‹ Philosophie et religionChapitre 22 sur 36 · PUISSANCE DE LA RAISON. 3C · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA RAISON. 3C

ces idées sont celles de l’être, du nécessaire et du contingent, de l’éternel et du temporel, de l'absolu et du relatif, de l’universel et du particulier, du parfait et de l’imparfait, du fini et de l’inlini, de la cause et de l'effet, de la substance et des phénomènes. Voilà des idées que vous retrouverez à tous les âges et dans toutes les conditions de la vie humaine. Elles existent, il est vrai, souvent à l’état concret et non pas à l’état abstrait; plutôt virtuelles qu’actuelles; elles sontobscnres, confuses, enveloppées, je l’accorde. Mais enfin vous les retrouverez toujours ; et je vous défie de concevoir la raison dépouillée de ces idées.

Essentiellement pourvue de ces idées, la raison a nécessairement la faculté de les lier, de voir les rapports qui existent entre elles, c’est-à-dire qu’elle a la faculté de saisir les principes éternels et nécessaires, [.a raison peut-elle avoir Içs idé^s de cause et d’effet, de substance et de phénomène, d’être et de néant, sans se dire: Il n’y a pas d'effet sans cause; la cause est antérieure et supérieure à-l’effet, et doit contenir, au moins, autant d’être et de perfection qu’il y en a dans l’effet; il n’y a pas de phénomène et d’attribut sans substance; une même chose ne peut pas être et n’être pas en même temps; le néant ne peut pas penser, etc.? Comme les idées, ces principes seront d’abord à l’état concret plutôt qu’à l’état abstrait ; ils seront confus et enveloppés ; mais ils n’en existeront pas moins, et gouverneront toujours la raison.

Douée de ces idées et de ces principes essentiels à sa nature, inséparables d’elle, la raison peut-elle, oui ou non, s’élever à la connaissance de l’existence de

Dieu et aux premières vérités de l’ordre moral 7 Suivons un instant sa marche ascendante.

Le monde nous présente un vaste, un immense ensemble de faits liés les uns aux autres, dépendant les uns des autres. Ce grand ensemble conspire vers une même fin et forme un même ordre, une même vie. Partout dans ce monde éclatent des preuves infinies de puissance, d’intelligence, de sagesse, de bonté. En présence de ce magnifique spectacle, la raison, obéissant à ses lois, prononce sans hésiter que la série des effets et des causes suppose nécessairement une cause première ; l’universalité des elTels, une cause universelle; l’ordre, l’harmonie, l’unité dn monde, une cause unique, intelligente, sage et bonne, une cause qui doit être la puissance, l’intelligence, la sagesse, la bonté elles-mêmes.

Par la vue du monde et par l’effet de ses lois internes, la raison s’élève donc à la connaissance de l'existence et des attributs de Dieu. Veut-elle fortifier sa conviction, ot pénétrer plus avant dans la connaissance de Dieu, elle n’a qu’à considérer l’idée de perfection qu’elle porte en elle-même. Elle trouvera que celte idée nous représente l’infini en toute manière, l'infini absolument infini. El, comme celle idée ne peut provenir ni du monde, ni de nous-mêmes, en qui nous trouvons les caractères opposés du fini , il reste que la cause de celte idée dans notre raison ne peut être que l’infini lui-même. C’est lui, lui seul qui nous donne, qui peut nous donner celle idée : donc il existe. Cette infinité nous découvre en Dieu un abîme de perfection ; et cette infinité de perfection

PUISSANCE DE LA RAISON’, nous apprend que Dieu n’esl pas seulement la cause première et unique du monde, mais qu’il en est encore le créateur et le créateur libre.

Ainsi le principe de causalité, appliqué à l'idée de l’infini que je porte en moi-même, me donne Dieu dans sa perfection souveraine. Si, dans ces opérations de mon esprit, je craignais l'idéalisme, si je craignais de n'aboutir qu’à un Dieu abstrait, quoiqu’il n’y ait rien de plus réel que l’infini lui-même, je trouverais dans ma raison le principe de substance qui me donnerait l’être dans sa réalité profonde. Je rapporte invariablement toutes mes impressions, mes perceptions, mes modifications à un être qui est moi, à un être réel et substantiel. Je sens en moi la vie, la réalité. la substance, et je dis : 11 n’y a pas de phénomène sans substance. Mais je dois appliquer ce principe au monde qui m’environne et agit sans cesse sur moi. Si je suis réel, vivant, substantiel, le monde aus.si doit être réel, vivant, substantiel. Et Dieu qui seul explique et le monde et le moi, qui seul me fait compren- ' dre mon existence et celle du monde. Dieu qui est le créateur des substances finies, doit être nécessairement la substance par excellence , la réalité suprême.

Je ne puis pas plus douter de la réalité infinie de Dieu que de la réalité finie du monde et de la mienne propre.

Connaissant Dieu, adorant son infinie perfection, je rentre en moi-même, je sonde ma conscience, et j’y trouve le sentiment profond, invincible de ma liberté, et, en même temps, d’une loi qui en règle l’usage. Le jbste et le bien s’imposent à ma conscience avec la même autorité que les vérités nécessaires à ma raison.

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Je me sens coordonné à ma iamille, à In patrie, à l'humanité tout entière, l.a loi de justice et d’amour est l’expression de ces rapports. Une autre loi, non moins intime, non moins présente à mon âme, m’ordonne de travailler sans cesse à mon pcrreclionnemeni, de m’élever et de me soutenir toujours à la hauteur d'une nature intelligente, libre et morale.

J’ai trouvé ma loi : ma destinée va se manifester avec In même évidence. Ces vérités étemelles et nécessaires qui hrillcul à ma raison, cette beauté morale qui se fait sentir à mon âme, cette justice qui commande à ma conscience, me révèlent mes allinités secrètes avec le vrai, le beau, le bien. Et comme le vrai, le beau et le bien sont impérissables, l'intelligence qui a perçu le vrai et fait de cette connaissance sa joie et son bonheur, l’âme qui a goûté l'éternelle beauté, la volonté qui n’a aimé que la justice, doivent participer à l’immortalité du vrai, du beau et du bien eux-mémes. Une étude approfondie de l’ame confirme ces premières données : nous reconnaissons en elle un principe d’unité cl de simplicité indécomposable, imptirissable par sa nature. Celte âme trouve en elle-même une inclination invincible qui la porte à associer la vertu avec le bonheur. Et comme celte union de la vertu et du bonheur u’csl pas toujours réalisée ici-bas, la sagesse, la justice et la bonté de Dieu nous imposent la conviction d'une vie future, où le vice recevra son châtiment, lu vorlu sa récompense. Dans cette future existence, les facultés de l’homme vertueux auront leur plein et complet développement ; la destinée humaine s’achèvera, s’accomplira. t

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