est pas assez d’avoir la lumière présente, il faut se tourner vers elle, il lui faut ouvrir les yeux ; l’âme a aussi sa* manière de se tourner vers Dieu, qui est sa lumière, parce qu’il est la vérité; et se tourner à celte lumière, c’esl-à dire à la vérité, c’est, en un mol, vouloir l’entendre ’. » Il me semble qu’il

‘ Pars prima, q. 12, art. 11.

* Coimaùtanct de Dieu et de soi-même, cli. x. ,

208 DOUZIÈME LEÇO-N. •

est imposjsible d’ciprimcr d’une manière plus explicite la présence immédiate et directe de Dieu par la vérité dans l'àme qu’elle éclaire.

Fénelon est plein de cette même doctrine. Il déclare que « l'objet immédiat de toutes nos connaissances universelles est Dieu même. » Il termine un admirable exposé -de l’idée de l’inflni par ces paroles : « 11 faut donc conclure invinciblement que c’est l'Ëtre infiniment parfait qui se rend présent à mon esprit, ipiaud je le conçois. O Dieu 1 ê le plusétre de tous les êtres ! Oêtre devant qui je suis comme si je n’étais pas ! Vous vous montrez à moi , et rien de tout ce qui n’est pas vous ne peut vous ressembler. Je vous vois, c’est votisméme, et ce rayon qui part de votre face rassasie mon coeur, en attendant le plein jour de la vérité*. »

Les conséquences données par la logique la plus rigoureuse sont donc confirmées par les plus graves autorités, également chères à la religion et à la pliilosopliie. .Vinsi, messieurs, dans l’ordre naturel, dans l’ocdre de l’intelligible et du rationnel, il y a une présence de Dieu directe et imincdialc, qui impliqtic ellc-jnême une cerlainc vue de Dieu, ou' plutôt de la vérité divine qu’il nous communique.

Ici naissent les difficultés qu’oU nous oppose et qu’il faut discuter. La première part des rangs des philosophes kantistes, et elle a été renouvelée dans un ouvrage qui a paru en 18o0, sur la philosophie du moyen âge*. Ces philosophes prétendent que. rapporter

* Ejsiitenee de Dieu, p. 270-272.

* M. Dauréau, De la Philosophie scol/islique, t. II. . ♦ * 1 .

SUITE DE LA PnÉCÉDEXTE. 2/.9

la vérité qui nous éclaire à Dieu lui-même, considérer les vérités absolues, nécessaires et immuables de la raison, comme des pensées ou des attributs de Dicuj c’est ftiire Dieu semblable à l’homme, et tomber dans l’antbropomorphisme. Dieu , disentrils , est le j^rand inconnu, le mystère des mystères; on ne peut sans sacrilège soulever le voile qui couvre le sanctuaire où il se dérobe à tous les yeux mortels. Nous savons qu’il est, nous ne savons pas ce qu’il est. Contentons-nous d’affirmer son existence, d’adorer sa grandeur, sans lui attribuer des modes d’être tout à fait indignes de lui, sans porter en lui l’imperfection de nos idées et de notre connaissance.

Je déclare d'abord que je me méfie profondément de ces respects qui veulent rendre la Divinité entièrement inaccessible, et qui vont à nier toute espèce de rapport et d’analogie entre l’homme et Dieu. Si nous ne pouvons nous faire aucune notion de Dieu, ({uellc raison avons-nous d’affirmer son existence? Le scepticisme «à l’égard de l’existence de Dieü deviendra inévitable, et de ce scepticisme à l’atbéisme il n’y a qu’un pas. Dès que nous sommes en droit d’affirmer l’existence de Dieu, nous en avons une idée, et cette idée est nécessairement un rapport de notre intelligence finie avec l’intelligence infinie. Sans doute nous connaissons bien plus que Dieu est que ce qu’il est, et nous ne comprendrons jamais tout ce qu’il est. Mais il y a loin de cette compréhension parfaite à l’ignorance absolue où on voudrait nous retenir. Nous voyons clairement que Dieu doit posséder, qu’il possède toutes les perfections répandues dans les créa-

Digilized by Coogle

2«0 .DOUZIÈME LEÇO^•.

turcs; cl, sans craindre de le faire déchoir, nous lui attribuons toutes ces perfections, au dej'ré infini qui convient à sa nature. Quoi ! je trouve dans ma raison des idées, des principes, une vérité nécessaire, absolue, éternelle, immuable, universelle; cl je ne pourrais pas rapporter celle vérité à l’Èlre nécessaire, absolu, éternel, immuable comme elle? Il me sera interdit d'attribuer les lois de la raison, de la conscience et de la nature au Législateur suprême? Il serait aussi raisonnable de m’interdire de reconnaître en Dieu la sagesse cl la bonté, parce que je Irouve'des preuves de sagesse cl de bonté dans la création et dans les créatures intelligentes et libres ! En refusant ainsi de sortir de l'bomme; en refusant de transporter hors de lui la vérité, la sagesse, la bonté, et de voir en Dieu la cause cl la substance de la vérité, de la sagesse cl de la bonté, j'inliruie ma propre raison, je la renferme dans les limites du sujet qui la porte; elle devieul purement subjective, et nous arrivons inévitablement au scepticisme.

Comme je ne veux pas du scepticisme, je rapporte sans hésiter à Dieu les idées, les principes, la vérité nécessaire, absolue, éternelle, immuable, que je trouve dans ma raison. Je sais que celle vérité est de Dieu, qu’elle est en Dieu, qu’elle est, en un sens, Dieu même; je sais que c'est Dieu qui me la manifeste, qui se donne à moi, et me rend ainsi participant de luimême. Mais je conçois en même temps que cette vérité divine est infiniment plus parfaite que je ne saurais le concevoir. Je vois Irès-clairemenl que Dieu connaît infmimênl plus et infiniment mieux que moi;

SUITE DÉ>LA PnÉCÉDEME. 2fil

enlrc Dieu et moi, je mets i’infini. J’attribue don6 à Dieu toutes les perfections que je conçois, toutes les vérités que je connais, mais en élevant ces choses à rinlinité. Je sais certainement que toutes ces choses, . perfections, idées, principes, lois, vérités, sont en Dieu, sont Dieu même, mais je ne sais pas comment cela est. Malgré ces obscurités et ces ignorances, l’affirme avec une certitude absolue qu’il y a non-seulement une analogie nécessaire entre l’intelligence ' infinie et mon intelligence bornée, mais encore qu’il doit exister entre elles des idées et des vérités communes à l’une et à l’autre. Quand je dis : l'infini est l’Être auquel on ne peut rien ajouter, duquel on nè peut rien retrancher, je suis certain que Dieu porte ce jugement de lui-même, quoiqu’il se com|)renne infiniment mieux que je ne puis le concevoir. Quand je. dis : l’homme est un être intelligent et aimant, fait pour honorer Dieu et lui obéir, j’ai la certitude que Dieu a la même idée de l’homme et de la destinée humaine. Quand je dis : il n’y a pas d’effet sans cause, tout phénomène suppose une substance, j’ai la certitude que Dieu connaît et approuve toutes ces vérités, puisque ce qui est vi*ai pour moi est nécessairement vrai pour Dieu lui-même. Ainsi je pourrais raisonner de toutes les idées et de tous les principes nécessaires, absolus, éternels.

Mais il est dans mon esprit une autre lumière tout aussi manifeste que celle que je viens d’invoquer. Je vois clairement que l’intelligence divine n’est pas discursive comme la mienne; je sais que Dieu ne raisonne pas. 11 voit tout par une seule et même pen-

2ü'J DOUZIÈME LEÇON. .

sée, cl ccïte pensée est lui-même, et il ne voit que luiraéme. £n sc voyant lui- même, il voit tous les êtres possibles et réels; et c’est cette vue simple et unique qui constitue l’essence et les lois de toutes les créatures, c’est-à-dire toutes les idée.s et tous les*prin- ^cipes. Dieu est donc infiniment incompréhenàible ù ma faible raison ; mais cette incomprébensibilité ne me forcera jamais à rien abandonner de mes aulres 'évidences, et ce que je ne puis pas toujours expliquer se concilie d<*uis l’infinie raison.

Voilà , messieurs , comment nous tombons dan.s • ranlbropomorphisme; comment nous dégradons Dieu ei\ le faisant semblable à rbumine. Est-il possible de s’éloigner plus (juc nous le faisons de ces excès? Par le concours de toutes nos facultés, par la raison, le sentiment, l’étude, l’observation de la nature et l’application du raisonnement aux données de l’expérience, cherchons les causes, les lois, la science; reculons les bornes de la vérité; approchons-nous de Dieu, autant qu'il est donné à la créature do le faire ici-bas : nous ne l’atteindrons jamais, l’infini nous dépassera toujours infiniment. Mais cette impuissance, loin d’être un motif de découragement ou de désespoir, sera notre gloire, puisqu’elle témoignera de nos généreux efforts pour noms approcher de plus près de la source infinie de l’être et de la vie.

Si nous échappons facilement à cet anthropomorphisme grossier, faut-il nous défendre maintenant d’une autre accusation, celle de faire l’homme sembbible à Dieu et d'identifier la raison humaine avec la raison divine? Existe-t-il une doctrine séparant plus

SUITE DE LA PRÉCÉDENTE, essenliellemcnt, plus absolument, plus profondément le sujet et l'objet dans la connaissance humaine que celle de tous ces grands esprits que nous avons pris pour guides et pour maîtres? Cette misérable erreur, qui identifie l’intelligence humaine avec l’intelligence divine, appartient à cette philosophie sophistique, que nous n’avons cessé de combattre, que nous combattrons toujours. Le sujet, dans la connaissance humaine, c’est nous-mômes, notre âme, notre intelligence, notre raison, notre volonté; et cette intelligence, cette raison, celte volonté, sont pleines de ténèbres, de préjugés, d’erreurs, de passions, de défaillances, de misères. L'objet, c’est celte vérité divine, nécessaire, absolue, éternelle, immuable, qui m’éclaire, m’enflamme, me réjouit, me transporte, me fait goûter les joies les plus profondes et les plus vives; celle vérité qui est ma lumière, ma règle, ma force, ma vie; cette vérité à laquelle j’aspire comme au terme de toute mon existence. Elle se montre à moi, et puis elle se cache; elle bi'ille un moment à mes yeux avides, et puis elle s’obscurcit; je crois la saisir, et elle m’écbapiie; elle fait mon bonheur et mon désespoir. Je ne puis me passer d’elle, et je n’en ai jamais la possession tranquille. Je suis donc forcé de reconnaître que celle vérité n’est pas moi, qu’elle est essentiellement distincte de moi, infiniment au-dessus de moi. Elle est mon tout, mais ce tout est hors de moi !

Telle est la distinction profonde et invincible du sujet et de l’objet dans la connaissance, et c’est ainsi que notre doctrine les identifie. On a parlé d'une raison impersonnelle en elle-même qui serait en nous.

se connailrait en nous, et se maniruslcrail |>ar tous les esprits individuels. Qu’cst-cc que cette théorie, sinon le panthéisme lui-méme? Et que peut-il y avoir de commun entre le panthéisme et la doctrine de saint Augustin, de saint Thomas, de Bossuet, c’est-à-dire la doctrine chrétienne ellc-mémc? Ce n’est pas notre raison qui est impersonnelle; c’est la vérité qui éclaire notre raison, et cette vérité est un rayon de l'éternelle raison qui est en nous sans être nous, qui est en nous sans nous appartenir, et que nous rapportons à la source dont elle dérive. /

•Il est un autre ordre d’objections qui proviennent de théologiens dont on ne saurait assez estimer la science et honorer le caractère. Ces graves écrivains . mettent d’ahord en avant ce principe que, d’après les divines Écritures comme d’après les saints docteurs, nous connaissons Dieu par l’intermédiaire de la création et des créatures : IntUibilia Dei per eu qux fada sunt inlelleda conspiciantur, nous dit le grand apôtre.

Ils concluent de ces paroles et d’autres semblables que / ce n'est pas par une lumière directe que nous connaissons Dieu, ou, du moins, que son existence n’est pas la première vérité dans l’ordre de la connaissance.

Ici des distinctions importantes deviennent nécessaires. Il est certain que nous nous élevons à Dieu par le spectacle de la création, par l’étude de nousmêmes, et que nous remontons ainsi de l'cfîct à la cause. C’est là un procédé de l'esprit humain qui nous donne des preuves admirables de l'existence et des perfections de Dieu. Mais, dans toutes ces considérations, dans toutes ces preuves si belles et si certaines.

Page 1