‹ Philosophie et religionChapitre 25 sur 36 · INSUFFISANCE DE L’HOMME · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE L’HOMME

L'HOMME SE SÜFFIT-IL POUR ARRIVER A LA PERFECTION DE SES FINS NATURELLES?

'sur celle question, deux alTiniintions : l'oflimialion ralionali&tc et ralürmation chrétienne. — Déterminalion exacte des fins naUirelIes de Phomme. — La reUgioD vraie et pariailo est le seul moyen pour l'homme d’atteindre à la perredion de scs lins nalurcllcs. — J.liouuno, <laus l’étal actuel de scs l'jcultés» n'a pu fonder la religion naturelle. — Il l'n reçue dans h constitua lion oïdmc do coq cire, par l’acte créateur. ^ Peut'il la conserrer, ou la rctnblir?—> Réponse à celte question, dans lobscrvalion psyeholo^'iqiic et dans l'observation historique. Causes de nos erreurs. — Conclusion.

il est une question qu’un jour tout homme, licvant le spectacle de l’histoire et de la vie humaine, doit se poser, et dont la solution doit exercer sur sa destinée une influence décisive. L’homme, réduit à ses seules forces naturelles, à sa raison, à sa volonté seules, se suffit-il pour arriver à la perfection de ses fins naturelles?

Vous le savez, sur cette question, l'esprit humain se partage; il y a deux affirmations contradictoires,

ülX-ilUITIÈMB LEÇON.

une qui dit oui, l'autre qui dit non : il y a l'alTirmation rationaliste et l'afTirmation clirélicnne. Le rationalisme |)rétend que Dieu n’agit pas directement dans ce monde ; que l’homme est laisse complètement à lui-même et à scs seules forces; qu’il doit être l’unique artisan de ses destinées, et (jiie, pur conséquent, toutes les institutions humaines, les mœurs, les lois, les arts, les sciences, les religions, sont son ouvrage, l ne loi de progrès préside au développement de la destinée humaine; et l’homme doit s’approcher toujours de plus j)rès de ce vrai, de ce beau, de ce bien, qui se révèlent à son esprit et è son cœur. Il n’y a donc pas une intervention directe et immédiate de Dieu dans le gouvernement du monde intellectuel et moral ; Dieu n’agit que par les lois générales qu’il a posées, par les forces qu’il a créées. Il n’y a donc pas d’ordre surnaturel, de révélation, de grâce, de religion surnaturelle.

Ai-je hosoin de mettre en regard de cette affirmation rationaliste l’affirmation chrétienne? Sans contester la loi du progrès qui est en dehors du débat, le christianisme nie de tout point ce que le rationalisme affirme de la suffisance de l’esprit humain, de la suffisance de la nature humaine, et de l’impossibilité de l’intervention surnaturelle de Dieu. Avec toute l’autorité de son histoire, de ses doctrines, de ses institutions, de scs vertus, de ses bienfaits, prenant son point d’appui sur la force infinie de rénovation qui est en lui et sur le monde nouveau qu’il a créé, il dit à l'homme: Ouvre les yeux, sonde ta conscience, interroge l’histoire, tu ne te suffis pas. Pèse ta vertu au

INSUFFISANCE DE L'HOMME, poids de l.i raison, tu la trouveras légère. Demande à ta raison elle-méme l’explication des mystères de Dieu et de tes propres mystères, elle ne le donnera pas une lumière abondante. Tes sciences, tes institutions, toutes les conquêtes dont tu te glorifies, si elles attestent ta grandeur, portent cependant le sceau indélébile de ta faiblesse; loin d'améliorer, d’embellir et d’élever ton .^me, elles la laissent dans sa misère morale. Tout en loi appelle une assistance divine, un enseignement, une grâce, une force divines. Sans elles, tu n’accomplis pas mémo ta destinée naturelle. Tu n’es qu’un être manqué et misérable, au sein de ta force et de ta grandeur apparentes.

Entre le rationalisme et le christianisme, il faut choisir, et tous nos travaux doivent tendre à faciliter ce choix aux âmes qui cherchent la vérité. Une carrière nouvelle et vaste s’ouvre devant nous aujourd’hui.

Nous devons démontrer d’abord la nécessite morale, et la possibilité de la révélation; plus tard nous établirons son existence et ses rapports avec la raison et la nature. Le temps qui nous reste sera consacré à étudier la nécessité delà révélation, et à déterminer la notion que nous devons nous en former.

Jusqu’ici j’ai raconté la grandeur et la puissance de l’esprit humain ; et nul, je crois, ne me reprochera d’avoir cherche à le flétrir, à l’abaisser. Loin de là, j’ai vengé scs droits méconnus, sa dignité offensée par des systèmes exclusifs? La grande question est de savoir si cette force, cette puissance de l’esprit humain vont jusqu’à mettre l’homme en possession de toutes ses

fins naturelles, ou de la perfection de scs fins naturelles.

DfQiti/trx, :IW v H )O^I

:8C DIX-HUITIÈME LEUON.

Pour résoudre celte question, je ne me placerai pas sur le terrain de la religion révélée; je ne supposerai pas la révélation dont je veux démontrer la nécessité et l’existence. Je ne tomberai pas dans ces j)aralogisuies grossiers. Ainsi je ne dirai pas d’abord : L’homme est déchu ; sa nature est débilitée et impuissante par l’elTel de sa chute : donc il a besoin d'un secours divin. Je ne dirai pas d’abord : L’homme est destiné ù une fin surnaturelle : or, cette fin étant supérieure à sa nature, pour y arriver, il a besoin d'un secours étranger, c’està-tlirc d’une grâce surnaturelle. Non, messieurs, nous ne raisonnerons pas ainsi d’abord: et quoiqu’il soit certain que la destinée humaine n’a jamais été renfermée dans l’ordre naturel; quoiqu’il soit inconte.slable que l’homme, à l’instant même de sa création, a été coordonné à une fin surnaturelle et enrichi de dons surnaturels, il nous est permis de faire abstraction d’abord de cet ordre surnaturel, pour amener plus facilement ceux qui le nient à le confesser. Toutes les considérations, toutes les preuves que je vous présenterai successivement seront donc tirées de l’étude, de l’observation des lois essentielles de notre nature, rapprochées de l’idée de Dieu cl éclairées de la lumière des principes nécessaires de la raison.

Avant d’aborder la solution de la grande question que nous nous sommes posée, nous devons fixer le sens des termes (|ui l’expriment, et surtout nous faire une idée juste et complète de ce qu’il faut entendre par ces fins naturelles de l’homme.

L’homme laissé à ses seules forces naturelles n’est pas du tout l’homme isolé et séparé de la société.

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