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SUITE DE LA PRÉCÉÜEMTE

nies (le la création, ne lui présenterait cependant qu'un aspect, une face de l’objet de son aspiration. Elle aura droit à une union plus parfaite. Dieu tel qii’il est en lui-même, dans sa vie ineffable, dans les relations des Personnes divines, dans ces prodigieux mystères d’Ètrc, d’intelligence et d’.4mour, qui sont la vie infinie elle-même, se dévoilera à l’àme ravie. Et l’àme, dilatant ses puissances en proportion, autant qu’il est possible, de la grandeur et de la beauté qui l'attireront, entrera en participation des attributs, des perfections, de la vie, de la félicité de Dieu luimême.

Tels sont les horizons sublimes que la foi nous découvre au delà de la sphère accessible à notre raison naturelle. Mais quelle merveilleuse suite, quelle ravissantes harmonie entre toutes ces choses ! La foi nous enseigne et nous promet cette vision de l’essence divine, qui peut seule satisfaire les aspirations que le christianisme a déposées dans nps âmes, et répondre à l’élan infini que Dieu leur imprime vers le Vrai, le le Beau, le Bien; qui sont lui-même.

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LA PAROLE

Néce'sitiMlc Inhcr la question de la parole. — Fxpoaé de* principaux tètnes sur sa nature et son origine. — Platon, saint Augusiio, saint Thomas' d'Aquin. Itossuct, Gondillac, J.*^. Housscau, Joseph de Maistre, M. de Bo* naM. — Beux doctrines dilTtrenles sur ta nature et l'origine de la parole dans l'auteur des ^echetchts philoiùfhiquti.

Jusqu'ici, nous avons éludic la raison dans sa nature propre, dans ses lois essentiegns. Mais il est un de ses aspects que nous avons ki^^aas l’ombre; je veux parler de sa manifestation" eikrieure , de sa forme sensible, du corps qu’elle revôt pour se communiquer aux hommes. Dans ce corps de la pensée, vous reconnaissez la parole. Ici s’ouvrent des horizons nouveaux, et naissent des questions d'un immense intérêt. Quelle est la nature et l’origine de la parole, quels sont ses rapports avec la pensée? Transmise par la société à l'individu, fruit de l’éducation, la parole établit un lien nécessaire entre l’individu et la société. Quelle est la nature de ce lieu? La famille, la société, la tradition, l’autorité humaine ont-elles une part dans la formation et le développement de la raison de

LA PABOLE. ' as

i’hommeî Mettent-elles dans la raison quelque chose du leur? Ont-elles quelques droits à revendiquer sur elle? La solution de ces graves questions va nous faire pénétrer plus avant dans notre nature intelligente, et •

lorsque nous aurons obtenu ces solutions, il nous sera facile de compléter la théorie de la connaissance. * '■

Fidèle à la méthode que nous avons suivie jusqu’ici, i nous esquisserons d'abord l'histoire des doctrines qui ont voulu expliquer les rapports de la pensée et de la > parole; nous discuterons ensuite ceux de ces systèmes qui nous paraissent faux et dangereux. Enfin nous proposerons notre opinion sur la nature et l’origine de la parole.

Cette question a pris dans les temps modernes une extension considérable. Mais elle a des antécédents qu’il est très-important de connaître, et que nous allons passer rapidement en revue.

Platon, car c’est toujours par lui qu’il faut commen-^ cer l'étude des choses de l’esprit, a consacré .tout un , dialogue, le Cratyle, à la recherche des rapports des •

mots aves les idées. Il dit des choses très-subtiles, très-ingénieuses, quelquefois très-profondes, mais qui. sont en dehors de notre sujet. 11 s’en rapproche quand - '

il enseigne que les mots nous servent à connaître la nature des choses, à la condition qu’ils soient bten /'atto, c’est-à-dire qu’ils soient l’image fidèle des cho- - » ,

ses et qu’ils expriment leur essence. Cherchant l’origine des noms, il remarque combien il est diftlcile d’arriver à la puissance qui a pu les instituer, puisque, dit-il, il n’est possible d’apprendre les choses que

par le moyen des noms. S'ils sont nécessaires à la

ts

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science, si la science n’a pu se former sans euv, ils lui ont préexisté. Mais alors d’où venaient-ils? Voici la réponse de Platon : a Je crois que la meilleure manière de répondre, c’est de dire qu'une puissance su-) périeure à celle de l’homme a donné les premiers noms aux choses, de manière qu'ils sont nécessairement justes. » Mais, cette parfaite justesse ne se retrouvant pas dans nos langues, le philosophe renvoie ses disciples à l’élude directe des choses et de la vérité. Ailleurs, dans le Théélète, il déûnit la pensée, •le discours que l’esprit se tient à lui-même. Ces témoignages sudisenl pour nous autoriser à conclure que Platon a entrevu toute la profondeur et toutes les difficultés du problème des rapports de la pensée avec la parole.

Ce problème, que Platon pose sans le résoudre, n’a pas échappé à saint Augustin. Il a consacré un livre, de MagistrOf à rechercher la valeur, la fonction du langage, le rôle de l’enseignement humain, et son but est de prouver que la science des choses s'acquiert, non par la parole que l’homme fait résonner au dehors, mais par l'éternelle vérité que Dieu fait briller au dedans. C’est le titre meme de l’ouvrage. Le saint docteur considère l’intelligence en deux étals différents, sans ou avec l’usage des signes qui servent à la manifestation et à la' communication des pensées. Il affirme de la manière la plus formelle qu’il y a une foule de choses qui peuvent être enseignées sans le secours des signes. « Vous voyez, que nous arrivons à établir qu’il y a des choses .qui s’apprennent sans le secours des signes. Voyez ce

• LA'PABOLE.

soleil, celle lumière qui baigne el submerge tous les corps, la lune et tous les astres, l’étendue de la terre et l’immensité des mers, avec leurs productions innombrables; Uicu et la nature ne nous munlrcnt-ils pas toutes ces clioses par elles-mêmes'? » L’opinion que le saint docteur émet ici, nous paraît équivaloir à la théorie de la perception immédiate du monde extérieur, théorie que nous avons établie el justifiée dans une précédente leçon. Celte perception du monde sensible, eette connaissance qui s’aequierfà l’occasion des sensations serait bien vague, bien fugitive, bien stérile, si nous n’avions pas le pouvoir de donner un nom à chaque objet de la nature. Ce nom a la propriété de rappeler à notre souvenir l’image de l’objet perçu par nos sens ; il en est pour nous le signe, la représentation.

Mais nous ne pensons pas seulement aux objets physiques; el les images de ce monde extérieur, quelque beau, quelque grand qu’il soit, n’occiip(?nt pas seules la capacité de notre âme. 11 y a le monde suprà-> sensible, le monde de la véiité intelligible qui- se révèle à notre raison; et, dans ce monde aussi, chaque' objet a son nom, chaque rapport entre les existences a son expression. De là le langage humain, écho fidèle de l’âme humaine qui nous dévoile tout ce qui est en elle ; êt comme l’âme humaine est le miroir des choses, le langage, expression de l’âme, est aussi la représentation des choses. Ce langage et les mots dont il se compose servent au commerce des esprits. La

' De Magitiro, cap. x.

parole préside à l'éducalion des enfants, à l'instruction des hommes, et toutes les connaissances humaines se transmettent par cet intermédiaire.

La vraie question est de savoir quelle est la valeur de cet intermédiaire en lui-méme. Sur ce point, la pensée de saint Augustin est aussi claire et aussi explicite qu’on puisse le désirer. Pesons ces paroles : «l'Ious n’apprenons rien parce genre de signes qu’on appelle mois. Cor c'est la connaissance de la chose signifiée qui nous fait connaître la valeur du mot, ou le sens renfermé dans le son, plutôt que le signe ne nous fait connaître la chose'... Toute la valeur que je puis reconnaître aux mots, c’est tout au plus de nous avertir de chercher les choses, et non pas de nous les montrer pour nous les faire connaître. Celui qui m’apprend quelque chose, c’est celui qui présente à ma vue, ou à quelque autre de mes sens, ou à mon asprit lui-méme, l’objet que je désire connaître. Donc les mots ne nous font connaître que les mots; je dis trop encore, ne nous font connaître qu’un bruit et qu’un son. Car ce qui n’est pas un signe ne peut être un mot. Donc, lors |ue j’entends un mot, je ne sais pus même que c’est un mot jusqu’à ce que je sache ce qu’il signifie. C’est donc la connaissance des choses qui opère la connaissance des mots; et l’audition des mots ne nous donne pas même la connaissance des mots... Et pour toutes les choses que nous comprenons, nous consultons, non celui qui parle et le bruit extérieur de sa pa-

* De Magistro, cap. i.

Dinilized by C. h i^le

LA PAROLE

rôle, mais la vérité qui est présente à l’esprit dans l’intérieur, quoique ce soit peut-être la parole qui • nous avertisse de consulter. Or celui que nous consultons, celui-là instruit; c’est le Christ, qui, selon l’apôtre, réside dans l'homme intérieur; c’est la vertu immuable de Dieu et la sagesse éternelle. Toute àme raisonnable la consulte » • ' • >

D’après cette haute philosophie du langage, à quoi se réduit le rôle du maître qui instruit un disciple? à quoi se réduit le rôle de l’enseignement purement humain? «Quand le maître a expliqué par la parole toutes les sciences qu’il fait profession d’erfseigner, et même celle de la vertu et de la sagesse, ceux qu’on appelle ses élèves examinent en eux-mêmes si ce qu’il a dit est vrai, en consultant celte vérité intérieure, selon qu’ils en sont capables. C’est alors qu’ils apprennent; et lorsqu’ils ont découvert à l’intérieur que ce qu’il leur a dit est vrai, ils l’approuvent, sans prendre garde qu’ils approuvent moins un maître qu’un disciple de la vérité, si toutefois il connaît luimême ce qu’il a dit. Ce qui trompe les hommes et les porte à donner le nom de maîtres à ceux qui ne le sont pas, c’est que, le plus souvent, entre l’instant nù quelqu’un parle et celui où l’on comprend ce qu’il dit, il n’y a point d’intervalle, et parce que, immédiatement après l’avertissement de la parole, on apprend ’intérienremenl, on s’imagine être enseigné extérieurement par celui qui ne fait qu’avertir’. »

' De Magiitro, cap. xi. ' ' ■ ' '

’ De Magistro, cap. xiv.

En résumé, saint Augustin est bien loin de nier l’utililé, la ncct'ssité, les merveilles de la parole; mais il ne peut lui attribuer la A’erlu, l’efficacité d'éclairer l’Ame par elle-même. Il ne peut admettre que la parole précède l’idée et l’engendre dans l’esprit. La parole n’est qu’une occasion, une condition de la manifestation des idées et des principes, vraie lumière de l’Ame que Dieu seul lui communique. L’enseignement humain ne peut avoir d’autre valeur que celle de la parole elle-même.

A l’exemple de saint Augustin, 8aint Thomas s’est posé la qùcstion de la nature de l’enseignement humain. 11 s’est aussi demandé si l’homme pouvait véritablement être le maître de l’homme, et malgré de notables différences dans leur philosophie de l’esprit humain, le saint'docteur établit des principes identiques à ceux de saint .Augustin. Voici comment il explique l’acquisition de la science : a il faut admettre, comme préexistant en nous, les germes, pour ainsi dire, de toutes les sciences; ces germes sont les notions premières que l’intelligence se forme immédiatement par les images qu’elle tiredes choses sensibles, et ces‘ notions sont complexes comme les axiomes ou incomplexes comme la notion de l’Étre, de l’unité et autres semblables, cpie l’intelligence acquiert immédiateinenl. Or, ces principes universels sont comme alitent de gérracs d’où sortent toutes les autres notions. L’esprit donc, partant de ces conceptions générales, en déduit des vérités particulières, qu’il ne connaissait pour ainsi dire qu’en général, et obtient une connaissance actuelle qu’il possédait seulement comme

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, possible, parla faculté qu’il avait de l’acquérir. C’est alors qu’il apprend... Celui qui en instruit un autre le mène à la découverte de l’inconnu, absolument de la même manière qu’il procède lui-même pour connaître une vérité nouvelle. Or la marche que tient la raison pour arriver à la découverte d’une vérité inconnue, est de partir de principes généraux connus par eux-mêmes, d’en faire l'application à un point spécial, ■de procéder ainsi à une conclusion particulière, et de celle-ci à une autre qui la suit. C’est aussi de cette manière, et suivant ce procédé, qu’un homme peutea instruire un autre; il expose à son élève, par des ■signes, cette marche naturelle delà raison qu’il à tenue lui-même ; et, par ce moyen, la raison naturelle de I élève, en suivant la ligne qu’on lui montre comme une règle assurée, arrive à la connaissance de la vérité inconnue... Cette action de la raison naturelle dans l’élève n’empêchera pas de dire que le maître produit la science en lui. Or, c’est ce qu’on appelle instruire; et on dit tous les jours qu’un homme en instruit un autre et qu’il est son maître. Mais si le maître enseigne à son .élève une proposition qui ne soit pas renfermée dans les principes connus par euxmêmes, ou si l’élève ne voit pas qu’elle y soit renfermée, la science ne se fera pas en lui. Tout au plus pourra-t-il y avoir opinion ou croyance; et cet eflet lui-même sera dû à la vertu des principes naturels. Car c est à la lumière de ces principes connus par euxmêmes, que l’élève aperçoit et juge que tout ce qui découle nécessairement de ces principes doit être tenu pour aTtain ; que tout ce qui leur est opposé doit être

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absolument nié. Quant à celte lumière de la raison qui nous fait connailre ces principes naturels, elle nous est donnée de Dieu même, comme une image de la vérité incréée qui se réfléchit en nous. Par conséquent, puisque aucun enseignement humain ne peut avoir d'elTel qu’en vertu 'de celle lumière, il est évident que c'est Dieu seul qui enseigne intérieurement, -qui est le mailre principal... Néanmoins, on dit avec vérité que l’homme instruit, dans le sens que nous venons d’expliquer '. »

. Tout ce que saint Thomas dit de l’enseignement des maîtres doit se dire aussi de la parole et du langage, qui est le moyen principal, le grand instrument de renseignement. Ainsi, d’après le saint docteur, l'enseignement et le langage supposent toujours, dans Tâme humaine, des principes antérieurs, connus par eux-mêmes^ qui sont l’élément essentiel de toutes nos connaissances, de toutes nos sciences, le fondement de la certitude, la règle de nos jugements; et ces principes nous sont donnés par la lumière divine.

.Avant et après saint Tliomas, nous trouvons, au moyen dgc, une école fameuse, qui, infidèle aux bonnes traditions philosophiques, attribuait aux mots une valeur illusoire en réduisant les idées générales à n’ètre que des mots. Fortement empreint de sensua-. lisme, le nominalisme devait aboutir au matérialisme. Mais notre but n’csl pas de faire l'histoire de celle école. Nous passons, sans autre transition, au cartésianisme, à cette grande école beaucoup plus occupée

• De ÿngiitro, art. I. ’ à ; -

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